acte d'accusation soit lu, et que 1 on procède contre
le coupable dans les formes voulues par la loi.
(Cooke présente à Bradshaw l'acte d'accusaUon. ) BRADSHAW.
La cour ordonne la lecture de l'acte d\iccusation contre Charles Stuart, roi d'Angleterre.
( On remet cette pièce à Phelpes, greffier.) PHELPES, lisant.
«Considérant qne Charles Stuart, roi d'Anglc- „ terre, ne jouissant que d'un pouvoir lim.te par les „ lois et par son serment, pour la conservation des „ libertés et franchises du peuple anglais; cons.de- „ ,.ant que, mettant en oubli tous ses devers afin „ d'établir un pouvoir illégitime et tyrann.que, de „ gouverner selon son bon plaisir, d'aneanfr les ..droits politiques du peuple, et de lui oler tout
.. recours contre l'oppression ; considérant que, pour .< atteindre à ce but criminel, il a été onze ans sans „ convoquer le parlement, car celui d Oxford était ,. illégal, et qu'il a arboré l'étendard contre le peu- ..ple! le .4 août ,64^ (*); considérant qu.l a .. continué cette guerre impie jusqu'au jour ou la .. Providence l'a livré entre nos mains ; qu .1 n a ne-
n Le docteur John Li.gard di, le « août mais il es. ,„ tintradicrion so„s ee rapport avec tous les h.s.onens e. avec l'acte d'accusation.
« gligé aucun moyen de séduction pour corrompre « les citoyens, et les engager dans ses criminelles «entreprises, notamment les rebelles et révoltés « d'Irlande, et qu'il a jeté, par ses discours, des « fondemens très-dangereux et fort propres à établir « la tyrannie, en posant en principes des maximes « qui tendent ouvertement à la ruine de l'Etat, telle «que celle-ci, par exemple: qu'il ne doit rendre « compte de ses actions qu'à Dieu seul, et que les « deux chambres du parlement n'ont pas le droit « de déclarer le sens des lois, beaucoup moins de les « faire (99). »
Non , elles n'ont pas le droit de les faire sans ma participation.
PHELPES.
« Considérant enfin que plusieurs membres des « communes ont été emprisonnés illégalement, que « le peuple a été accablé d'impôts arbitraires, et « que tous les faits que nous nous contentons d'in- « diquer ici rapidement, nous réservant le droit de « les spécifier plus au long, ont eu de déplorables «résultats, familles ruinées, trésor public épuisé, « commerce déchu, meurtres, rapines et pillages: « nous accusons Charles Stuart, pour lesdites hautes « trahisons et crimes, d'être un tvran , un traître, un « meurtrier, et un implacable ennemi du peuple. En
i48 LA MORT DE CHARLES L
« conséquence, nous supplions la cour de contram- « dre ledit Charles Stuart de répondre à tous et à «chacun des articles susdits, afin que sentence et « jugement se puissent faire. »
BRADSHAW
Sire, vous venez d'entendre facte d'accusation. La cour attend votre réponse.
Je voudrais savoir, avant de répondre à monsieur le solliciteur général, de quel droit on me fait comparaître ici , de cjuel droit on m'a enlevé de l'île de Wight , où j'avais commencé à traiter avec les deux chambres du parlement. Souvenez-vous que je suis votre roi ; et, avant d'aller plus loin , sondez l'abîme oîi va vous jeter l'ambition de quelques-uns de mes sujets. De qui tenez -vous la mission de me juger?
BR A USH AW.
Puisque vous faites semblant d'ignorer ce que vous savez mieux que personne , je vous dirai , sire, que nous sommes assemblés ici par ordre du parlement, par ordre du peuple qui vous a fait roi.
Je nie que le trône d'Angleterre ait jamais été électif; je suis roi par droit de naissance. Mais,
quoi qu'il en soit, votre autorité est usurpée, car je ne vois dans cette assemblée aucune apparence...
BR A DSH A.W
Si vous ne reconnaissez pas l'autorité de la cour...
,]e suis chargé de défendre la constitution du royaume, et je la défendrai jusqu'à la mort. Le pouvoir législatif appartient au roi et aux deux chambres du parlement. Or, ces trois autorités constitutionnelles ont-elles créé le tribunal qui s'intitule haute cour de justice? Non. Prouvez -moi que je me trompe, et je répondrai à l'acte d'accusation.
