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LA CONSERVATION ET L'AMÉLIORATION DE L'ESPÈCE

quer à rhomme les principes de sélection que tu as appliqués à la fabrication de tes troupeaux.

BàkewelL — Bien davantage. Si les qualités physiques se transmettent de générations en générations, personne n'osera dire maintenant qu'elles ne sauraient avoir d'influence sur les qualités intellectuelles et morales.

Vois ce bouledogue dont nous avons fabriqué les instincts féroces. Il y a des hommes qui, ayant derrière eux, des centaines de générations d'ancêtres qui n'ont eu pour idéal que de se jeter sur les autres, naissent bouledogues. Les orthodoxies religieuses sont terribles, au point de vue du développement de l'espèce humaine, non-seulement parce qu'elles bourrent les cellules cérébrales des enfants de formules, de rites, de pratiques ; mais encore parce qu'elles ont fabriqué dès le ventre de leurs mères, de petits religieux, prédisposés à les recevoir. Us naissent juifs, catholiques, mahométans. L'hérédité a façonné de petits récipients justes à la mesure de la formule sainte.

Un parisien naîtra avec un certain nombre de centimètres cubes de substance cérébrale en plus qu'un petit nègre de Guinée. Non-seulement, il y a différence de volume, mais les circonvolutions cérébrales ne sont pas les mêmes : de longues suites de parents ont modifié les unes et les autres, de sorte que les aptitudes sont différentes. En réalité , Herbert Spencer, Darwin, ont eu raison de constater que l'hérédité jouait pour l'espèce, le même rôle que la mémoire pour l'individu ; que les instincts se transmettaient de

(1) Herbert Spencer. Biologie. — Premiers principes. —Sociologie,-^ Darwin. Ses ouvrages. — D' Lucas. De T Hérédité, — Ribpt. Hérédité psychologique. — Les bulletins de la Société d'anthropologie, — Galton, Hereditary genius.

génération en génération. Les utopistes qui se figurent pouvoir changer les hommes du jour au lendemain, oublient cette petite difficulté.

Le matérialiste.— Alors tu crois que tu pourrais faire des hommes bienveillants, sociables, francs, pacifiques, intelligents, à ton gré?

Bakewell. — Oui.

Le matérialiste. — Tu te chargerais de perfectionner le bétail humain , comme tu as perfectionné tes bœufs, tes moutons, tes porcs ?

Bakewell. — Oui, si je pouvais le tenir à Tétable, le castrer à mon gré, accoupler ceux-ci, abattre ceux-là. Mais je ne puis appliquer un pareil régime à l'homme, et les arrangements d'autorité qui ont été pris pour perpétuer la race et opérer la sélection, dans nos sociétés civilisées, ont abouti à un tel échec, que je n'oserais en proposer de nouveaux.

Le matérialiste. — Gomment ?

Bafceu^e//.— Je prends, pour exemple, le mariage français. Les parents ont un droit d'intervention considérable et qui se prolonge indéfiniment. Le Gode civil, s'inspirant du droit canonique, a fait du mariage civil un sacrement. Les époux se jurent fidélité. La femme, comme le voulait saint Paul, jure obéisance à son mari. Les enfants qui naîtront de cette union seront seuls légitimes. Les autres qui naîtront, en dehors de ces règles, seront naturels, comme si tous les enfants n'étaient pas faits de la même manière! Dans le mariage consacré par le maire, la femme a des garanties, mais est, en même temps, esclave, soumise, à perpétuité, à un devoir conjugal, dont elle ne doitconnaitre ni rétendue, ni les répugnances, ni les charges, avant de s'être engagée solennellement à s'y astreindre.

La sélection ne se fart ni d'après les qualités phy-

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siques, ni d'après les penchants des conjoints. Elle se fait d'après la position sociale , le poids de la dot, les convenances des parents, les considérations du qu'en dira-t-on mondain. Belle sélection , en vérité , quand on n'a /consulté ni les antécédents morbides, ni les aptitudes réciproques! Tel père est épileptique, telle mère, folle. Il y a des familles de phthisiques qui se perpétuent juste assez pour livrer de nouveaux cadavres au cimetière. Le déchet est énorme. La femme, liée à un mari pourri de scrofules , doit faire des enfants voués à la scrofule , si elle ne veut se rendre coupable du crime d'adultère.

Légalement, de son côté, l'homme est voué à la monogamie, de sorte que tout homme devrait entrer vierge dans le lit de sa femme. Seulement, comme de pareils cas sont exceptionnels, il est condamné dans sa jeunesse à dépenser ses forces génésiques dans des rapports qui doivent être improductifs, sauf de maladies vénériennes dont il fera hériter plus tard ses enfants, dits légitimes. Cette obligation de la monogamie a pour conséquence l'institution d'une caste de femmes méprisées et maltraitées par ceux-là mêmes qui les considèrent comme une nécessité sociale et personnelle. Cette classe de femmes est improductive. Si elle produit, la plupart de ses enfants sont voués à la mort ou à l'abandon, aux conditions les plus misérables.

Par contre, l'homme et la femme, réunis par le mariage de convenance, ayant pour objectif de conserver leur aisance, d'assurer à leurs enfants une situation analogue à la leur, limitent le nombre de leurs enfants et arrêtent leur reproduction. Ceux qui multiplient, au contraire, avec insouciance, le plus souvent, sont précisément ceux qui se trouvent dans les pires conditions pour élever leurs enfants. Ils les jettent au monde,

sans s'inquiéter de là manière dont ils pouront les nourrir. Un grand nombre périssent faute de soins : d'autres n'ayant à leur disposition qu'un sein tari ou un lait falsifié, pourrissant dans la crasse, sont noués dans un rachitisme physique et intellectuel, misérables avortons, à charge à tou$ et à^eux-mêmes, ne soutenant la lutte pour l'existence, qu'en quémandant des secours, toujours insuffisants.

Tous ces arrangements ne provoquent qu'une effroyable hypocrisie. Tandis que notre^société est basée sur la monogamie, partout s'étalent la polygamie et la polyandrie. Tout le théâtre français a pour canevas la lutte entre les besoins de la nature et les arrangements légaux. Pour empêcher que la femme n'obéît à une sélection diflférente de celle qui lui a été imposée par la volonté des parents, la loi française n'a pas trouvé d'autre sanction que de s'effacer devant le meurtre du mari sur sa femme et l'amant de sa femme : legs des temps les plus barbares, condamné il y a un siècle et demi, avec indignation, par Montesquieu ; en vertu duquel, Fenayrou eût été considéré , comme un mari plein d'honneur et acquittable, s'il eût tué Aubert sur le corps de sa femme et sa femme avec , au lieu de le tuer au moment où il entrait dans sa maison !

La loi, pour maintenir la monandrie de la femme, n'a pas trouvé d'autre moyen que sa propre abdication.

Tels sont les résultats auxquels ont abouti les arrangements d'autorité, destinés, en France, à régler les rapports sexuels et à assurer la perpétuité de l'espèce. Les types les meilleurs restent stériles ou sont condamnés à une reproduction étroitement limitée. Aurais-je pu former mes troupeaux, si mes taureaux eussent été voués à la monogamie et si l'inceste leur

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