‹ La mort de Charles I, roi d'AngleterreChapitre 53 sur 76 · OFFICIER · texte numérisé non relu

OFFICIER

(Charles I et Juxon jouent aux. échecs; Warwick et l'officier sont assis. )

Cette tour est en prise depuis long -temps; sauvons-la.

JUXON

Je ne m'en étais pas aperçu... Echec à la dame.

Voilà un échec qui m'embarrasse... Echec à la votre. Je suppose que vous ne ferez pas dame pour dame.

JUXON

Non, sire, mais je prends votre cavalier.

Et moi, votre fou... Le jeu devient intéressant.

( Ils jouent sans parler.)

W A RW I C K , il s'approche d'une fenêtre qui donne sur le jardin , et dit à voix basse :

Quelle infamie! Retenir son roi prisonnier...!

i38 LA MORT DE CHARLES L

(A l'officier, un peu bas.) Monsieur, je ne voudrais pas être à votre place pour tous les trésors du monde.

l'officier, un peu bas.

Et moi, je voudrais être à la vôtre. Je souffre...

CHARLES 1, qui a entendu ces derniers mots, se tourne du côté de l'officier.

Vous êtes un honnête homme, monsieur; je vous estime et vous plains.

(Le roi continue à jouer.) l'officier, bas à Warwick.

Je désirerais avoir l'honneur de parler à sa majesté.

WARV/JCK.

Attendez un moment; laissez -lui terminer sa partie.

CHARLES 1, à Juxon.

Vous venez de faire une grande faute; et, comme de raison, vous en porterez la peine. Echec et mat.

JUXON

Je suis vaincu, mais je m'en console, car la partie n'était pas égale entre nous.

Comment cela ?

JUXON

Votre majesté joue avec une présence d'esprit...

DRAME. i'6ç)

Il faut toujours être à ce qu'on fait. Voilà enfin une victoire, et j'y suis d'autant plus sensible, que la fortune ne m'a pas gâté.

( Le roi et Jaxon se lèvent. ) WA.11WIC K.

Sire, cet officier demande à votre majesté l'hon-r ueur de l'entretenir un moment.

Très-volontiers.

LOFFICIER, s'approchant du roi avec le plus grand respect.

Je serai le plus malheureux des hommes , si votre majesté me refuse la grâce que je vais lui demander.

Parlez , monsieur.

LOFFICIER, se jetant aux pieds du roi.

Sire, pardonnez-moi le crime que l'on me fait commettre. Enchaîné à une cause que je croyais juste, mais qui n'est plus à mes yeux que la rébellion armée, je suis forcé d'obéir à des chefs que je déteste, à des misérables qui osent porter leurs mains sacrilèges sur un prince qu'ils devraient défendre, (il se relève.) Que votre majesté daigne être sensible à mes remords ! Ayez pitié d'un jeune

i4o LA îvîORÏ DE CHARLES T.

homme qui n'est pas aussi criminel qu'il a le malheur de le paraître 1 Ah î sire, si vous pouviez lire dans mon cœur...

\ ous m'intéressez , monsieur, et vos remords me touchent. Il m'est bien doux de trouver un sujet fidèle dans un homme que je croyais du nombre de ceux qui veulent ma perte. Je vous pardonne sincèrement le service odieux que de fatales circonstances vous font remplir auprès de ma personne, et je vous dis, comme Jésus au criminel repentant, vous serez un jour avec moi dans le royaume des cieux.

L O F F I C I E lî , se jetant ans pieds dn roi.

Laissez -moi couvrir de mes larmes votre main sacrée...

CHARLES I, avec beaucoup d'émotion.

Relevez-vous , monsieur, relevez-vous , et parlez plus bas; on pourrait vous entendre... Le crime veille à cette porte.

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