CORRESPONDANCE ET CHRONIQUE
La ponte des caméléons.
Le numéro du 26 octobre de la Revue contient une communication de M. Monod sur les caméléones. Le 2 octobre, j'ai l'cçu d'Algérie quatre caméléons et un agame.qui avaien t mis 0 jours à faire le voyage (ils venaient de Pont-de-l'Isser), sanscompterqu'ilsétaientcaptifs déjà depuis quelque temps et que l'agume avaitété péché (c'est le moll à l'hameçon. Leur arrivée chez moi a justement coïncidé avec un refroidissement considérable dans la température, qui, on se le rappelle, s'abaissa brusquement d.' (1 à 1:2 degrés. L'agame avait perdu tout fraîchement une grande partie de sa queue, un caméléon était horriblement mutilé, ayant lui aussi la ([ueue perdue en grande partie et gangrenée, sans compter des ulcères aux pattes ; un autre était visiblement malade. J'étais fort
triste de les avoir reçus en cet état et surtout à pareille époque. Il me peine profondément de voir souflrir des bêtes (juand, arrachées à leur pays, elles sont fatalement vouées à une mort prochaine. L'agame mourut le surlondenjain do son arrivée; le caméléon malade vers le 10" jour.
C'était une femelle. Elle renfermait 20 œufs; dix de chaque côté. J'ai essayé de les faire éclorc, mais sans grand espoir; d'abord, parce que je n'ai pas de couveuse, ensuite parce (juc la mère était morte. Ils se sont desséchés sans se corrompre. Le caméléon mutilé est mort le 24 de ce même mois. Lui aussi était une femelle et renfermait 24 o'ufs. 11 n'avait pas voulu manger et, à sa mort, il pesait encore près de 200 grammes. Les deux autres vivent et dorment toute la journée sur des branches sèches placées sur une fenêtre qui surmonte un foyer. Tous deux sont aussi des femelles, et l'un a pondu un œuf le lendemain de la mort de son compagnon. Cet œuf, placé sur de la mousse humide, présentait après trois jours à peine ([uelques légères dépressions. Le quatrième, dès les premiers temps, mangeait seul. L'engourdissement venu, il mange, je ne dirai pas forcé, mais excité. Je lui donne des vers de farine, ainsi qu'à l'autre. Mais hier, ayant trouvé un excrément composé de trois vers de farine accolés longitudinalement et absolument indigérés, je me demande s'il est prudent de les nourrir, et l'expérience do M. Monod n'est pas de nature à m'cncourager dans cette voie. Je compte donner les œufs à un embryologiste. Si leur examen présente quelque résultat intéressant, j'en ferai part au lecteur. Une chose m'étonne cependant, c'est que ces animaux pondraient au commencement de l'hiver. Est-ce que peut-être leurs œufs sont destinés à ne sortir qu'au printemps (cf. les chauves-souris), et la ponte constatée par M. Monod et par moi n'est-elle pas une sorte d'avortemenf? Il est aussi assez curieux que les quatre caméléons capturés soient précisément quatre femelles. A l'époque de l'année où on les a prises, les mâles se seraient-ils déjà cachés, et les femelles continueraient-elles à se nourrir en vue de leur progéniture? Enfin où ces animaux déposent-ils leurs œufs? Mon correspondant, simple vigneron, dit qu'on n'en sait rien.
(les animaux sont très doux; mais depuis que j'en ai plusieuis, j'ai remarqué que, sans être agressifs, ils ne se souffrent pas l'un l'autre. Je suppose que, lents comme ils sont, ils- ont chacun leur domaine de chasse et qu'ils voient avec colère un intrus y mettre les pieds. Telles les araignées sur leur toile.
J. Delbœuf.
P.-S. — Les deux derniers caméléons sont morts à peu près en même temps, dans les premiers jours de novembre. Ils ont été remis à mes collègues, MM. Ed. Van Ueurdeu el Julin.
Statis(ii|iie générale des Klats-Unis n.