BRADSHAW
Nos pouvoirs émanent du peuple, et par conséquent nous ne vous devons aucune réponse.
COOKE, à Bradshaw.
Je demande que Charles Stuart confesse ou qu'il nie les crimes dont il est accusé; et, s'il refuse de le faire, qu'il soit tenu pour coupable.
BRADSHAW
Sire, la haute cour vient de vous parler par l'organe du solliciteur général.
Ni le solliciteur général, ni la haute cour ne me feront déroger à mes principes, L'honneur m'im-
i5o LA MDKT DE CHARLES L
pose l'obligation de décliner votre autorité, parce i[u'elle est usurpée , parce que vous la tenez d'un parlement illégal et décimé , parce que vous êtes accusateurs et juges.
BRADSHAW
On peut aisément remarquer, sire, que vous mépriseK cette cour, et l'on ne doit pas plus accueillir vos objections qu'oublier vos mépris.
Je répondrai au solliciteur général quand je saurai par quelle autorité légitime vous êtes assemblés ici , et comment il se fait que les communes d'Angleterre soient devenues une cour de judicature.
BRADSHAW
Sire , il n'appartient pas à un prisonnier d'argumenter contre ses juges.
Monsieur, je ne suis pas un prisonnier ordinaire: je suis votre roi. D'ailleurs pourquoi me fait -on comparaître devant une cour qui n'a aucun caractère légal ? Je n'ai pris les armes que pour les droits et franchises de mon peuple.
BRADSHAW
Sire, voilà un commencement de réponse à l'acte d'accusation. Continuez, et la cour vous écoutera avec la plus grande attetitiou.
DRAME. i5i
Quant à l'acte d'accusation , je ne l'estime pas un fétu (*) ; c'est pour les lois que je plaide. Comment puis-je reconnaître un tribunal dont je n'ai jamais entendu parler, moi qui suis votre roi, moi qui dois servir d'exemple à toute la nation anglaise ?
BRADSHAW, avec humeur.
Il faut mettre fin à tous ces débats, (il se lève.) La cour va se retirer pour examiner en conscience...
Quoi! monsieur, sans avoir satisfait à mes questions ?
BRADSHAW
Sire, vos questions sont tout-à-fait intempestives et outrageantes ; notre dignité ne nous permet pas d'y répondre.
RICHEMOND, au roi.
Permettez-moi, sire, déparier au président.
Volontiers, monsieur le duc.
RICHEMOND, à Bradshaw.
Monsieur le président, je vous demande la fa-
(*) Ce sont les propres expressions du roi.
i52 LA MORT DE CHARLES L
veur d'adresser, au nom du roi , quelques observations à la cour.
Sa majesté y consent-elle?
Oui.
BRADSHA.W, au duc de Kichemond.
Parlez.
( Ricbemond , qui était derrière le roi , est admis à la barre. ) R I C H E M O N D.
Messieurs, l'auguste prisonnier croit devoir décliner l'autorité de cette cour; mais quelles que soient les raisons qui l'engagent à persister dans cette résolution courageuse, je ne pense pas que vous avez le droit de le juger sans l'entendre. Prêts à frapper un citoyeu du glaive de la justice irrévocable , des magistrats intègres ne repoussent jamais les lumières qui peuvent éclairer leurs consciences, et les guider avec plus de sûreté dans les fonctions menaçantes dont ils sont revêtus. D'ailleurs tout accusé doit être défendu devant ses juges, mais tout accusé ne doit pas leur répondre. Sans examiner vos titres , sans m'attacber à la question de savoir si les communes ont le droit de créer des cours de judicature, je me déclare le défenseur de la victime. Vous devez m'écouter, messieurs, vous le devez. Avoué par mon roi dans cette
DRAME, i53
mission sacrée , je tâcherai de prendre un langage digne de lui , digne de l'honorable auditoire et du nom que je porte. N'oublions pas, vous, dans le jugement que vous allez rendre, moi, dans la défense de mon malheureux maître, que l'Europe et la postérité sont avec nous à Westminster.
( Sensation. ) UN HUISSIER.
Silence !
RICHEMOJND.
