FAIRE A X
Et que deviendra le roi au milieu de tous ces ftirieux ?
CROMWELL
J'espère que ce coup d'état contre le parlement assouvira l'esprit de révolte et d'insubordination qui anime la plupart des soldats et des officiers , et que ces mutins permettront aux chambres épurées, comme ils le disent, de traiter avec sa majesté pour l'établissement de la nation.
8o LA MORT DE CHARLES L
FAIRFA.X.
Vous oubliez que les officiers demandent dans leur remontrance que le roi soit mis en jugement.
CROMWELL
Vous me faites sentir, mylord, à quel point notre position est fôcheuse; mais je ne pense pas cependant qu'il soit impossible de nous en tirer.
FAIRFAX
Comment ?
CROMWELL
Ayons l'air d'approuver ce que nous ne pouvons empêcber. Nous inspirerons peut-être par ce moyen quelque confiance aux mutins de l'armée, et finalement ils nous obéiront. Croyez-moi, mylord, marchons avec eux, pour les arrêter quand nous le jugerons convenable. C'est en se mettant à la tête d'une révolution que l'on parvient à la diriger.
FAIRFAX
Il est bien hardi de se jeter au milieu d'une faction dans l'espoir de l'enchaîner.
CROMWELL
Beaucoup moins, ce me semble, que de s'abandonner à elle avec la certitude de devenir sa vietime.
FAIRFAX
Général, cette démarche me paraît très-dange-
reuse, car rien ne nous répond de l'avenir tel que vous le voyez. Nous serons peut-être entraînés malgré nous par le courant que nous voulons arrêter, et alors nous aurons l'air de l'avoir mis en mouvement. Ce n'est pas que je ne sente toute la force de vos raisons, mais les plus sublimes théories peuvent échouer dans la pratique. D'ailleurs on est dupe quelquefois de ses propres finesses.
CROMWELL
Sans doute, mylord , quand ce ne sont que des finesses. Mais les principes d'après lesquels je crois que nous devons nous conduire dans les circonstances actuelles, sont d'une telle évidence à mes yeux, que vos objections ne m'ébranlent nullement. (Il se lève.) Au surplus, je ne voulais que vous faire partager avec moi l'honneur de tenir le gouvernail pendant la tempête ; puisque vous vous y refusez , j'agirai seul, au risque de compromettre ma réputation. Il faut détourner la foudre qui menace le trône.
FAIRFAX
Quoique ce rôle soit bien dangereux, je m'y résigne, pourvu cependant que vous me donniez votre parole d'honneur de vous joindre franchement a. moi , et d'user de toute votre influence...
CROMWELL
Je vous la donne, mvlord... Laissons faire, et
approuvons. La bourrasque passée , le vaisseau arrivera probablement h bon port. Pour régner sur des fanatiques, il faut être fanatique avec eux, et pour arrêter des séditieux dans leurs coupables excès, il faut être plus séditieux qu'eux-mêmes. Votre résolution courageuse sauvera peut-être l'Angleterre de tous les malbeurs dont la menacent aujourd'hui des hommes qu'il est essentiel de ménager parce qu'ils sont redoutables, mais qu'il faut tâcher de conduire parce (jue l'esprit de révolte les aveugle. Adieu, mylord. Je vous quitte, persuadé que nous n'aurons aucun sujet de nous repentir du parti que nous venons de prendre.
F A IRF AX.
Vous savez , général , que tous vos vœux sont les miens...
CROMWELL
Je sais que votre parole d'honneur est sacrée, que vous fûtes toujours le plus noble défenseur de notre indépendance, et que le souvenir de vos services est gravé à jamais dans le cœur de tous les Anglais.
(Cromwell salue ïïairfax qui sort avec lui. )