SCÈNE II
STATIRE, ALEXANDRE.
ST ATI RE.
Ne tous étonnez point, seigneur, qu'on m'ait choisie Tour traiter avec vous du destin de l’Asie ;
Mon père à ses raisons : il sait que d'un procès Deux beaux jeux quelquefois assurent le succès;
Pour moi, dans l'Âge heureux où l'on brave une armée, J'ai traversé ce camp sans eu être alarmée;
Et j’ose me flatter que ce n’est pas en vain Que je viens vous oiîrir la paix avec ma main. D'ailleurs, d'une beauté languissante et flétrie Je ne viens point vouer le reste à ma patrie !
Je vaux mieux que la guerre, et, sans verser de sang, On peut...
ALEXANDRE
De Bucépbale on a percé le flanc ;
Et l’on vient me parler de paix et d'hytnénèe !
Périsse la Scjthie !
STATIRE.
Interdite, étonnée.
Seigneur, je l'avoûrai, je n'avais pas prévu Qu’un cheval dut ainsi...
ALEXANDRE
Vous ne l’avez pas vu!
STATIRE.
Il est vrai ; je n’ai pas l'honneur de le connaître.
ALEXANDRE
D est d’un sang illustre ou digue au moins d'en èlrc.
STATIRE.
De ma beauté peut-être est-ce trop présumer,
Hais, comme lui, seigneur, je puis me faire aimer,
ALEXANDRE
Que ne lui dois-je point ! Jamais une maîtresse Ne serait si Adèle et n'eut tant de tendresse;
Vous le verriez, silùt que je veux le monter,
Baisser sa large croupe et me la présenter:
Indomptable & tout autre, et pour moi si docile. Qu’avec lui l’éperon me devient inutile.
STATIRE.
On pourrait l’imiter en faisant son devoir;
Et ma docilité...
ALEXANDRE
C’est ce qu'il faudra voir!.
Auprès de lui je cours : à regret je vous quille; liais nous pourrons conclure après cette visite.
STATIRE.
Aht qu'un accueil si froid me le rend odieux !
Moi qui présumais tant du pouvoir de mes yeux,
Un cheval m’a vaincue. En quel siècle nous sommes l Voilà notre pouvoir sur les esprits des hommes :
Fille d’un roi fameux, et, pour dire encor plus,
Jeune et belle, csl-ce à moi d’essuyer un refus?