Quand notre pays secoua le joug de l'Angleterre, son territiiiie était limité à l'ouest jiar le Mississipi et au sud par le IH" jiarallèle, c'est-à-dire la frontièie septentrionale de la Floride. L'acquisition do la Louisiane, payée 60 millions de francson 1803, porta la superficie totale à 3 millions de kilomètres carrés en comptant les territoires qui constituent aujourd'hui les Etats d'Orégon, de Washington et d'Idaho acquis par occupation directe.
(1) Traduit de Scientific American.
CHRONIQUE
L'acquisition de la Floride en 1821 moyennant 25 millions de francs, lannexion du Texas en 1845, la cession de 1500 000 kilomètres carrés par le Mexique au prix de 75 millions de francs, l'acquisition des territoires occupés aujourd'hui par les États d'Arizona et de^ew-Mexico contre 50 millions en 1853, racquisition de la presqu'île d'Alaska i36 millions) en 1807 portèrent la superficie de notre domaine à 9 300 000 kilomètres carrés.
Un fait frappant, c'est l'augmentation de la population qui, de 3 929 214 habitants en 1790, est passée à 62 622250 en 1890 en laissant hors de compte les Indiens et la population d'Alaska. La population a donc augmenté beaucoup plus rapidement que la superficie. Cette dernière n'était en 1890 que 4 fois et demie ce qu'elle était un siècle auparavant, tandis que la densité de la population, de 1,8 seulement par kilomètre carré en 1790, était en 1890 de 6,7 habitants, même en faisant entrer en ligne de compte les vastes territoires déserts d'Alaska. 11 convient de remarquer que si notre pays est à peu près aussi étendu que l'Europe tout entière, la densité de la population y est encore inférieure à celle des États européens, exception faite de la Russie et de la Norvège. Les États les plus peuplés de l'Europe donnent des coefficients dix à vingt fois supérieurs à celui relatif aux États-Unis.
Comme chiffre total de population, nous venons au quatrième rang après la Chine (360 A 385 millions d'habilaiits\ les Indes et la Russie. Notre pays a vu sa population doubler dans les trente dernières années, tandis que, pendant la même période, la pcqjulalion de la PVancc n'augmentait que de 3 p. 100 et celle de la Grande-Bretagne et de l'Irlande de 29 p. 100. Cette augmentation est du reste fort irrégulièrement répartie. Le Maine et le Vermont n'ont pour ainsi dire pas pro^'rcssé, et dans l'Etat de Nevada il y a décroissance. En 1790, la Virginie était l'État le plus peuplé; en 1820, New- York prit la première place, la Virginie conservant le second rang jusqu'en 1830 où elle fut distancée par la Pensylvanie. Lors du recensement de 1890 les chiffres de population étaient les suivants pour les cinq États les plus peuplés :
New-York 5997 853 habitants.
Pcnsylvanic 5258014 —
Illinois 3 826 3;; 1 —
Ohio 3672316 —
Missouri 2670184 —
La répartition de la population en population urbaine et population rurale repose sur des règles (juchiue peu arbitraires. Le Gens considère comme pojiulation urbaine les liabitaiits des agglomérations de plus de 8 000 Ames. Celte base admise, on constate qu'en 1790 la population urbaine n'était ([w de 131472 contre 3 797 742 comme j)opulation rurahs un siècle plus tard cc^s chin'res sont devenus rcspei-liveau'iil I82S4385 cl 44 337 80;;. La proportion de la po|)ulation \irhaiiie à la population totale, qui n'étaitquede 3,35 en 1791 est donc passée à 29,20en 1890. En 1790 le pays ne comportait que 6 cités ayant plus do 8000 haliilaiil>, alors i|u'en 1890 on en compte 443. C'est dans Hhodc l^land (juc l'élément uibain est le plus itiiportanl (78, 80 p. 100), viennent ensuite le Massachusell» (69,9 p. 100) et New -York (59,!i p. 100).
Kn 1870, il n'y avait que 14 cités de plus de 100000 liabilants; en 1880 on en com|it,iit 20 et en 1890, 28 dont la po|iulaticin totale n^présenli' 9 788 150 liabilanls c'eslà-dirc 15,0 p. 100 lin total. (In trouve d'ailIcMjrs H villes uyunl plus de 250000 liubitanls. (!i,> onze villes sont les suivantes :
New-York 1315 301 habitants.
