CHAPITRE V L'idéal nouveau
Idéal guerrier. — Idéal sacerdotal. ^ Critérium du progrès. — Augmentation de la puissance de Thomme sur la nature. — Le nouveau levier moral.
Les stratifications des diverses couches des civilisations s'aperçoivent encore dans les centres les plus avancés en évolution.
En entrant au Golisée, nous avons vu l'exploitation de l'homme par la force. En entrant à St-Pierre nous avons vu l'exploitation de la sottise par la ruse.
Répétez les plus belles maximes de Platon ou d'Epictète à un Romain du temps de l'Empire : il répondra qu'il ne peut vivre, que par les tributs que lui payent en blé, en argent, en esclaves, les peuples qu'il a conquis.
Répétez au pape toutes les maximes humaines que le christianisme a empruntées a'&x religions et aux philosophies qui l'ont précédé : il répondra que, ministre de Dieu, il ne peut vivre que de la crédulité des gens, et que, par conséquent, il la maintiendra, retendra au besoin par la force.
La civilisation guerrière a, pour idéal, l'exploitation du faible par le fort.
La civilisation sacerdotale a pour idéal rexplo|tation du crédule par Tintelligent.
Le principe morat le principe d'hygiène sociale de ces deux civilisations, c'est l'asservissement du plus grand nombre à quelques-uns.
Quand nous entrons au musée de South-Kensington, en face de la machine de Watt et de la locomotive de Stephenson, alors nous voyons que l'idéal de la civilisation scientifique et industrielle n'est plus l'exploitation de l'homme par l'homme, mais l'appropriation à ses besoins de toutes les forces de la nature.
Si maintenant, nous étudions les résultats de cette appropriation au point de vue des rapports humains, la science économique nous démontre que les égo!smes en jeu aboutissent, en vertu de la loi de l'offre et de la demande, à la solidarité des intérêts. Toute augmentation de prospérité chez les autres sera une augmentation de leur pouvoir d'achat, et, par conséquent, un plus grand débouché pour mes produits, produits de mon travail ou produits de mon capital.
Dans cette seule forme de civilisation, il n'est donc pas nécessaire que le plus grand nombre soit sacrifié au plus petit. Loin de là. Cette civilisation ne peut acquérir son maximum de développement qu'en développant la valeur intellectuelle et physique de chacun.
Du moment que la puissance de cette civilisation est basée sur les découvertes de la science, la liberté d'investigation la plus complète appartient à chacun. Nul n'est plus offusqué parce qu'un individu n'est pas de son avis. Nul ne veut imposer sa manière de voir et sa manière de faire aux autres que par l'exemple et la persuasion. La force coercitive qui veut imposer une religion officielle, un art officiel, une philosophie offi-
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cielle, une morale officielle, une opinion uniforme disparait.
Nous aboutissons à cette loi que j'ai déjà formulée à diverses reprises :
Le progrès est en raison inverse de l'action coercitive de l'homme sur l'homme, et en raison directe de l'action de l'homme sur les choses.
L'augmentation de la puissance d'action de l'homme sur les forces de la nature est donc le grand levier moral.