CHAPITRE I
Son origine. — Sa préparation
Avant de commencer l’histoire de la morphinomanie, remontons à la source du mal, c’est-à-dire à la morphine, à son origine et à sa préparation. Son nom lui a été donné à cause de la somnolence que son emploi •occasionne (Morphée, dieu du sommeil).
C’est un des principaux alcaloïdes de l’opium dans lequel il est combiné à l’acide méconique.
Elle fut signalée en 1688 par Ludwig, sous le nom de « magister d’opium », mais elle fut surtout étudiée par Sertuerner, en 1816, qui en a constaté l’alcalinité. Sa formule chimique correspond à (C 17 H 13 Az 0 3 -pH 2 O).
Pour préparer la morphine, on prend des pains d’opium coupés en tranches, on les
épuise par l’eau froide. La solution évaporée a une consistance sirupeuse et contient les alcaloïdes sous forme de mêconales.
Le tout est mêlé avec du carbonate de sodium pour précipiter les alcaloïdes ; ces derniers sont ensuite traités par l’acide acétique qui dissout la morphine ainsi que la codéine ; la narcotine reste insoluble.
Après avoir filtré, on décolore la t solution par le noir animal et l’on sature ensuite par l’ammoniaque (Az H 3 ), la morphine est précipitée, la codéine reste en solution.
La morphine- est ensuite purifiée par l’alcool.
Elle cristallise en prismes fins orthorhombiques, incolores, inodores, d’une saveur amère.
Elle est soluble dans 500 parties d’eau bouillante, dans 1.000 d’eau froide; elle est beaucoup plus soluble dans l’alcool, ainsi que dans l’éther, le chloroforme.
En solution alcoolique, elle réduit un certain nombre de composés. Elle est très avide d’oxygène, réduit l’azotate d’argent, l’acide iodique.
Un des caractères qui font reconnaître la morphine, c’est la coloration bleue qu’elle produit lorsqu’elle est en petite quantité dans une dissolution de chlorure ferrique.
La morphine possède une fonction phénol, elle peut donner des morphinophénates avec les alcalis, chauffée à 140° ; avec l’acide chlorhydrique, elle perd son eau et donne d l’apomorphine.
Le chlorhydrate do morphine (C 17 H i9 Az O 3 HCl-]-3H 2 0) cristallise en aiguilles soyeuses, solubles dans 1 partie d’eau bouillante ou 16 parties d’eau froide. C’est le chlorhydrate qui est surtout employé en médecine et par les morphinomanes. On peut aussi se servir du sulfate.
Antidotes
Dans le cas où une personne se serait empoisonnée avec de la morphine, si l’absorption a eu lieu par la voie stomacale, on doit faire évacuer le toxique le plus rapidement possible, même après plusieurs heures, car la morphine reste longtemps dans l’estomac; on peut employer la pompe stomacale ou les vomitifs et administrer ensuite une solution d’acide tannique, de café ou de thé.
Dans le cas où l’empoisonnement est produit par injection, l’acide tannique, le café, le thé, sont employés.
On peut aussi injecter de l’atropine, mais cet antidote ne réussit pas toujours.
Nous nous excusons d’être entrés dans une aussi longue explication, mais elle était nécessaire, car on ne peut étudier les effets produits par un alcaloïde, sans avoir quelques notions sur sa nature et sa préparation.