‹ La morale socialeChapitre 16 sur 60 · XVI BENOIT MALON · texte numérisé non relu

XVI BENOIT MALON

des sciences et de la politique, songe, labourant entre sa femme et sa fille adoptive, le papier, ainsi qu'il sillonnait autrefois les marnes et les glaises, songe à ses parents disparus, à ses immuables et pures plaines natales, et parfois même à son premier camarade à quatre pattes. « Hé! c'est que, mon cher, écrivait-il naguère à quelqu'un qui ne déteste pas plus les animaux que les gens, je les aime aussi,, moi, les bêtes ; aux champs, en mon bas âge, j'ai eu des amitiés enfantines, très réelles, et plus mutualistes que ne les croiraient les aigrefins de la civilisation, avec une poule, une chatte, deux bœufs ; et mon chien Bayard, avec qui je jouais et conversais, mourut de chagrin quand, berger salarié, je dus le quitter après trois ans d'une commune vie pour entrer en qualité de bouvier dans une autre ferme. » O le brave homme ! Y en a-t-il beaucoup en France et même ailleurs de pareils à lui? Non, hélas ! guère et pas assez...

On prétend qu'afin de se consacrer entièrement à l'étude, et pour ainsi parachever son œuvre, il a renoncé, lui, le moniteur du Strugglefor life, le champion des opprimés, et le réformateur du contrat social, aux batailles du forum ; oui, c'est possible, c'est probable, mais on l'y reverra, voilà mon avis, et le sien aussi, n'est-ce pas, Benoît Malon? n'est-ce pas, citoyenMalon? si jamais la canaille dont il est, et suis aussi, moi, lui commande, après l'en avoir en vain prié, de la mener à la guerre de délivrance ou bien à la paix du tombeau !...

Léon Cladel.

Sèvres, 3i octobre 1886.

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