I. — Symptomatologie
Nous nous servirons, pour tracer cette description type, des différents traités qui en font mention, du cas observé à la Clinique dermatologique, et, surtout, de l’article de M. Petges.
La morphée en gouttes se voit plutôt chez les femmes : sur 22 cas dont le diagnostic est certain, nous avons trouvé 16 femmes pour 6 hommes. Ce sont surtout des malades jeunes : entre 15 et 35 ans. Dans un cas de M. Hudelo, il s'agissait d’une fillette de 5 ans; dans un cas de Barber, d’un homme de 54 ans. Les lésions ont un siège de prédilection qui peut être fixé ainsi qu'il suit : le haut de la poitrine, le cou, la nuque, les épaules et les régions périgénitales; aussi certains auteurs emploient les expressions de « lésions en pèlerine », en « collier ». Un malade de Savatard avait des lésions sur tout le corps, sauf aux mains, à la plante des pieds, à la face et au cuir chevelu.
L'apparition de la lésion est souvent précédée de troubles vaso-moteurs se traduisant par le développement de taches rouges ou violacées persistantes, donnant parfois une légère desquamation et un léger prurit; très rarement, le prurit est
intense; le plus souvent, il est nul: les lésions s’établissent lentement, en général sans phénomènes fonctionnels; les
malades éprouvent parfois, lorsqu'elles sont en grand nom-
bre, une sensation de raideur, de corps étranger plaqué à la surface de la peau.
Le début peut aussi se faire par un point corné, blanchâtre, péripilaire, qui prend peu à peu de l’extension, se teinte d’une coloration blanchâtre et forme ensuite une macule blanche affectant la dimension d’une tête d’épingle, et à contours arrondis; les bords sont légèrement surélevés, le centre est parlois cupuliforme. Au toucher, on a une sensation analogue à celle que l’on recueille en passant le doigt sur une surface rugueuse et sèche, Un autre caractère est assez frappant : c’est la couleur de la plaque, qui est d’un blanc porcelanique.
A la période d'état, l’aspect est caractéristique. On aper-
çoit sur les régions atteintes une éruption d'éléments lenti-
culaires atteignant la dimension d’une lentille ou d’une petite pièce de monnaie. Leur nombre, très variable, peut parfois être très élevé, et va croissant durant un certain temps. Leur étendue s'agrandit aussi, puis s'arrête aux limites fixées.
Si on gratte énergiquement avec l’ongle l’une de ces taches, on arrive à détacher une squame unique, de consistance épaisse, parcheminée, blanche et opaque, ayant presque l'étendue de l'élément qu’elle recouvrait. Cette squame enlevée, la surface de la tache apparaît parcourue par une arborisation de fins vaisseaux visibles à la loupe.
Autour de chaque élément, il existe, en général, une ligne de couleur rose violacé et un peu plissée qui l’encercle; sa largeur est minime, elle peut être distinguée à l'œil nu. Les auteurs anglais, se basant sur cette teinte rose violacé, lui ont donné le nom de « lilac-ring ». En dehors d'elle, la peau est immédiatement saine et normale.
A une période plus avancée, les lésions prennent peu d'extension; la limite est toujours régulière et précise; tout
autour, le même « lilac-ring » existe; toutefois dans les taches anciennes il devient brunâtre. Ces lésions anciennes ne donnent pas la sensation de relief; seule, la bordure est un peu saillante et comme sertie. Le fond de la tache est légèrement déprimé; sa couleur est la même que précédemment.
On trouve sur l'élément quelques points cornés péripilaires, qui affectent une coloration plus foncée; ces bouchons cornés, au nombre de trois à six, sont centrés par des bouquets de poils duveteux.
En somme, l'aspect des lésions est assez identique à ces différents stades. Les éléments, même dans les régions les plus atteintes, ne fusionnent jamais, et un minime espace de peau saine les sépare. Signalons enfin qu'il n'existe pas de prurit; de plus, le reste du territoire cutané est sain, et il n'existe pas la moindre trace de lichen plan sur la peau ni sur les muqueuses, mais parfois on relève des bandes de sclérodermie.
L'évolution de la morphée en gouttes est variable. Souvent elle disparaît spontanément après un temps fort long. La régression ne se fait pas en bloc, mais en quelques points à la fois; on remarque en certains endroits des lésions guéries qui créent une macule de couleur blanc mat, atrophique, lisse, dépilée, cupuliforme, souple et douce; quelquefois l’assouplissement de la plaque coïncide avec l’apparition de télangiectasies superficielles. Rappelons à titre de particularité que Politzer, en 1917, a pu observer un cas dans lequel, à la suite de la régression des lésions de morphée, il s’est produit une calcification et même une ossification partielle de la peau.
Tel est le tableau clinique et évolutif de la morphée en gouttes. Voyons maintenant quelques observations. Pour ne pas surcharger ce travail, il a paru inutile de copier toutes les observations publiées, et nous avons choisi dans le nombre les plus caractéristiques, permettant de mettre bien en évidence les caractères du syndrome étudié,
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