‹ La mort d'Ivan IliitchChapitre 4 sur 9 · D I V A N I L I I Т С II · texte numérisé non relu

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telle attention, que* même la douleur ne le distrayait pas.

«Vivre? Comment vivre? — demanda-t-il à la voix de l'âme.

— Oui, vivre comme j'ai vécu avant, bien et agréablement.

— Comme tu as vécu avant, bien et agréablement? » demanda la voix.

Et il commença à analyser dans son esprit les meilleurs moments de sa vie agréable. Mais ce qu'il y avait de plus étrange, c'est que ces meilleurs moments de sa vie agréable ne lui paraissaient plus être ce qu'ils étaient auparavant. Tous, excepté les premiers souvenirs de l'enfance : là, il y avait eu quelque chose de véritablement agréable, dont on pourrait vivre si cela revenait. Mais l'homme qui avait éprouvé la vie convenable n'était plus; c'était comme un souvenir se rapportant à un autre.

Oui, aussitôt qu'apparaissaient les souvenirs de ces jours qui avaient abouti à l'Ivan Iliitch d'à présent, tous les bonheurs se fondaient et se transformaient en quelque chose d'insignifiant et même de laid.

Plus il s'éloignait de l'enfance et plus il approchait du présent, plus insignifiantes, plus douteuses étaient les joies. Cela commençait à partir de l'École de droit. La, il y avait eu encore quelque chose de véritablement bon, là il v avait eu de la gaieté, de l'amitié, des espérances. Mais dans les classes plus élevées, ces bonnes minutes devenaient déjà plus rares. Ensuite, durant le premier emploi chez le gouverneur, de nouveau les bonnes minutes avaient reparu : les souvenirs des premières amours. Après, tout se confondait ; les bonnes choses diminuaient. Plus tard cela s'amoindrissait

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encore : plus ça allait, plus les bonheurs s'évanouissaient.

Le mariage... si imprévu, et les désillusions, et la mauvaise baleine de l'épouse et le sentimentalisme et l'affectation ! Et ce labeur mort, et ces préoccupations de l'argent (un лп, deux ans, dix ans, vingt ans) et toujours la même chose !

Et Ivan Iliiteh pensait :

« C'est comme si j'étais descendu « régulièrement en m'imaginant que « j'allais en haut. Autant, dans les « yeux du monde, je montais, autant « ma vie s'en allait... Et voila que « tout est fait... meurs!...

« Qu'est-ce alors? Pourquoi? Ce « ne peut être ! Il est impossible que « la vie soit si dépourvue de sens, « si affreuse. Si elle est si absurde « et si affreuse, pourquoi mourir, et « mourir dans les souffrances ! Il y a

« là quelque chose qui n'est pas net. »

Puis, il lui venait une idée plus triste encore : « Peut-être n'ai-je pas vécu comme il le fallait? Mais comment : j'ai tout fait comme il faut? » Et il écartait immédiatement cette seule solution du problème de la vie et de la mort, comme quelque chose de tout à fait inadmissible.

« Que veux-tu donc maintenani ?

Vivre? Vivre comment? Vivre comme tu vivais au tribunal, quand l'huissier annonce :

« La Cour arrive!... La Cour arrive ! la Cour arrive !

« Mais, je ne suis pas coupable ! — s'écriait-il avec colère. — Pourquoi?

Pourquoi?... »

Et il cessait de pleurer, se tournait vers le mur et pensait toujours à la même chose : « Pourquoi, pourquoi toute cette horreur? »

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