HENRI III, LE PÈRE AUGER
AUGER
Sire, je me rends à vos ordres.
Eh bien, mon père, nos affaires vont à merveille, Il ne nous reste plus qu'à prendre Paris.
5a LA MORT DE HENRI III.
AUGER
M. de Mayenne commence probablement à s'apercevoir que sa position n'est pas brillante, car il est de toute évidence qu'il ne pourra résister aux forces réunies de votre majesté et du roi de Navarre. HENRI m.
Je ne vous cacherai pas que cette union, quoique nécessaire et commandée par les circonstances , est un joug auquel j'aurais bien voulu me soustraire. Je marche avec peine sous les drapeaux d'un prince que la France repousse à cause de sa religion. Il me donne des soldats, sans doute, mais il me donne aussi des ennemis. Je passe à Paris pour un apostat. La duchesse de Montpensier, à qui je viens de faire dire que je la brûlerais toute vive, si les ligueurs ne se rendaient pas (4o), ne cesse d'exciter le peuple contre moi, en lui prêchant que je ne suis plus catholique.
AUGER
Madame de Montpensier voudrait voir sa famille sur le trône, et tous les moyens lui sont bons, mais Henri de Guise a emporté la dynastie de lorraine avec lui; Mayenne ne l'a pas remplacé. Il lui manque cette activité qui supplée quelquefois au génie , et sans laquelle on n'arrive à rien de grand. C'est le duc son frère qui en a fait un ambitieux ; abandonné à lui-même, il n'eût jamais pris les armes contre votre majesté.
Quel malheur pour moi de m'ètre trouvé dans la nécessité de me défaire violemment du duc de Guise et du cardinal ! Rome ne me le pardonnera jamais (4 1). '
AUGER
Sire, Dieu vous a pardonné cette faute, par mon ministère, au tribunal de la pénitence (4^), et Rome vous la pardonnera (43), si les ligueurs sont vaincus. Il est sans exemple qu'une excommunication ait résisté à la victoire.
Quoi qu'il arrive, je croirai toujours que j'avais le droit de faire mettre à mort des ambitieux qui voulaient me détrôner.
AUGER
Gomme ecclésiastique, je dois blâmer cette action, mais comme Français dévoué à mon roi, je l'approuve. Quand on nous attaque de ruse et de force, il nous est permis d'employer les mêmes moyens pour notre défense. Quel est le prince en Europe qui souffrirait patiemment qu'un de ses sujets lui imposât les conditions que le duc de Guise a eu l'audace de vous présenter après l'assemblée de Nancy (44) ?
Et cette tendance à la rébellion ne fut - elle pas
plus manifeste encore aux états de Rlois ? Guise ne voulait-il pas, pour ainsi dire, changer la monarchie en république, et me réduire à n'être roi que de nom (45)? Ma foi, le pape a beau dire et beau faire, je m'en tiens à l'absolution que vous m'avez donnée. C'était le duc de Guise qu'il fallait excommunier; moi, je n'ai fait que me défendre.
AUGEK.
Sire, votre union avec le roi de Navarre, l'emprisonnement du cardinal de Rourbon , et surtout la mort du cardinal de Guise, sont les seules causes...
HENRI 1 I I
Le cardinal était aussi coupable que le duc, lui qui disait hautement que son plaisir serait de tenir ma tête quand on me donnerait une troisième couronne chez les capucins (46). Suffit-il de porter la tonsure pour être inviolable ?
AUGER
Non, sans doute : je ne connais d'hommes inviolables que le souverain pontife et les rois. Mais que votre majesté ne s'inquiète pas de tout cela. Quand la Ligue sera vaincue , ce qui ne peut manquer d'arriver, Rome abandonnera les Guise à l'histoire, et vous redeviendrez le roi très-chrétien.
( On entend plusieurs voix qui crient : Vive Henïi de Navarre .' vire flourbon ! )
C'est le roi de Navarre : retirez-vous , mon père.
AUGE R
Je vous laisse, sire, et vais prier le ciel d'accorder à vos armes les succès que vous avez le droit d'attendre de la justice de votre cause.
Oui, mon père, priez pour moi, priez pour la France. Hélas ! je ne reverrai plus jamais les jours enchantés (47)- Ce temps de bonheur et de délices s'est évanoui pour toujours.
( Anger salue le roi et sort).