LICHEN PLAN ATROPHIQUE ABOUTISSANT DU LICHEN VULGAIRE
Il siège en n'importe quelle région du corps; cependant son siège de prédilection paraît être la nuque et les poignets. Il est caractérisé par la papule, qui en constitue l'élément typique; elle a les dimensions d’une tête d’épingle et affecte une forme polygonale. Sa surface est lisse et brillante, sa consistance rude et ferme, sa coloration est tantôt rose jaunâtre (le plus souvent), tantôt rouge fauve et violacée, tantôt ne différant pas de celle de la peau. Dans la variété qui nous intéresse, les papules s’affaissent à leur centre, qui devient cicatriciel, et elles s’étendent lentement à la périphérie pour confluer parfois avec les éléments voisins, pouvant par là prendre l’aspect de la morphée. Alors, les taches atrophiques qui en résultent sont d’une couleur blanc nacré, arrondies, polycycliques. Sur l’épiderme aminei qui les tapisse, on peut trouver des grains cornés scléreux, situés dans les orifices sudoripares et folliculaires. Les taches peuvent atteindre une certaine étendue; lorsque le proces-
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sus s’est arrêté, la bordure papuleuse et l’aréole rosée qui entourent les éléments s’effacent; la cicatrice est indélébile. On peut noter la coexistence de lésions buccales de lichen plan typique. L'histologie nous montre une plaquette d’atrophie scléreuse sous-épidermique, au-dessous de laquelle on peut, si l'élément est jeune, trouver un reste de l'infiltrat cellulaire limité au lichen plan, et en plus un amas volumineux de cellules. Signalons que le lichen albus de Zumbush n’est pas autre chose que le lichen plan scléreux.
9° LICHEN PORCELAINÉ DE M. GOUGEROT.
L'induration de l’épiderme est celle du lichen plan; la configuration et les variétés morphologiques y répondent aussi. Ce qui caractérise ce lichen, c’est sa teinte blanche brillante. Le bord est nettement tranché, un peu saillant, car toute la nappe fait papule. Parfois le lichen se prolonge dans un halo diffus rouge brunâtre; à la palpation, la plaque porcelanique est sèche et rude; on peut y découvrir de fins capillaires sanguins. L'évolution est lente et chronique. Les phénomènes subjectifs sont inconstants; le prurit est rare, les placards peuvent être douloureux spontanément ou à la pression. Des cas de transition incontestables font passer insensiblement du lichen plan typique au lichen porcelainé. I ne s’agit ni de lichen plan typique à centre atrophique cicatriciel, ni d’atrophie cutanée.
Il, — La place de la morphée en gouttes en pathologie.
Telles sont les deux affections avec lesquelles on peut confondre la morphée en gouttes. Mais il est classique, depuis M. Petges, de verser les morphées en gouttes dans les sclérodermies, et de les considérer comme des sclérodermies partielles. On retrouve en effet dans la sclérodermie plusieurs Caractères du white spot disease : la limitation nette des placards, leur tendance scléreuse primitive, leur atro-
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phie précoce, leur blancheur éclatante, enfin leur liséré violacé et leur localisation.
L'examen histologique est aussi probant, et dans la morphée, l'absence d'œdème autour de la lésion et dans la lésion, l'absence d’'infiltrats cellulaires dans le voisinage et d’amas volumineux de cellules, sont autant de raisons à apporter pour éliminer le lichen plan; nous y voyons au contraire une hypertrophie conjonctive du derme avec atrésie des vaisseaux, avec étouffement des glandes et des poils, qui sont des caractères nets de sclérodermie.
Cependant deux caractères sont communs à la morphée en gouttes et au lichen : l’hyperkératose et les bouchons cornés. M. Petges, dans son mémoire, a éliminé ces deux arguments en faveur du lichen plan, ou, plus exactement, a démontré leur peu de valeur en signalant plusieurs observations de sclérodermie atypique où l’on trouvait de l’hyperkératose et des bouchons cornés. Cela prouve que certaines sclérodermies peuvent présenter des caractères que l’on n’a pas coutume de leur attribuer; et que les deux arguments précédents ne peuvent empêcher la réunion de la morphée à la sclérodermie, puisqu'il existe des cas de sclérodermie indiscutable, avec présence de zones hyperkératosiques. De plus, l'existence de bouchons cornés péripilaires, que l’on trouve communément dans le lichen plan, ne saurait davantage infirmer cette thèse, puisqu'on en signale sur des plaques sclérodermiques.
