‹ La mort de Charles I, roi d'AngleterreChapitre 63 sur 76 · BR \ DS U A \V · texte numérisé non relu

BR \ DS U A \V

Demain.

H A R H ISSON.

Pourquoi pas aujourd'hui ?

RR ADS HÂW.

Gela ne se peut pas. Il v a des préparatifs indispensables...

FLEETWOOD.

Où les fera-t-on ?

Sur la place de Wliite-Hall, près de la porte du palais.

CROMWELL

C'est très -bien... Je désire qu'après l'exécution le sergent Dendy, escorté de quelques compagnies de cavalerie, publie à son de trompe, dans plusieurs quartiers de la ville et devant Westminster, que tous ceux qui reconnaîtrout le prince de Galles

i62 LA MORT DE CTI ARLES L

pour roi d'Angleterre, seront punis comme coupables (le haute trahison (*).

BR A DSH A W

Cette mesure est de toute nécessité.

IRETON

Il faut aussi que la statue du roi , au change royal , soit renversée , et qu'on mette une inscription quelconque sur le piédestal.

HARRISSON

Je me charge de renverser la statue; mais quant à l'inscription, cela regarde notre jurisconsulte.

La voici en trois mots : Exlit tjrannus , regiun ultimus (**).

Et ce latin veut dire dans notre langue... ?

BRADSHAW

Le tyran a disparu ; c'est le dernier de nos rois.

HARRISSON

Que le Seigneur vous entende !

FLEETWOOD.

N'oublions pas , messieurs , que Charles Stuart

(*) Historique quant aux faits.

(**) Historique.

DRAME. i63

laisse deux enfans parmi nous. Qu'avez- vous résolu "d'en faire?

Je propose de inetLre ia princesse Elisabeth en apprentissage chez un marchand houtonnier, et tl'élever le duc de Glocester dans une profession mécanique (*).

cnoMWELr,.

Je ne suis pas do votre scntimcîJt : il fuit renvoyer ces enfans à leur mère. Gardons-nous de donner des armes au parti royaliste en apitoyant sur la famille proscrite tous les creurs généreux. Ne gâtons pas notre cause,

I REÏON.

Cela me parait sage, mais l'affaire mérite examen.

HA RRISSOIV.

Où a-t-on résolu de déposer les restes du roi ?

LAMBERT

Ma foi, qu'on les dépose oii l'on voudra.

CROMWELL

Point d'acte de mépris qui tournerait contre nous. Je propose la chapelle de Saint - Georges à Windsor ( 102 ).

L A MTB E R T.

Autant là qu'ailleurs.

(") Historique. Voyez Hume, t. XV, p. /197 de rrtlitiou citée dans les notes.

B R A D S rf A W , qui se lève.

Rentrons dans la salie. Il y a assez long -temps que nous sommes ici par respect pour la forme.

( Toute la cour se lève et sort de la chambre. )

SGÈNE XXXIII.

( Graude salle de Westminster, partie occidentale. )

LES MÊMES PERSONNAGES, et tous ceux

QUI ONT FIGURÉ DANS l'aVANT-DERNIÈRE SCÈNE.

( Le roi entre et s'assied. ) BR ADSH AW.

Sire, la haute cour de justice m'a chargé de vous adresser quelques observations. Je vais m'acquitter de ce devoir, et puis on vous lira votre sentence.

Vos observations sont tout-à-fait inutiles. Quant à ma sentence , je la connais.

Je prie Votre Majesté de ne pas m'interrompre... Les membres du parlement sont aujourd'hui en Angleterre ce que les tribuns étaient à Rome et les éphores à Lacédémone. Nous convenons qu'im roi

DRAME. i65

n'a pas d'égal dans son royaume et qu'il est plus grand qu'aucun de ses sujets , mais nous tenons aussi pour incontestable qu'il pèse moins dans la balance de l'état que tous ses sujets ensemble. Un prince n'est qu'un officier public à qui l'on a confié la première charge du royaume... (*).

c II A. R L E s I .

Monsieur, permettez-moi de vous répondre.

BRADSHAW

Sire , on vous écoutera avant la lecture de la sentence.

Je vous ai déjà dit que je connaissais ma sentence, et j'ajouterai qu'elle m'épouvante moins que vos principes. Laissez -là, monsieur, laissez- là les observations que vous vouliez m'adresser; je les devine toutes par celles que je viens d'entendre. Je suis votre roi...