Chicago 1099830 —
Philadelphie 104i;964 —
Brooklyn 806 343' —
Saint-Louis 431770 —
Boston 44S477 —
Baltimore 434439 —
San Francisco .... 298997 —
Cincinnati 296908 —
Clevcland 261353 —
Buffalo. . ■ 233664 —
Le nombre moyen des membres d'une famille a diminué de 5,55 personnes en 1850 à 4,93 en 1890, soit plus de 11 p. 100. La moyenne la plus élevée se trouve dans les Etats du Sud grâce à la natalité exceptionnelle chez la population noire, abondante dans ces États. .\u point de vue du sexe, le dernier recensement donne 32 007 880 hommes et 30 554370 femmes. En Europe les deux sexes sont représentés d'une façon à peu près égale avec plutôt léger excès du sexe féminin; aux États-Unis, au contraire, le sexe féminin ne formait que 48,79 p. 100 de la population totale. La différence n'est d'ailleurs pas aussi grande pour tous les États, il y en a même, comme ceux de Colombie et de Massachusetts, on les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Dans d'autres Etats (Montana, Wyoming, etc.), ou compte enrevanche deux hommes pour une femme.
La population totale de 62 622 250 habitants comprend 7 470 040 nègres ou mulâtres, soitunpeu plus de 12 p. 100. Loin de s'éteindre, la population nègre augmente constamment, quoique dans des proportions moindres que la population blanche. Dans la Louisiane, la population colorée constitue la moitié de lapopulation totale; elle entre pour près de 3/5 dans la population des États du Mississipi et de la Caroline du Sud et pour 1/3 dans chacun des étals côticrs entre la Virginie et la Louisiane. On signale un mouvement perceptible vers le Sud de la race colorée.
L'immigration chinoise a commencé en 1854 et se chiffrait par 4 à 5 000 émigrants jusqu'à 1870, époque à la- (pndle elle prit une grande extension que vint enrayer la loi d'exclusion de 1882. -Néanmoins, on ne compte pas moins de 100 162 Chinois aux Etats-Unis. Le nombre des Indiens, vivant pour la plupart sur les réserves, était en 1890 de 249 273. La population comprend du reste 9249 547 sujets étrangers, soit 11,77 p. 100; en 1860 la proportion était de 13,16.
A en juger par le nombre de personnes occupées, l'agriculture occupe le premier rang; mais si l'on considère la valeur des produits, c'est l'industrie qui jireiid la pi rmièro place, puisque le rendement pour 1890 a dépassé 20 milliards, tandis que l'agriculture ne donnait que 12 milliards 300 millions de francs.
Le tabac est iiroduit par 42 Etats et territoires, mais près di' la moitié de la récolte totale est fournie par le Kenliuky. Les céréales fournissent des récoltes ijui alimenlcnt tous les marchés du monde; le coton est surtout produit dans lalieorgic et le Mississipi. L'élevage se poursuit dans 109 millions de fermes et comporte 15 millions de chevaux, lOniillionsde bœufs.
Le capital consacré à l'industrie a plus que quadruplé ilipuis i|uarante ans. Pour 1890, les statisti(|ues donnent les chinVes suivants :
Capital 31 milliards df francs.
Nombre d'iiuvrici-s. 4665000
.Salaires 10 miiii.ards.
Produit l)rut. ... 47 milliards.
Produit nnt . . . . 22 milliardi.
CHRONIQUE
Le salaire moyen annuel en I80O était de 1 233 francs; en 1890, il atteint 2 1 4i> francs. New-York est le plus grand centre nuinufacturicr; viennent ensuite Chicago et Philadelphie, puis, fort en arrière, Broolvlyn, Saint-Louis, Boston, Cincinnali.
