‹ La morale socialeChapitre 27 sur 60 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

non une affirmation, mais une négation de l'humanité. Voilà pourquoi la conscience des capitalistes est si souvent divisée contre elle-même. D'une part les grandes révolutions religieuses, politiques et sociales du passé leur disent : Égalité ; de l'autre le Capital leur dit : Domination : et le mouvement offensif du prolétariat surprend la conscience capitaliste à l'état de discorde et pour ainsi dire en pleine guerre civile. Grande faiblesse pour nos ennemis! Voilà pourquoi surtout, l'intérêt capitaliste n'étant pas l'enveloppe de l'intérêt humain, dans l'égoïsme capitaliste on ne peut découvrir un égoïsme d'une essence plus pure : le noble égoïsme humain.

Au contraire, quand les prolétaires, déshérités de tout, dépouillés et nus, réclament pour eux-mêmes, pour qui et pour quoi réclament-ils ? Est-ce pour une puissance extérieure à l'homme ou qui même ne soit pas toujours en lui ? Est-ce pour la richesse ? Ils sont pauvres. Est-ce pour le capital? Ils sont salariés. Est-ce pour la beauté de la race ? Le travail servile a souvent abâtardi la leur. Est-ce pour la haute science ? Ils sortent à peine de la nuit, et ils épélent péniblement aux premières lueurs du jour. Est-ce pour le génie ? S'il en est en eux, il est étouffé par le besoin sordide et à l'état d'instinct. Non, quand ils réclament pour eux-mêmes, ils réclament pour l'homme, quand on en a retranché tout ce qui n'est pas l'homme même. Ils réclament pour ce qui reste de l'homme quand on en a prélevé la fortune, le génie conscient, l'aristocratique beauté, la haute science. Et que reste-t-il de l'homme ? la puissance de travailler, de souffrir, d'aimer, un commencement de pensée, misérable encore, mais plein de promesses, et une secrète vocation du cœur pour les vastes sympathies. C'est pour ces choses que le prolétariat réclame en réclamant pour lui-même : c'est ce résidu

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