BRADSHAW

Sire...

CROMWELL, bas à Bradshaw.

Laissons-le parler : c'est sans conséquence.

(*) Ce que Bradshaw vient de dire est extrait du long et très-long discours qu'il a prononcé avant la lecture du jugement.

i66 LA MORT DE ClIARLliS l.

Voici mon testament politique. Je suis votre roî par la volonté de Dieu, par droit de naissance, par les lois de l'Angleterre. Le parlement n'est rien sans moi , et il n'est pas vrai qu'il soit ce que les tribuns étaient à Rome; car ces magistrats agissaient sur le peuple et par le peuple; ils jouissaient d'un pouvoir indépendant qui, sans sortir de ses limites, imposait des lois au sénat. Permettez-moi aussi de vous rappeler que le tribunal des Éphores ne fut établi à Lacédémone que pour balancer l'autorité des rois. Je veux bien être, pour me servir de vos expressions, un officier public, car ici le mot ne change pas la chose ; mais je suis un officier inviolable, que le parlement pouvait se croire en- droit d'enchaîner par les voies légales, mais non d'arrêter, d'emprisonner, de traduire devant une cour de justice. Et si même j'étais dans l'erreur à cet égard, l'œuvre du parlement actuel n'en serait pas moins la plus grande des iniquités; car, en admettant que l'on ait le droit de me détrôner sur un échafaud , vous conviendrez au moins que cette peine ne doit m'être infligée que par un parlement légal, libre, indépendant. Est-ce une assemblée passée au crible d'Olivier Gromwell... ?

BRADSHAW

Sire, la cour vous impose silence. Greffier, faites votre devoir.

Cela est plus facile que de nie répondre.

BROUGHTON, lisant.

« La haute cour de justice, instituée par les coni- « munes d'ilngleterre assemblées en parlement pour « examiner et juger Charles Stuart sur les. crimes « mentionnés dans l'acte d'accusation , considérant « qu'il est prouvé que ledit Charles Stuart a voulu « détruire les franchises et libertés du peuple an- « glais , et qu'à cet effet il a déclaré la guerre au parte lement; considérant que plusieurs milliers d'hom- « mes libres de cette nation ont péri par les divisions, «les partis, les soulèvemens, qui sont les résultats «de la coupable ambition de Charles Stuart; court sidérant que, pour fomenter ces divisions, il a « délivré des commissions au prince de Galles , son « fils, et à plusieurs autres; considérant que tous les « traîtres qui ont abandonné la cause du parlement « et du peuple ont été bien accueillis par ledit Charles «Stuart, et qu'ils ont reçu des commissions pour « continuer et renouveler la guerre ; considérant qu'il M a attiré dans ses projets les rebelles et révoltés « d'Irlande , qui menacent d'envahir ce pays ; con- « sidérant enfin que Charles Stuart est cause de « tous les malheurs qui affligent aujourd'hui l'An- « gleterre, la haute cour de justice ordonne que le-

i68 LA MORT DE CHARLES L

«dit Charies Stuart sera mis à mort, comme un «tyran, uu traître, un meurtrier, et comme l'en- « nemi commun de cette nation , par la séparation « qui sera faite de sa tête d'avec son corps (*). v

B Pl A U s H A W , à trés-hante voix.

Cette sentence est l'arrêt, le jugement et îa résolution de toute la cour.

( ïons les commissaires se lèvent et affirment ce que vient de dire le président. )

Mon peuple et la postérité me vengeront du crime que vous venez de commettre... Vous arriverez un jour dans un monde où l'on emporte avec soi toutes les iniquités dont on s'est souillé dans celui-ci...

RICHEMOND

Magistrats, je me mets à l'ombre de l'étendard royal de Nottingham , et j'offre ma tête pour sauver celle du roi.

HERTFORD, LINDSET, SO U TH AMPTON.

Nous demandons la mort... Sauvez le roi...!

( Grande agitation dans l'assemblée. )

(*) Voyez l'Histoire du procès de Charles 1^ , traduite de l'anglais.

RICHEMOND, avec émotion.

Nous étions les conseillers de sa majesté. C'est à nous de répondre...

BRADSfIAW, avec force.

Vivez pour la patrie , et périsse le tyran !

( Aux gardes. )

Reconduisez le prisonnier.

( Le roi sort avec beaucoup de dignité. ) ( La conr se lève et se retire. )

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