Nous produisons plus d'acier et de fer que la Grandeliretaijne ellr-nièiue. Au 30 juin 1890 nous possédions 5G2 liuuts fourneaux, dont 224 en Pensylvanie.La production minérale pour 1891 a dépassé 3 milliards de francs. Nous produisons un tiers du charbon consommé dans le monde entier, un tiers de l'acier et un ((uarl du fer. En 1890, nous avons fourni 28 p. 100 de la proiluction totale d'or; les 2/5 de la production de cuivre et de beaucoup la plus grosse part du pétrole.
La durée des traverses en bois de chennins de (er-
M. V. Herzonstoin, ingénieur dos voies de communication de Kussie, vice-président do la Commission pour l'étude de la conservation des bois, a présenté, à la cin- (luième session du Congrès international dos chemins de fer, un rapport sur la durée des traverses en bois des différentes essences, non injectées oii injectées d'après les derniers irrocédés. La Revue générale des chemins de fer le résume comme il suit :
Les essences employées pour traverses ne sont pas nombreuses ; ce sont principalement le sapin, le pin de différentes espèces (pin pyramidal, pin des Landes, pin maritime, sapin rouge du nord-est), le chêne, le luUre, le mélèze et, en petite tiuantité, dans, certains pays seulement, le teak et l'eucalyptus.
Toutes les administrations prescrivent, dans leurs cahiers des charges que l'abatago des bois pour traverses se fasse en hiver, pendant que la sève est stationnaire; le rapporteur fait remarquer qu'en ce qui concerne les bois destinés à être traités par un procédé de conservation quelconque, il faudrait peut-être mieux abattre, au printemps et en été, la sève, à cette époque de l'année, étant plus liquide et par conséquent plus facile à remplacer par une substance antiseptique. L'essai a été fait en Amérique et va être tenté en Russie.
Les limites indiquées pour l'âge des bois sont extrêmement vagues, de quarante à quatre-vingt-dix ans pour le sapin, et de soixante-dix à centcinquantc ans pour le cliènc. Le rapporteur ne pense pas que cette question puisse avoir un grand intérêt, les traverses en bois jeune paraissant se comporter aussi bien que les autres.
Le temps pendant lequel on abandonne les bois en forêt avant de le débiter est généralement : pour le pin, de deux à six mois, pour le hêtre, de trois à six mois, pour le cliéne, de six mois à un an.
Le débit achevé, on place les traverses en piles carrées, et toujours sans écorce, à l'exception des traverses en diène coupées en hiver. Les traverses restent empilées en forêt de trois à douze mois; cependant les Cdmpagnies anglaises n'admettent pas cet empilage qui aurait l'inconvénient d'entraîner l'échauffement des bois.
Plusieurs administrations ne tolèrent pas le flottage des bois qui les rend plus mous; cependant l'eau courante lessive la sève et facilite la pénétration des substances antiseptiques, à la condition expresse que les traverses soient soumises à une bonne dessiccation.
Sur soixante-quatre administrations consultées, quarante-quatre pratiquent elles-mêmes l'injection de leurs traverses. Dix-neuf administrations (françaises, anglaises et belges), emploient la créosote brute en l'introdui-
sant dans le bois sous pression de 6 à 12 atmosphères.
Seize administrations (autrichiennes, russes et hollandaises) préfèrent la solution de chlorure de zinc injectée ou vase clos.
Quelques ■ administrations emploient les doux substances, soit à tour de rôle soit simullanément, et d'autres le sulfate de cuivre; une ligne russe se contente d'immerger ses traverses dans les eaux très salées du lac de Baskountchak.
La durée des traverses dépend beaucoup de l'efficacité du procédé et de la substance antiseiitique employée. A l'état vierge, on les change très souvent pour cause de pourriture, tandis que si elles sont préparées, surtout pour le hêtre, on les change plutôt pour cause d'usure mécanique.
Les travaux et recherches auxquels s'est livré le rapporteur lui permettent d'inférer les conclusions suivantes pour les différentes essences de bois :
Le sapin paraît l'essence la moins propre à la confection des traverses ; à l'état vierge il ne dure que trois ans et demi et quatre ans sur les voies princii)ales. Exception est faite pour le sapin rouge de la Baltique qui est un véritable pin.
