‹ La mort de Charles I, roi d'AngleterreChapitre 33 sur 76 · LADY FAIRFAX, LORD FAIRFAX · texte numérisé non relu

LADY FAIRFAX, LORD FAIRFAX

LADY FAIRFAX

Mylord , je commence à voir que nous avons été trop loin. Le roi sera victime de notre zèle imprudent pour la cause populaire (74)? car, je n'en doute pas, Cromwell vous trompe. Vous ne devriez pas avoir oublié sa mauvaise foi envers Manchester, et l'acte du renoncement a soi-même par lequel il est parvenu à écarter de l'armée les officiers -généraux qui pouvaient être un obstacle à son ambition.

FAIRFAX

Si vous l'aviez entendu, vous auriez une tout autre opinion de lui. Plus je réfléchis sur ce qu'il m'a dit, plus je crois qu'il désapprouve réellement...

LADY FAIRFAX

Comment pouvez-vous penser que les officiers osent se porter à un acte aussi extraordinaire ? Estil naturel de supposer qu'ils tirent l'épée contre le parlement , sans y être poussés par une main puissante ;* Il est évident, mylord, que Cromwell veut

chasser des deux chambres les presbytériens, dont l'intention , d'après ce qui s'est passé ce matin aux communes , est de traiter avec le roi. Souvenez- vous de ce que je vous dis : ce malheureux prince périra, et l'infâme ambitieux dont le génie vous subjugue vous comptera bientôt au nombre de ses sujets.

F AIRFAX.

Vous m'estimez trop pour le croire.

if.

LAD Y F AIRFAX.

Oui, je vous estime; mais je crains que l'ascendant de cet homme ne soit fatal à l'état. Doutez-vous de son ambition ?

FAIRF AX.

Je la crois noble et digne de lui.

LADY F AIRFAX.

Elle n'en est que plus redoutable. Tout annonce en Cromwell un homme qui veut s'élever au pouvoir souverain. Il fait naître les factions pour les écraser les unes par les autres; et c'est du milieu de ces désordres , dont son génie pénétrant a deviné les résultats, qu'il parviendra...

F AIRFAX.

Vos craintes ne sont pas fondées. Cromwell ne montera jamais sur le trône, mais Charles Stuart pourrait bien en descendre , car l'armée est mal-

heureusement imbue d'idées républicaines qu'il sera très-difficile d'étouffer.

LADY FAIRFAX

Et à qui les doit-on, si ce n'est aux indépendans et aux agitateurs, factieux suscités par Cromwell lui-même?

FAIRFAX

Je ne pense pas que les agitateurs aient à se louer de lui.

LADY FAIRFAX

Il est vrai qu'il en a sacrifié quelques-uns à sa politique et qu'il a épouvanté les autres ; mais il faut avoir tout l'aveuglement d'un homme de bien , qui croit le crime impossible, pour ne pas voir que c'est Cromwell qui ressuscite aujourd'hui ces factions...

FA IRFAX.

Je n'ai qu'une objection à vous faire : si Cromwell est aussi perfide que vous le pensez, pourquoi estil venu m'avertir lui-même du danger que courait le parlement, et me prier de me joindre à lui afio de sauver le roi des attentats auxquels la faction militaire pourrait se porter ?

LADY FAIRFAX

Détestable hypocrisie ! Ce coup d'état ne pouvant avoir lieu à voire insu, Cromwell a senti la néces-

site de se donner le mérite de vous en instruire, pour vous faire accroire qu'il ne l'approuvait pas. Au surplus, permettez-moi de voir cet ambiteux, et je suis sûre de l'embarrasser.

FlIRFAX.

Je le veux bien , quoique cette démarche me paraisse tout-à-fait inutile. Les raisons qu'il m'a données

LADY FAIRFAX

Il entendra les miennes. Ma visite ne sera pas longue. Adieu.

FAIRFAX

Je serai dans mon cabinet.

( Ils sortent.)

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