La mort de Cavelier de La Salle [microforme]
En présence d'une situation dramatique, on en recherche les causes, et cela nous reporte à uns antériorité qu'il faut connaître, à moins que de renoncer à comprendre le fait principal, Pour expliquer la tragédie du lexas, il est indispensable de faire voir d'abord comment La Salle avait quitté le Canada; comment il organisa en France une expédition qui alla périr avec lui sur les côtes du golfe du Mexique, et pourquoi les Canadiens furent étrangers à cette catastrophe. Ceci nous a fait adopter un plan où l'unité de lieu sera nécessairement négligée; en revanche l'unité d'action y sera parfuite, chacune des scènes se rattachant aux autres étroitement.
L'année 1682.—Le 4 avril, La Salle prit possession des bouches du Mississipi; ensuite, remontant le cours de ce fleuve, il retourna aux Illinois, son point de départ. Le 1” mai, à Saint-Cloud, le roi de France nomma M. de La Barre pour remplacer M. de Frontenac au gouvernement du Canada. La Salle venait de remporter un succès éclatant comme découvreur ; il ouvrait un champ immense aux convoitises des marchands de pelleteries ; juste à ce moment, Louis XIV envoyait à Québec l’homme qui représentait le mieux la rapacité chez les gouverneurs de colonie. Le Salle ne retirera rien de sa découverte.
Au mois de septembre, Ja Salle et Tonty se rendirent à Michillimakinac ; i n’y avait pas encore de nouvelles de France. On expédia vers Québes le rapport concernant le Mississipi, afin de le confier aux vaisseaux avant leur dépurt d'automne. Les deux explorateurs reprirent le chemin du pays des Illinois, comme M. de La Barre entrait dans ses fonctions de gouverneur général —9 octobre. Les créanciers de La Salle avaient prié ce gouverneur de protéger leurs intérêts au fort Frontenac (lac Ontario),où tout allait dépérissant par suite des absences continuelles du découvreur.
La Salle à Québec, 1683.— Nous ne savons pas si, le 12 mai 1683, La Salle, alors retourné an fort Saint-Louis, sur la rivière des Illinois, songea que les lettres patentes du Roi expiraient ce jour-là et qu'il ne possédait plus rien en Amérique, sauf les marchandises et ies pelleteries dont il avait à rendre compte à ses bailleurs de fonds—une tâche au-dessus de ses moyens. Il devait, néanmoins, être assez tranquille d'esprit, parce qu'il ignorait ce qui se tramait contre lui et que, d’autre part, il calculait que la découverte des bouches du Mississipi lui vaudrait au moins le renouvellement de son privilège durant une période de cinq ans ou davantage.
Dans cette espérance, il repartit pour Michillimakinac, l'été de 1683, et fit la rencontre de Morel de La Durantaye, accompagné du chevalier de Baugy, qui lui signitièrent l'ordre de rendre le fort Saint-Louis et de partir lui-même pour Québec où M. de La Barre l'attendait. La situation se dessinait clairement. Un nouveau régime venait d'être introduit dans l'administration : M. de La Barre et ses associés prenaient en mair le trafic avec les Sauvages.
Après avoir passé Michillimakinac, La Salle rencontra soixante-six
‘anotsappartenantaux sieurs Aubgrt,de La Chesnaye et Lebert dit Larose, envoyés, soi-disant, pour porter des vivres au chevalier de Baugy, mais en réalité, chargés de marchandisés de traite et si peu munis de provisions de bouche que La Salle dut leur en procurer. Les conducteurs étaient Deslauriers, Tibaut, Lacroix, Saint-Gemme, “Les Auvergnats ”,! Turpin, Couture en étaient aussi, ajoute La Salle dans se narration. (Margry, Mémoires, II, 33.)
Ces noms sont familiers aux étudiants de notre histoire. La Salle dit que ces soixunte-six canots ne comprenaient point les vingt-cinq autorisés en faveur de particuliers tels que La Chesnaye et Lebert, ce qui implique une tentative illégale de spéculation privée de M. de La Barre.
D'après Margry (1, 432-3, 570 ; 11, 385-6), La Salle arriva à Québec le ou avant le 2 nov ae 1683, et 16 19, il s'embarquait pour la France, mais il était précédé d’une lettre du gouverneur général écrite contre le projets qu'il allait soumettre au Roi. M.de La Barre avertissait le ministre des colonies que La Salle lui parlerait de ses “ prétendues découvertes ” et qu'il ne fallait pas le croire. Il ajoute : “ Vous me marquerez ce que vous souhaitez que l’on fasse du fort Frontenac, puisque vous verrez, par la copie des lettres du sieur de La Salle, que la tête lui a tourné ; qu'il est assez hardi pour vous donner avis d'une découverte fausse, et que, au lieu de revenir (du Mississipi) pour apprendre ce que le Roi désirait qu'il fit, il s'écarte de moi (allant en France) dans la pensée d'attirer les habitants à plus de 500 lieues d'ici, dans le milieu des terres, pour se faire un royaume imaginaire, en débauchant tous les banqueroutiers et fainéants de ce pays.” Le 23 décembre, La ns Ne ut à La Rochelle.
Autour des grands Baugy, après avoir passé par le fond de la baie des Puants de Verta) arrivait au fort Saint-Louis du Rocher où commandait Tonty. Dans ce trajet il eut connaissance du mécontentement que certaines tribus sauvages éprouvaient à l'égard des traiteurs, mais il constata que la présence de La Durantaye dans l'Ouest avait calmé le mouvement des Pouteouatamis contre les Français. (Margry, Mémoires, IT, 332-3.)
Le danger ne pouvait plus venir que des [roquois, ces terribles envahisseurs qui, à l'instar des Ror ains, absorbaient dans leurs rangs les nations conquises.
1 ] y avait dans le Bas-Canada une famille canadienne appelée Lauvergnat.
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