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4» Série. — Tome IV 7 DECEMBRE 1895

BIOLOGIE La morphologie de la cellule nerveuse.

La morphologie de la cellule nerveuse est indépendante de son volume, de son caractère physiologique (sensitif, moteur, sensoriel, sympathique, etc.), de la direction et de la situation des vaisseaux sanguins, et, avec quelques restrictions, de la configuration extérieure des organes nerveux.

Daprès les recherches de Kolhker, von Gehuchten, Retzius, von Lenkossek et nous-même, nul n'ignore aujourd'hui que les expansions protoplasmiques se mettent en contact avec les fibrilles nerveuses terminales. Ceci fait que la forme des cellules change suivant le nombre et la direction des fibres nerveuses avec lesquelles elles doivent maintenir des relations de contiguïté.

Dans l'échelle animale, la cellule nerveuse passe par la même série de termes évolutifs que le neuroblaste de His traverse dans l'ontogénie des mammifères.

La prcmii're phasr [iicuniltlosle de His proprement dit) est une cellule piriforme à surface lisse, douée d'une seule expansion protoplasmique, le cylindreaxe, qui est reliée aux centres nerveux au moyen de ramilles nombreuses plus en moins répandues. Cette forme primordiale se trouve représentée, ainsi que l'ont constaté Retzius et Lenhossek, dans les ganglions nerveux des invertébrés.

Dans In (leu.vii'me phascle neurohlaste de His se modifie en émettant deux sortes d'expansions, le cylindre-axe et quelques appendices protoplasmiques, 32' ANîiÉE. — 4* Sbbib, t. IV.

qui naissent en général de la portion initiale du premier. Cette évolution est le caractère morphologique permanent de plusieurs corpuscules médullaires et encéphaUques des poissons et batraciens. Ils se font reconnaître facilement par leur manque d'expansions protoplasmiques, soniatiques, basales et latérales. Le prolongement fonctionnel qu'ils possèdent nait souvent d'une grosse branche protoplasmique, et il représente en quelque sorte une ramille protoplasmique différenciée.

Dans la troisirnu' 'phase, le neuroblaste émet de ses parties latérales, ainsi que de son côté interne, une série d'expansions qui se ramifient indéfiniment. La cellule nerveuse acquiert en conséquence une forme étoilée ou pyramidale. A ce type morphologique, qui représente la dernière étape ontogénique du neuroblaste, appartiennent la plus grande majorité des éli'-ments nerveux de l'encéphale et de la moelle des oiseaux et des mammifères.

Pendant le développement embryonnaire, ce qui apparaît tout d'abord, ce sont les voies principales ou directes (cyhndres-axes et arborisations hbres) ; plus tard se dessinent les voies collatérales ou chemins indirects.

La différenciation physiologique des espèces de neurones s'établit suivant un ordre parallèle à celui que nous montre l'évolution philogénique. Premièrement se forment les appareils moteur et sensitif (cellules du coeur antérieur cl cellules bipolaires rachidiennes avec leurs voies simplement directes); ce n'est qu'ultérieurement que se montrent les appareils d'association déj^i diflérenciés (éléments des cordons ou cellules funiculaires de la moelle et

M. M. BAUDOUIN. — LE PROBLÈME BIBLIOGRAPHIQUE

tellectuelle soit nulle entre animaux qui comme les lapins, les cobayes et les souris, ont cependant un cerveau dune grandeur différente.

Le nombre de cellules ganglionnaires de l'encéphale et de la moelle garde aussi un rapport intime avec la quantité d'éléments musculaires, glandulaires et sympathiques qu'elles doivent influencer, ainsi qu'avec l'importance des surfaces épithéliales d'où, par l'intermédiaire des nerfs sensitifs et sensoriaux, elles reçoivent les courants centripètes. C'est en quoi les animaux de volumes divers, quoique de pareille intelligence, n'ont pas une quantité comparable de substance grise dans leur système nerveux central. Conformément aux lois de la physiologie, l'agrandissement de la surface périphérique (cutanée, olfactive ou rétinienne) provoque un surcroît notable dans le nombre de corpuscules centraux. Sans ce mécanisme compensateur, une grande partie des excitations venues du dehors passeraient inaperçues pour l'organisme. L'énorme développement des lobes optiques chez les oiseaux et chez les reptiles, et des bulbes olfactifs chez le chien, ne provient que de l'extraordinaire richesse en cellules ganglionnaires de la rétine chez les premiers et du nombre considérable de cellules bi-polaires de la muqueuse olfactive chez le second. Cette corrélation entre le nombre de cellules sensitives sensorielles et celui de cellules réceptrices de la substance grise explique le fait bien connu, que, dans une môme espèce, les animaux qui ont une taille élevée et un cerveau très volumineux ne sont pas toujours les plus intelligents. L'augmentation de volume du ceiveau et, conséquemment, la plus grande épaisseur de l'écorce grise peuvent avoir pour origine la surabondance de cellules psycho-motrices et sensitivo-sensoriclles qid n'ont rien à voir avec les activités purement psychiques. Le véritable suli.itratiim analomique de ces fonctions se Unuvc formé par les corpuscules d'association qui n'occupent, en général, qu'une place très limitée.

