‹ La mort de Charles I, roi d'AngleterreChapitre 47 sur 76 · SCÈNE XXIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIII

CHARLES I, JUXON , un instant après.

CHARLES I , assis.

Écrivons au prince de Galles Malheureux

prince!.,., j'ai d'affreux pressentimens c'est peutêtre la dernière fois ( n essuie une larme, et se prépare

a écrire à son fils. )

(Juxorl entre.)

Qu'avez-vous donc, mon ami?

JUXON, dans la plus grande affliction.

Sire, j'ai vécu trop long -temps. Les factieux l'emportent, et votre majesté est menacée

Achevez, mon ami, parlez; j'ai le courage d'un chrétien qui met toute sa confiance en Dieu.

J U X O IV , se jetant aux pieds du roi.

Ah ! sire , que la justice divine vous fortifie contre les crimes de la terre! Elevez votre ame vers Iç ciçl, î^sile de la. vertu malheureuse, (il se relève.) Toutes nos espérances se sont évanouies. Les communes, en rébellion ouverte, ont résolu hier de faire comparaître votre majesté, comme coupable de haute

la/j LA MORT DE CHARLES I.

trahison, devant une cour de justice, qui ne sera composée que de scélérats vendus à la faction des indépendahs. La chambre des lords, beaucoup trop complice jusqu'à présent des misérables qui ont soulevé le peuple contre le trône, a rejeté le bill; mais les communes ont répondu à cet acte de fidélité en déclarant qu'elles seules représentaient le peuple anglais, et que tout ce qu'elles ordonneraient aurait force de loi , indépendamment du consentement de votre majesté et de la chambre haute.

Quel que soit le sort que l'on me prépare, je lui présenterai un front d'airain. Ce n'est pas sur moi qu'il faut pleurer : il est un Dieu rémunérateur et vengeur. Mon ami, ayons confiance dans la mort.... J'allais écrire au prince de Galles; permettez-moi....

(Le roi s'assied et écrit. Sa lettre terminée, il se lève. )

Vous êtes mon seul confident, et le plus respectable que j'aie jamais eu : écoutez.

« Mon fils, je vous écris du palais de Saint-James « où je suis retenu prisonnier par quelques factieux , « mais que Dieu le leur pardonne comme je le fais «moi-même! Si je dois périr leur victime, puisse « mon sang éteindre à jamais le feu de la guerre « civile , et vous préparer un règne fortuné et tran- « quille ! Écoutez religieusement les conseils de votre « malheureux père. Nous vivons dans un temps où

« le peuple, remué par des doctrines fausses et perce verses, est devenu très -difficile à gouverner; il « faut donc composer avec lui et lui accorder les « privilèges qu'il exige impérieusement. Je vous ai « déjà donné l'exemple de la conduite que je vous « prescris ; allez plus loin que moi si la nécessité « rexige,mais sans jamais blesser la dignité du trône, « car il vaudrait mieux en descendre que de le dés- « honorer. J'aime à penser qu'un autre parlement « (on ne peut rien attendre de celui-ci) sentira que « le pouvoir royal est utile à la liberté du peuple, « et que le despotisme de plusieurs est plus à craindre « encore que le despotisme d'un seul. N'aspirez « jamais à un pouvoir qui serait contraire au bon- « heur de vos sujets; s'ils sont heureux , vous le serez '( aussi. Ils viennent d'apprendre qu'une victoire sur « leur prince n'est qu'un triomphe sur eux-mêmes; « et cette leçon ne manquera point à l'avenir de « leur donner moins de goût pour le changement (*). « Si je n'étais pas tombé entre les mains des indé- « pendans, je remonterais sur mon trône, car pres- « que toute l'Angleterre gémit de ma captivité ; mais « les factieux sont les plus forts, et je dois me ré-

(*) Cette phrase est prise textuellement de la lettre que Charles l*' écrivit à son fils quelque temps avant de mourir, lettre remplie de sentimens honorables et de bons conseils dont j'ai tâché de me pénétrer pour faire celle-ci.

« signer.... Je sens dans mon cœur que je ne vous « i-evèrrai plus. Oui , je vous parle pour la dernière

« fois. (Ici le roi éprouve 1111 peu d émotion.) Quand DieU VOU.S

« aura replacé sur le trône, ne vous vengez d'aucun « de nos ennemis (go^i; la religion vous le prescrit « et votre père vous en prie les larmes aux yeux. « Si vous êtes rétabli dans vos droits à des condi- « tions dures, gardez tout ce que vous aurez pro- « mis(*); on n'a jamais tort d'être honnête homme.

a Adieu, mon cher fils, adieu. Puissiez-vous être « plus heureux que votre père! Les rebelles, qui « tiennent le glaive suspendu sur ma tête, ne peu- « vent me priver du bonheur de vous donner ma u bénédiction avant de mourir, et je vous la donne « du fond de l'âme. Vivez long-temps pour honoa rer ma mémoire. Adieu!»

Je vous confie ces dernières expressions de mon cœur ; faites-les parvenir au prince de Galles.

Le roi lui remel la lettre.

JUXO]V.

Sire, cette lettre est d'un roi" chrétien, qui n'a rien à redouter de la justice divine. Je ferai parvenir au prince.... Mais que nous veut cet officier?

(*} Cette phrase est encore prise textnellemrnt de la même lettre.

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