Le pin présente une durée plus grande, surtout s'il est injecté. Les traverses vierges durent de trois à dix ans (exceptionnellement quinze ans), sur les voies principales, et quatre à six ans en plus, dans des voies de garage. Créosotées, elles durent de huit à vingt-cinq ans; on cite en Angleterre des durées de trente ans, compris le service dans des voies de garage. La préparation au sulfate de cuivre fait durer la traverse en pin de six k quinze ans sur les voies principales; il en est de même du chlorure de zinc. Cependant, l'addition au chlorure d'une certaine quantité de créosote brute, comme la pratique depuis quelque temps l'État français, rehausse beaucoup (environ 23 p. 100) l'efficacité de la conservation.
Le chêne, même à l'état vierge, fournit des traverses très durables. Celles de cœur sans aubier durent jusqu'à vingt-cinq ans sur les voies principales (Nord français) ; avec aubier elles durent de six à douze ans sur les voies principales avec un service de quatre à six ans en plus dans les voies de garage.
Le créosotage du chêne à aubier prolonge son existence jusqu'à vingt-cinq et même trente ans (Est français) sans compter six à huit ans dé service dans les voies de garage. Le chlorure de zinc donne aux traverses en chêne à aubier une durée de treize à vingt-six ans sur les voies principales.
Le hêtre commun semble l'essence la mieux appropriée au service des voies ferrées à la condition formelle qu'il soit préparé, car, à l'état vierge, sa durée est inférieure même à celle du sapin (deux ans). Les traverses de hêtre créosotées durent jusqu'à vingt-cinq ans (quelquefois trente ans) sur les voies principales et en plus cinq à six ans dans des voies de garage.
Et le simple sulfatage donne une durée de douze ans sar les voies principales.
Le mélèze supporte, à l'état vierge, un service de trente à quarante ans {Tilbury Southend, Sud de l' Autriche).
L'eucalyptus, employé en Australie, dure, à l'état vierge, de trente à trente-cinq ans.
Les traverses préparées fournissant un service bien plus durable que les traverses des mêmes essences à l'état vierj-'e, il est évident que la plupart des administrations iiiauifoste une tendance marquée pour l'emploi exclusif lies bois préparés.
De tous les procédés de conservation, le créosotage
CHRONIQUE
est celui qui augmente le plus la durée des traverses, quelle que soit l'essence employée ; viennent ensuite, par ordre de mérite, le sulfalatte et le chlorure de zinc, mais, indépendamment de l'action des agents extérieurs, la durée des traverses dépend aussi beaucoup des actions mécaniques auxquelles elles sont soumises, de la surface de portage du rail, et des coussinets, de la nature du balast, etc. Ainsi les traverses en pin traité au chlorure de zinc durent quinze ans sur les chemins de fer hollandais, et sept ans seulement en Russie (lignes Catherine et de Kharhov à Nicolaïev), parce que sur ces dernières on n'emploie pas de selles et que le l)nllast, de qualité inférieure et pas criblé, est souvent argileux.
A l'Est français, l'interposition, sous le patin du rail, de semelles en feutre goudronné, aurait doublé le tonnage que les traverses de même essence peuvent supporter (200 000 trains au lieu de 100 000).
Le rapporteur semble croire que le hôtre est le bois de l'avenir pour les traverses, car les traverses en hêtre coûtent moins cher que celles en pin ou l'n chêne et durent plus longtemps; ellessont moins sujettes à la dislocation des fibres et à se couper sous l'action des charges. En outre, le hêtre s'injecte facilement et les forêts composées de celte essence se renouvellent plus rapidement que celles de pin et de chêne.
Quant au type de traverse le plus avantageux au point de vue de la durée du service et de la solidité de la voie, la plupart des administrations sont d'accord pour reconnaître <iue c'est la traverse équarrie sur ses quatre faces. Au seul point de vue de la conservation, le rapporteur croit toutefois qu'il vaut mieux ne pas êquarrir la traverse en hêtre, ce bois, comme toutes les essences sans cœur (bouleau, .tremble, aune, tilleul, peuplier, érable, charme, etc.), tout on étant fort homogène, a ses couches les plus résistantes à l'extérieur.