11 est logique de supposer que, dans deux cei veaux humains, sensiblement égaux, la richesse des (;ollatéralcs nerveuses et d'autres expansions d'association, doit subir dos modillcatidus importantes. Ceci suffirait à explicjuer la dillérence do puissance intellectuelle chez des individus ayant un cerveau du même poids et du même volume. Mais ces déductions, d'un ordre purement physiologique, feront l'objet d'un article spécial.

S. Ramon y Cajai,.

VARIETES Le problème bibliographique.

Des discussions importantes, quirécemmentonteii lieu dans divers milieux scientifiques et littéraires à Londres à [îruxelles et à riordcaux, viennent de remettre à l'ordre du jour la question de la Bibliographie internationale, littéraire et scientifique, qui, depuis quelques années, dormait en Europe d'un profond sommeil.

Cette question, en etfet, a préoccupé l'an dernier la Société Royale de Londres, et cette année même YAcadémie royale de Belgique, le Congrès géographique international de Londres et l'Association artistique et littéraire ititernationale à Dresde.

En France, la création à Paris, en 1894, sous notre propre initiative, d'un Institut international de Bibliographie scientifique, — vaste organisation, actuellement unique au monde, destinée à faciliter dans une mesure absolument inconnue jusqu'ici les recherclies bibliographiques des savants et la connaissance des travaux antérieurement pul)liés dans le domaine dont chacun d'eux s'occupe spécialement, — a également rappelé l'attention sur ce sujet d'une importance véritablement capitale.

De plus YAssociation française pour l'avancemetit des sciences est intervenue à son tour dans le débat bibliographique par la nomination d'une Commission dont ont fait partie le directeur de cette Revue et le signataire de cet article, commission qui, au dernier Congrès de Bordeaux, a élucidé quelques points spéciaux, très dignes d'intérêt pour tous les bibliographes.

Enfin une Conférence internationale de Bibliographie vient d'avoir lieu à Bruxelles, dans le but d'arriver à une union de tous les gouvernements pour l'étude de cette grave question, grâce à l'initiative très éclairée et au dévouement de MM. Lafontaine et Otlet, les auteurs de la hililiographia sotiologica.

Nous n'avons pas à revenir ici sur l'organisme entièrement nouveau que nous avons fondé, et encore moins à insister sur les services considérables que celte institution a rendus déjà et surtout est susceptible de rendre k l'avenir. La Bévue Scientifique y a d'ailleurs, à diverses reprises, consacré plusieurs entrefilets pleins d'indulgence et d'encouragement, auxquels nous renvoyons le lecteur. Nous ajouterons seulement, en co qui concerne les sciences médicales, que non soulomenl nous avons continué l'œuvre admirable, comnuuicéo par M. le professeur J. Billings à l'aide de YIndcx Catalogue et de r/H</('.r Mcdirus (qui vient do disparaître d'une maidèro si lamentable), mais quenouslavons perfectionnée, à ce (|ue nous croyons du moins, comme nous avons essayé de le démontrer ailleurs (1), en imaginant un

(I) Marrol Uau'louin, Le Problème bibliographique médical;

M. M. BAUDOUIN. — LE PROBLÈME BIBLIOGRAPHIQUE

procôdé qui iiprmel de mettre instantanément, en une seconde, à la disposition de tous les médecins les documents bibliograpliiqucs les plus comi)lefs pX les plus parfaits. Kt il en sera de môme, dans <iuclqucs mois, pour les différentes sciences d'ordre biologique.