Dans les observations recueillies, très souvent la morphée en gouttes s’accompagnait de lésions de sclérodermie en plaque: soit que la plaque provienne de la coalescence de plusieurs taches de morphée, soit qu’elle débute par un point qui s'étend, ce dernier cas étant le plus fréquent.
M. Civatte examine au microscope un grand nombre de coupes de morphée en plaque, et insiste sur les divergences d'aspect histologique. Il trouve un épiderme tantôt intact,
- tantôt atrophié; un tissu élastique normal, ou plus dense
que normalement, ou raréfié au moins par places. Ce serait
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une question d'âge de la lésion et de profondeur de la coupe. En général, on trouve des lésions plus nettes dans l'hypoderme que dans le derme, et M. Civatte conseille de faire des biopsies profondes et larges. Dans les coupes larges et profondes, on découvre presque toujours des territoires où les faisceaux conjonctifs sont gonflés, et où les fibres élastiques manquent, ou du moins sont fort morcelées; ces territoires sont centrés par un vaisseau. Ils correspondent probablement à un stade déjà avancé de l’affection; on n'y voit d'ordinaire aucun infiltrat périvasculaire, tandis qu’on en trouve ailleurs, en des points où le derme et l'hypoderme sont encore pourvus de leur réseau élastique normal. Les blocs de sclérose et les traînées périvasculaires sont situés plus ou moins profondément, tantôt aux confins de l’hypoderme, sous forme de bandes horizontales, tantôt dans le chorion, sous forme de tractus verticaux, tantôt enfin dans le corps papillaire. Quand ce dernier est scléreux, l’épiderme est atrophié aux dépens de ses couches profondes, mais bien souvent le corps papillaire reste indemne, et l’épiderme est alors intact.
Au total, la grande plaque de morphée apparaît comme faite d’un grand nombre de lésions élémentaires périvasculaires, qui débutent peut-être par un infiltrat et aboutissent au gonflement du collagène, avec raréfaction du tissu élastique, et qui laissent entre elles des zones où le derme conserve à peu près sa structure normale. Ceci admis, la tache blanche de white spot disease peut être considérée comme une de ces lésions élémentaires cantonnée dans le domaine d’un rameau communicant, et étalée en surface dans le territoire vasculaire que commande ce rameau. Si la lésion est assez importante, l’épiderme sera atteint; si la lésion est minime, l’épiderme reste intact, Le white spot disease n’est donc probablement qu’un cas particulier de morphée : une morphée réduite à une lésion très superficielle et très limitée.
RCE
IV. — La morphée en gouttes et le lichen plan scléreux atrophique.
. Après cette étude, on serait tenté de croire que le diagnostic entre la morphée en gouttes et le lichen plan scléreux
est d'une grande facilité, et qu'il est aisé de rattacher la
morphée à la sclérodermie; nous avons cette impression parce que nous prenons des cas typiques; il n’en est pas
toujours ainsi, et, comme le montre M. Petges, il existe
, des observations de lichen plan atrophique se rapprochant de la morphée. Ceci a été mis en relief par Stowers (1896), qui en a décrit un cas sous le nom de lichen planus morphœicus. On ne transcrira pas ici ces observations; elles figurent dans le mémoire de M. Petges, et chacune d'elles est suivie d'une courte critique; signalons cependant que, par une étude délicate, le diagnostic peut très souvent être fait, mais qu'il peut aussi être subtil dans certains cas.
Ææ chapitre ne peut être clos sans signaler l'hypothèse récente de M. Gougerot : celle d'une maladie lichéno-sclérodermique.
Déjà, en 1930, M. Gougerot publie l'observation d'une
malade de 21 ans, qui présente de la selérodermie en plaque,
de la sclérodermie en gouttes, et, dans la région inter-
scapulaire, une plaque, ou mieux un archipel de nombreux
petits éléments ressemblant à du lichen plan atrophique par les caractères suivants : petitesse des éléments : 1 à 3 millimètres, forme polygonale de certains, disposition
linéaire: de quelques-uns, tendance très nette à former des réseaux; par ailleurs, ils conservent tous les caractères des
autres plages sclérodermiques. Cette observation soulève done la question des rapports pouvant exister entre la seclérodermie et le hichen plan atrophique,
Puis, tout récemment, en comparant deux cas de « lésion scléro-atrophique familiale du gland avec dilatation des capillaires sanguins et Iymphatiques », avec une observa-
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