INTRODUCTION XI
planète, toutes les machines de toutes les usines, et que l'humanité soit acculée légitimement, et sous peine de violer la Propriété, à un immense suicide.
Encore une fois, rien dans le mécanisme capitaliste, rien dans la définition du Capital ne s'oppose absolument à la réalisation de cette monstrueuse hypothèse, pas plus que rien, dans la notion de la monarchie absolue et catholique et dans son fonctionnement, ne s'opposait à une sorte d'impérialisme universel. Bien mieux, c'est vers cette fin suprême que va le Capital et tout capital. Il ne connaît pas de limite, et il n'y a pas de puissance qui puisse lui en assigner tant que FHumanité ne l'a point vaincu et subordonné. De soi, il tend à dépasser toujours toute limite marquée : c'est-à-dire qu'il tend vers l'infini, c'est-à-dire vers l'omnipotence, vers la déification de l'individu humain en qui il résidera et qui sera son élu. Dès lors, quand les capitalistes regardent jusqu'au bout de leur pensée, jusqu'au bout de leur droit, ce qu'ils voient, ce n'est pas l'humanité, mais au contraire la négation de l'humanité : tout au bout de la perspective capitaliste, comme au bout des mystérieuses avenues dans les résidences sacrées de l'Orient, on entrevoit une monstrueuse idole, devant qui l'humanité tout entière n'est qu'une esclave prosternée.
Voilà l'extrémité idéale du mouvement capitaliste ; voilà la limite vers laquelle tend le capitalisme comme le polygone inscrit vers le cercle. Et si, en fait, cette universelle et diabolique monarchie du Capital ne se peut réaliser, cette fin suprême du capitalisme n'en est pas moins présente à tous ses mouvements et à toutes ses démarches. C'est là, dès aujourd'hui, le grand ressort du capitalisme : toujours plus outré; et lorsque le Capital se scrute et s'analyse lui-même, il est contraint de découvrir en soi,^