Quant aux mesures les plus avantageuses pour augmenter la résistance des traverses à l'usure mécanique, les administrations n'en indiquent ijuc deux : augmentation de la base d'appui des rails par interposition de selles ou de semelles en feutre goudronné, augmentation de la surface de base des coussinets.
En résumé, M. Herzenstein pense que le créosolage peut permettre de donner aux traverses les durées moyennes suivantes :
Pin créo.solé : voies principales. )5ans; voies de garage, 'ians. Chêne — — 18 — — 7 —
Hélre — — 20 — — 1U
Le prix moyen des traverses (pose dans la vole comprise) et le créosotage serait comme suit :
Traverse en pin créusotée , . . fr. i,50 à .'i,20
— chcne — 5,21) ;ï 6,25
— hêtre — 5,50 à 5,30
Les dépenses annuelles par traverse se monteraient ainsi au inaxlmuin :
Pour la traverse en pin créosolé à . . 21 centimes.
— rh.ti.- 25 —
— hHir IH
jli'pinses très minimes ji.ir rappoil ù celles qui résultaient de l'emploi des bol» à l'état vierge. Les traverses ainsi jiréfiari'es ne périssenl pas lo plus souvent par pourrilun , mais bien par de>lrui'lion mécanique au droit des apjiuis. (In piolongcrait donc rn(;<ire leur duiéc en diminuant l'intensité de ces acliims mécanii|iies, soit en élargissant lu surface d'appui, soit en augmentant \i: nombre des traverses.
Le rapport de M. Herzenstein est complété par de nombreux tableaux, donnant la durée du service des traverses de différentes essences surles principales lignes d'Europe, le résultat d'essais effectués en vue d'étudier la conservation des traverses et les réponses des administrations à un formulaire relatif aux : débit, provenance, âge, travail de bois, type des traverses, préparation mécanique, injection, mode de pose, etc..
La culture du riz au Japou.
Voici d'intéressants renseignements sur la culture du riz japonais, donnés par la Revue du Coitwierce et de l'Industrie, d'après le consul de Belgique au Japon.
Cette culture est la plus importante de toutes celles du Japon; elle occu]ic plus de la moitié de la superficie totale des terres arables, elle est aussi celle qui emploie le plus de bras, car elle est très rémunératrice comparativement à la culture d'autres céréales.
Le Japon produit deux espèces de riz qu^n distingue d'après leur mode de culture ; ce sont : le riz des basses terres, généralement inondées par un système d'irrigation très ingénicui, et le riz des montagnes.
Ce dernier ne demande que fort peu d'eau et de soleil, tandis qu'il ne peut y en avoir assez pour le premier. Le riz des montagnes est planté sur une étendue très restreinte qui ne dépasse guère 30000 cho (1), avec un rendement moyen de 2232TI koku (2), c'est-à-dire que les terres consacrées à la production du riz des montagnes constituent à peine 20 p. 100 de la surface totale des champs plantés de riz. Ce ne sont que les districts avoisinant celui de Tokio et ceux de la partie sud de l'île de Kiu-Shiu qui produisent celte variété. 11 serait i souhaiter de voir des récoltes plus abondantes, on les obtiendrait par une culture plus extensive. C'est dans l'appropriation à la culture du riz des nombreux hectares de montagnes incidtes qu'il faudra chercher une production -plus gr.indo, car les terres basses donnent aujourd'hui tout ce qu'elles peuvent. Le riz japonais étant une céréale très prisée à l'étranger, .constitue, par conséquent, une source de richesse pour le pays; or celuici ne peut en jiroduire davantage si l'on ne se décide à mettre en exploitation les terres actuellement en friche. Il faut dire, il la louange des cultivateurs japonais, qu'ils semblent vouloir sortir de leur apathie, car ils ont commencé à irriguer, fort primitivement, il est vrai, des coins de terre improductifs jusqu'à présent. Il est à présumer que le gouvernement secondera les efforts des travailleurs en traçant des routes, la défectuosité et parfois même l'absence de moyens de communication formant un sérieux obstacle à la mise en valeur de certains coteaux.
