‹ La mort de Charles I, roi d'AngleterreChapitre 44 sur 76 · V ANES · texte numérisé non relu

V ANES

Ces maximes sont d'une vérité incontestable , mais je les crois très-mal appliquées, et je vais le prouver.

PRESQUE TOUTE LA CHAMBRE

Non , non ! à la proposition de l'orateur.

MASSE Y

Si votre justice est dans votre épée, et votre éloquence dans vos poumons...

PLUSIEURS VOIX

Silence !

l'orateur.

Je propose à la chambre de voter des remercîmens à l'armée , et un jour d'action de grâces et de jeûne.

TOUTE LA CHAMBRE, excepté Vanes, Massey et une douzaine de membres.

Adopté. Vivent les défenseurs de la patrie! vive Cromwell !

MASSEY.

Nous assistons aux funérailles de la liberté, et Olivier Cromwell est en tête du convoi.

LUDLOW

C'est un insolent, un traître. Qu'on le chasse!

QUELQUES VOIX

Oui !

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VANES,

Encore une fois, messieurs, vous ne répondez point. Comment des hommes de votre mérke ne sentent-ils pas qu'imposer silence ou proscrire est toujours la logique de ceux qui ont tort?

Eh bien ! je vais prouver...

QUELQUES VOIX

Ecoutez !

CROMWELL, à Ireton.

Non , mon ami ; c'est moi que l'on attaque , c'est à moi de me défendre. ( Grand silence. ) Il m'est pénible, honorables membres, de vous entretenir de ce qui me regarde personnellement; mais puisque j'y suis forcé, je Hiis le faire avec vérité, avec la simplicité d'un soldat et d'un homme qui croit n'avoir pas besoin des ressources de l'éloquence pour répondre à ses ennemis.

Depuis que les habitans de Cambridge m'ont fait l'honneur de me nommer membre des communes en 1640 (82), je n'ai cessé un moment d'être tout entier à l'Angleterre, tout entier à la noble cause de la liberté. Aurait-on oublié que je suis du nombre de ceux qui ont soutenu avec le plus d'ardeur la grande remontrance contre les actes de despotisme que la nation avait soufferts depuis l'avènement du roi ? Aurait-on oublié qu'avant reçu du parlement

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un brevet de capitaine, je répondis à cette faveur par la prise de l'université de Cambridge, qui allait envoyer des secours à nos ennemis, par la prise de Saint-Albans et du grand shériff d'Hertford ? Alors le parlement ne voyait en moi qu'un citoyen zélé , utile, et il crut même devoir récompenser mes services en m'élevant au grade de colonel. Mon intention n'est pas de vous fatiguer du récit de tout ce que j'eus le bonheur de faire, dans cette nouvelle position, pour assurer le triomphe de la cause nationale. Vous le savez aussi bien que moi , messieurs, et les cavaliers s'en souviennent encore.

PLUSIEURS VOIX

Oui ! oui !

CROMWELL

Depuis la mémorable journée de Marston-Moore jusqu'à la victoire de Naseby, j'ai eu l'honneur d'attacher mon nom à tous nos succès, de teindre de mon sang tous nos lauriers. Je souffre encore de mes blessures, et puisse l'indignation que j'éprouve ne pas les rouvrir! Epuisé de fatigues et de veilles, tandis que ceux qui me signalent aujourd'hui comme un ennemi de la liberté publique...

PLUSIEURS VOIX

On ne les croit pas. — Pourquoi leur répondezvous ? — Assez ! assez î

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CROMWELL

Non , messieurs ; il faut les confondre.

M A s s E Y , à Cromwell.

Vous ne nous confondrez pas. Justifiez-vous de ce que l'on vient de faire par vos ordres.

CROMWELL

Ma justification est dans ma conscience, dans la volonté de l'armée, qui n'a pas triomphe des ennemis de l'état pour se remettre sous leur joug, dans le vœu de l'Angleterre, qui demande impérieusement la paix, et les institutions politiques qu'elle a le droit d'attendre du parlement. La faction que nous venons de renverser était un obstacle à nos hautes destinées. Tous ces presbytériens, persistant à vouloir vivre dans les ténèbres de l'esprit, à fermer les yeux aux vérités saintes dont le ciel est si prodigue envers nous, sont aujourd'hui la honte de la patrie et de la religion. Mais enfin le peuple de dieu est sorti d'Egypte, et l'armée de Pharaon a péri dans la mer. Rendons-nous dignes, messieurs, par nos prières, de la protection que le ciel nous accorde; ne résistons point aux inspirations que nous envoie le seigneur; suivons avec confiance la colonne de feu qui marche devant nous ; elle dévorera nos ennemis, et laissera leurs ossemens dans le désert. La liberté pour laquelle j'ai combattu avec tant de succès sera toujours, après Dieu, la première divi-

nité de mon cœur, comme vous serez toujours , après ma famille , les objets de mes affections les plus chères. Eh! comment, messieurs, peut-on avoir l'audace de me soupçonner capable de vouloir vous enchaîner? moi, qui vous dois tout ce que je suis! moi, qui dois toute ma renommée à la révolution dont vous êtes les principaux auteurs ! j'ai été et je serai toujours l'homme du peuple , l'homme des gens de bien , et l'implacable adversaire de la tyrannie.

PRESQUE TOUTE LA CHAMBRE, qui se lève!

Vive notre général ! à bas les presbytériens !

LUDLOW, à Vanes, bas.

Il n'ignore pas l'art de cajoler les républicains et de leur donner de belles paroles quand il a besoin d'eux (83).

VAN ES, à Cromwell.

Général , vous venez d'ajouter à l'histoire une page qui déposera toujours contre vous , si celles qui doivent la suivre ne la confirment pas. On peut pardonner un acte dictatorial qui enfante la liberté , mais quand il n'est que le prélude d'un système despotique contre les droits des nations, alors la postérité n'y voit plus qu'un crime ineffaçable. N'oubliez pas que force ne fait jamais droit , que la gloire n est jamais dans la tyrannie, et que César, triomphant à Pliarsalt;, est moins grand que Caton se

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déchirant It^s entrailles à Utique, pour se soustraire à la honte de survivre à la liberté de Rome.

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