Quant à la commission, nommée par ÏAtisoriation française pour l'avancement \des sciences et composée de MM. Oh. Hicliet, Gariel, Blantliard, Cartaz et Marcel Baudouin, elle ne s'est guère attaquée qu'à la question de la rédaction des titres des mémoires originaux ; mais [elle a réussi à faire voter ses conclusions, d'abord à son Congrès do Bordeaux, puis, grâce à .l'active intervention de [M. le professeur Gariel, son éminent secrétaire général, à la Conférence internationale de Bruxelles^

Cette dernière assemblée a fait, en trois jours de séances, une œuvre bien plus considérable. Y assistaient une trentaine de bibliographes, venus du monde entier; pour la France, citons .MM. llariol, Marcel Baudouin, L.-H. Petit, bibliothécaire de la Faculté de médecine de Paris, M. Lunglois, de la Faculté des lettres, etc. Des propositions d'un grand intérêt y ont été discutées et des vœux nombreux admis à une très forte majorité, souvent à l'unanimité.

Ultérieurement, M. Lafontainc de Bruxelles) s'est empressé d'aller les soutenir au Congrès de l'Association artistique et internationale à Dresde, après la discussion du projet de Hépertoire bibliographi(iue universel, défendu par M. Lermina (de Paris). Malheureusement les éditeurs et les libraires, présents à cette réunion, ne paraissent pas avoir bien saisi la portée de la communication de l'érudit bibliographe belge et rien de pratique ne semble être sorti de ce Congrès en pays allemand. Il n'en a pas été ainsi à Bordeaux et à Bruxelles; et c'est sur les vœux, adoptés dans cette dernière ville, que nous désirons attirer aujourd'hui l'attention des chercheurs, des amants des livres, des bibliographes de profession.

Tous les savants étaient depuis longtemps convaincus de la nécessité absolue de posséder un Répertoire liihliograpldque Universel, mais précis, exact, complet, à la fuis onomastique et idéologique, c'est-à-dire une sorte de catalogue raisonné de toutes les productions del'esprit humain. Mais, jus(iu'à ces derniers temps, on n'avait pas envisagé le problème de face, d'une façon réellement pratique.

Divers systèmes avaient bien été proposés par différents bibliographes, et récemment encore, au Congrès international de Mathématiques, tenu à Paris en 1889; mais ils présentaient des inconvénients trop sérieux pour pouvoir être adoptés pour l'ensemble des connaissances

in Progrès médical, 1895, 21 septembre. 183-184; in Berliner Klin. Wochenshr., 15 juillet 1895 (Parisier Briof); in La Bibliographie scientifique, n" 1, 1895, p. 1-4.

humaines. Il fallut arriver, vers 1878, à la géniale idée de M. Melvil Uewey, bibliothécaire de l'Université de la Cité de New-York, pour trouver une solution particulièrement simple de la question posée.

C'est le système de ce savant américain qui est connu sous le nom de Classification Décimale (C. D.).

Aujourd'hui, il a été expérimenté avec grand succès dans le monde américain, vulgarisé par V Association des Bibliothécaires des Etats-Unis, le Bureau of Education (sorte de ministèie de l'Instruction publique) à Washington et le Libranj Bureau de Londres, et utilisé par VOffice international de Bihlioij rapide socioloijique de Bruxelles, de môme que dans plus de mille bibliothèques d'Amérique. Nous l'avons appliqué nous-môme récemment dans notre Institut de Biblioijraphie scientifique, et nous devons reconnaître que ce procédé de classification — dont les bases ont été malheureusement jetées avec un peu trop de h;Ue, ce qui explique pourquoi ce système semble trop artiliciel — est susceptible de rendre les plus grands services.

La conférence de Bruxelles a dû, au début même de ses travaux, constater que cette méthode répondait à peu près à toutes les objections, en étudiant avec soin le répertoire bibliographique sociologiijue de MM. Lafontaine et Otlet. Aussi a-t-elle adopté ce premier vœu.

I. — La Coiirôrcnce considèro la classification décimale comme donnant des résultais pleinement satisfaisants au point de vue pratique et international.

Le principe de cette classiflcation est, comme nous l'avons dit, comme nous ne craignons pas de le répéter, d'une simplicité géniale.

Toutes les connaissances humaines sont divisées en dix classes aux([uelles correspond l'un des dix chiffres : 0, 1, 2, 3,4, 5, 6, 7, 8, 9.

Voici ces classes:

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