Le riz des basses terres se divise, à son tour, en deux espèces : li: riz ordinaire et lo riz agglutinatif ; ce dernier ne contribue que pour 8 p. 100 à la quantité récoltée annuellement.
Lo riz ordinaire comprend trois variétés, qui sont : le riz précoco, le riz de maturité moyenne et le riz tardif; cette espèce de riz est de beaucoup la i)lus importante, elle occupe 72 p. 100 des terre» destinées à la culture du riz. Quant aux trois variétés di' riz ordinaire, elles ont l'importance suivante : le riz précoce occupe 22 p. 100 de la surface réservée à la culture du riz ordinaire; le riz de maturité moyenne, 44 p. 100, cl lo riz tardif, 31 p. 100.
Le» terre» les mieux irriguées sont celles des districts du centre du ilondo; les districts du centre ont donné 1 1387110 koku en IS1I2, tandis que les districts occidentaux n'ont donné que i):io:n27 koku et les districts septentrionaux a peine no2922l koku. Là ou l'on peut mettre les eaux de» llcuve» ou torrent», <|ui abondent au Japon, ù contribution, on le fait de la façon suivante : on amène l'eau par de petits canaux d'abord aux champs des étages supérieur»; après avoir inondé ceux-ci, l'eau coule par-dessus une petite digue, se déverse ii l'étago suivant et ainsi de suite jusi|u'lt l'élage inférieur. Ce qui pré-
(1) I cho vaut 0,9917 hectare.
(2, I koku vaut 18,039 litres.
CHRONIQUE
cède dit assez clairement que la culture eu terrasses est généralement usitée dans les parties non marécageuses, et que si les étages ne sont pas nettement accusés partout, ils n'en existent pas moins, mais ils sont moins apparents; les exceptions sont rares et n'existent que là où il y a eu impossibilité absolue de pratiquer une ondulation. Dans cette dernière condition, il faut nécessairement élever les eaux, les moyens pour le faire sont tantôt des roues hydrauliques, mues oUos-mémes par l'eau à bras, tantôt des balanciers à seaux plongeurs qui déversent leur eau dans le conduit allant aux champs. Le mode d'irrigation est des plus ingénieux et mérite toute l'attention des cultivateurs du riz, il est bien suj)érieur à celui usité en Chine et en Indo-Chine, car il l'ait qu'on peut se passer de la régularité qu'il faudrait dans les pluies pour la bonne venue du riï.
Le riz est planté, dans le cnurant de juin, dans le champ submergé, i une hauteur de 2.5 centimètres. Les ensemencements se font en ligne et dans des cavités de 15 cenlinièlres de profondeur; ce mode do procéder présente cet avantage de permettre de semer d'autres produits entre les rangées d'épis encore verts, de sorte que le cultivateur obtient une récolte supplémentaire. Près des trois quarts des champs de riz restent en friche durant l'hiver, celui-ci étant trop long et trop rigoureux pour rendre deux récoltes possibles partout, tandis qu'un quart des terres les plus fertiles et do celles situées dans les parties méridionales de l'empire et dans les îles de Kiu- Shiu et de Shikoku en fournissent deux, l'une de riz, l'autre de blé, d'orge ou do colza. 'Vers la fin de mai, on i)rocède à la récolte de la moisson d'hiver; aussi le changement d'aspect des campagnes est-il surprenant d'avril à juin. Traversez la plaine d'Osaka vers le 1" avril, vous y verrez à peine les bourgeons du colza et les jeunes tiges de l'orge et du froment; repassez-y six semaines après et la récolte des céréales d'hiver aura commencé, tandis que trois semaines après le commencement de la récolte d'hiver, on n'aperçoit plus que la plaine unie, transformée en marais, coupée de petites digues qui s'élèvent aux limites de chaque lopin de terre.
L'exportation du riz a en somme peu d'importance, quoiqu'elle soit susceptible d'en acquérir; il faudrait pour cela que l'on substituât les riz étrangers de moindre qualité au riz japonais de (jualité supérieure.
