‹ La mort de Charles I, roi d'AngleterreChapitre 21 sur 76 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

D'ambitieux.

FLEETWOOD.

L'armée , composée de citoyens , n'a fait que son devoir en arrêtant le roi , et je fais le mien en vous demandant justice contre un prince ....

PLUSIEURS VOIX

A bas les agitateurs ! Il est envoyé ici par Cromwell.

FLEETWOOD.

Il a arboré l'étendard de la tvrannie contre le peuple souverain. . . .

C'est le roi qui est notre souverain ; c'est avec lui que nous devons traiter. Yous n'êtes qu'un rebelle.

F LEETWOOD ,

se tournant du côté du membre qui vient de l'interrompre.

Tout pouvoir légitime émane du peuple (*) , et par conséquent le rebelle est celui qui vend sa conscience à un despote pour en obtenir des faveurs et des richesses ; le rebelle est celui qui sacrifie sa patrie à l'ambition de son auguste maître ; le rebelle est celui qui , foulant à ses pieds la volonté nationale...

PLUSIEURS MEMBRES

A bas le niveleur !

FLEETWOOD.

La rébellion était dans le camp de Tarquin ; la justice et le droit , dans le camp de Brutus.

( Agitation. ) M A S S E Y.

Que deviendrons-nous , messieurs , si de pareils principes n'attirent pas votre indignation sur la tête de l'anarchiste qui ose vous les faire entendre comme des vérités sacramentelles ? Que devien-

(*) C'était un des principes des indépendans , et les communes l'ont reconnu peu de temps avant la mort de Charles V. Voyez David Hume, Hist. d'Angleterre, t. XV, p. 462, Yverdon, 1781.

5o LA MORT DE CHARLES L

drons-nous si cette épouvantable théorie politique , digne de quelques échappés de Bedlam , est un jour le flambeau incendiaire à la lueur duquel voudra marcher la nation? Oui, sans doute, le peuple jouit légitimement du pouvoir souverain dans une république démocratique , car cela est de la nature de ce gouvernement. Mais prétendre, en principe absolu, que la souveraineté réside dans le peuple, c'est le comble du délire. D'ailleurs un monarque à vingt millions de têtes est un être de raison que personne ne conçoit ; comment s'accorderait-il avec lui-même ? Où serait ici l'unité de volonté , sans laquelle il n'y a dans l'état qu'horrible confusion , troubles civils , anarchie ? Mais c'est trop m'appesantir sur une doctrine qui n'aura pas beaucoup de partisans dans cette chambre; je le jure sur votre lovauté , messieurs , sur vos principes connus, et le désir que vous avez de remettre à flot le vaisseau de l'état. Le but de notre mémorable révolution n'a jamais été de renverser le trône. Nous n'avons voulu que ce que nous voulons encore : l'anéantissement de l'épiscopat et la diminution de la prérogative royale. Voilà notre ancre de salut; restons-y attachés, ou bien notre malheureuse patrie , livrée aux fureurs des factions , s'abreuvera de son propre sang; et nous aurons consolidé, sans le vouloir, les gouvernemens absolus, car c'est donner des armes aux tyrans que de commettre des

DRAME. 5i

crimes au nom de la liberté. Tous les vrais Anglais, tous les amis de l'ordre et de l'indépendance légale, vous parlent par ma voix. L'Europe vous jugera , et la postérité voUs attend.

( Sensation. ) FLEETWOOD.

Discours d'esclave ! Je supplie la chambre de mettre le roi en jugement, et de déclarer la république.

QUELQUES VOIX

Non!

C OPLEY.

Ce serait nous livrer à l'armée : Cromv^rell est plus à craindre que le roi.

HARRISSON

Je suis persuadé que le général ne se cherche pas lui-même , mais qu'il prépare seulement le chemin au règne de Jésus, afin que Jésus puisse avoir le sceptre.

STAPLETOÎÎ.

A moins que Jésus ne vienne bientôt , il arrivera trop tard (48).

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