Qu'il est affligeant le spectacle d'un roi dans les fers, comparaissant devant ses sujets pour se justifier de son règne! et qu'il doit être pénible pour vous, messieurs, le devoir rigoureux qui vous enchaîne aux déplorables fonctions que les communes vous ont imposées! mais, je n'en doute pas, vous vous rendrez dignes de l'estime de l'Angleterre, en remettant sur le trône un prince que nous avons tous aimé et servi.
Le solliciteur général , vous a présenté, dans l'acte d'accusation , une série de faits dépouillés de toutes les circonstances qui peuvent les justifier. Je vais lui répondre en déroulant sous vos yeux la conduite des communes depuis l'avènement du roi, et vous déciderez dans votre sagesse si les crimes sont du coté du trône. Ecoutez , messieurs , voici un autre acte d'accusation.
Le roi avait à peine succédé h son auguste père ,
i54 LA MORT DE CHARLES I.
que les communes lui refusèrent les subsides pour la guerre contre l'Espagne , guerre qu'elles avaient elles-mêmes sollicitée. Cette conduite qu'on ue peut attribuer qu'au mauvais génie d'insurrection qui commençait déjà à répandre son venin parmi nous, a été le fatal avant-coureur de toutes les calamités qui affligent notre patrie depuis la mort de Jacques I. C'est de cette époque que datent nos divisions in-^ testines; et nous verrons bientôt les communes en fermentation marcher hardiment contre le trône, lui disputer, lui arracher toutes ses prérogatives...
BR A.DSHAW.
Monsieur le duc, la cour veut bien vous entendre, mais elle vous imposera silence si vous insultez l'assemblée qui représente le peuple anglais. Continuez.
RICHEMOND
Dans la crainte d'offenser la cour, je vais me borner au simple énoncé des faits. Espérons que l'histoire ne sera point un outrage.
CHARLES I, à Richemond.
Vous voyez bien , honorable duc , que l'on se prépare à vous disputer le terrain pour vous empêcher d'avancer. D'ailleurs il est de ma dignité de ne pas vous permettre d'aller plus loin. J'aurais dû même m'opposer à votre noble dévouement, mais j'ai cru devoir vous accorder cette preuve d'estime. Je vous
DRAME. i;>5
ordonne à présent de garder le silence. Vous eji avez fait assez pour l'honneur et pour mériter ma reconnaissance jusqu'à mon dernier soupir. Toute défense est inutile; mon arrêt de mort est signé.
(Il jette les yeux sur Cromwell.) Cette prOcédurC n'eSt
qu'une vaine formalité pour tromper le peuple.
( Se tournant du côté du public. ) Et VOUS , Anglais ,
écoutez les dernières paroles de votre roi. Les communes...
Je ne souffrirai pas que vous adressiez la parole à l'auditoire. C'est à nous, à nous seuls...
( Grande agitation. ) UN HUISSIER.
Silence !
CHARLES I. (11 parle malgré l'opposition du président.)
Les communes m'ont refusé des subsides qui étaient regardés depuis Henri VI comme un apanage irrévocable de la couronne, et vous n'en avez pas moins été accablés d'impôts exorbitans (loo) : elles ont défendu aux commandans militaires d'obéir à mes ordres ; elles m'ont privé du droit de convoquer, de proroger, de casser le parlement ; elles ont nommé des gouverneurs pour les comtés ; elles m ont enlevé le commandement des armées et la nomination de mes ministres ; elles se sont emparées de toutes les branches de l'administration dans mon
i56 LA MORT DE CHARLES L
royaume d'Irlande ; elles m'ont acheté , pour quelques pièces d'argent, à des rebelles qui ont renouvelé le crime de Judas ; et , pour comble d'infamie , après m'avoir calomnié dans mes mœurs , dans ma religion , dans mes sentimens (loi), elles me traduisent aujourd'hui devant un homme qui veut s'emparer de mon sceptre, devant Olivier Cromwell , dont je vais révéler les turpitudes et l'ambition criminelle.
( Grande agitation. ) QUELQUES VOIX, dans la foule.
Parlez ! parlez !
CROMWELL, se levant.
Je prie le Seigneur de pardonner à Charles Stuart les calomnies que l'on vient d'entendre, et j'affirme, au nom de l'honneur, qu'elles n'auront aucune influence sur ma détermination comme membre de ^a haute cour de justice.
PLUSIEURS VOIX, dans la foule.
Le jugement !