L'exportation du riz japonais vers l'Europe a commencé il y a vingt-quatre années; le Japon, avait à ce moment de nombreuses dettes à payer i l'Europe et, pour s'en acquitter, il envoyait du riz à Londres, où il était converti en espèces. Depuis ce temps, le progrès s'est manifesté incessamment, quoique la qualité soit moins bonne maintenant qu'alors.
Les principaux marchés de riz en Europe, et surtout de riz japonais, sont Londres et Hambourg, d'où il est expédié vers d'autres places. La France vient en troisième ligne avec une quantité beaucoup inférieure, et encore faut-il admettre que, grùce au fret favor.able de la compagnie de navigation du Japon à Marseille, une grande partie du riz japonais dirigé sur Marseille n'y fait que transiter.
La plus grande partie du riz débarqué à Londres provient de l'Inde britannique; suit le Japon, après viennent le Siam et Saigon. Plus des deux tiers sont dus à l'Inde, mais comme le riz de Saigon est très pareil à celui de l'Inde, il n'est pas rare que l'on substitue cette première variété i la seconde; en cas de mauvaise récolte dans l'Inde, cela se pratique régulièrement. A ne considérer que la qualité du produit, c'est l'Italie qui a la supériorité, Java a le second rang et le Japon le troisième; mais il faut remarquer qu'aucun des deux premiers pays ne produit le riz dans des proportions bien grandes, aussi leur riz n'cst-il consommé que par les classes riches.
Ce qui s'appelle première qualité au Japon n'est pas la première qualité en Europe, parce que la fai-on de bouillir le riz diffère; il faut aux Européens le riz lustré, luisant, à gros grains, transparent et dur : les Japonais, au contraire, ne prêtent guère d'attention k ces qualités, c'est le poids qui les préoccupe le plus.
Le prolit que le Japon retirerait d'une extension plus grande de l'exportation de sa principale céréale saute aux yeux quand on compare les prix réalisés par la vente à Londres et à Hambourg à ceux qu'il a fallu payer à Osaka aux producteurs. En
effet, le prix le plus élevé que lo riz ait atteint dans ces cinq dernières années, est de 8,'JU dollars le koku, ce qui fait 51545 dollars la tonne, ajoutons-y les frais d'emballage, de transport, de magasinage et d'assurance, ce qui porl<' le prix à 70r.!3 dollars la tonne rendue à Londres; le cours du marché de Londres étant l'équivalent de 91) dollars, la tonne laisserait une balance de 20 yens ou dollars comme bénéfice. Le riz de l'Inde n'obtient que i;5 .'i 10 dollars la tonne sur le même marché; il est donc incontestable que l'intérêt du Japon serait d'importer du riz do l'Inde pour la consommation indigène et d'envoyer son riz à Londres pour l'y faire vendre.
— La production du sucue. — Les chiffres qui suivent sont empruntés à un article très documenté publié par M. Eberdt dans Prometheus.
Les principaux producteurs de sucre de canne sont : possessions espagnoles des Indes occidentales, 1000 000 tonnes; colonies hollandaises des Indes orientales, 507500 tonnes; Cuba, 530 229 tonnes; Java, 336 308 tonnes; États-Unis du Nord, 206000 tonnes. Les ilos Philippines exportent de leur côté 218 850 tonnes de sucre et le Brésil, 151840 tonnes. La production totale atteignait en 1889 le chiiVre de 2618254, alors qu'en 1853 elle ne dépassait pas 12GO000 tonnes.
De son côté la production du sucre do betterave a augmenté dans dos proportions énormes; alors qu'en 1853 elle ne représentait guère que les 14 p. 100 de la production totale, elle entre aujourd'hui pour plus de 50 p. 100 dans cette production. Le tableau suivant permet d'ailleurs de suivre la progression pour les principaux pays producteurs :
tonnes.
Allomagno. . . . 358048
Autriche-Hongrio 321830
France, 462 257
Russie 247 340
Belgique 105307
Hollande 30390
Danemark, Suède,
Italie 2 039
Autres pays. . . 2000
tonnes.
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