‹ La mort de Louis XIV: journal des AnthoineChapitre 2 sur 7 · A. QUANTIN, IMPRIMEUR-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

A. QUANTIN, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

INTRODUCTION

Le I er septembre 171 5, à huit heures trois quarts du matin, après quelques petits soupirs et deux hoquets, Louis XIV s'éteignait dans ce château de Versailles qu'il avait fait de ses mains, comme dit Saint-Simon. La nouvelle, :

pour attendue qu'elle fût, produisait encore l'effet d'un coup de foudre sur cette cour qui, pendant près de cinquante années, avait eu constamment le regard fixé sur ce tout-puissant, qui avait réglé toutes ses pensées sur un signe de ses yeux, qui avait considéré comme un événement la moindre de ses paroles et le plus insignifiant de ses gestes. Les plus avisés préparaient déjà leur manège et orientaient leur poli-

INTRODUCTION

tique. Beaucoup flottaient encore et ne savaient quel maître leur donnerait, durant la minorité de Louis XV, ce dernier papier qu'on avait par k porte ouverte du cabinet, le roi écrire sur une petite table pendant que les princes et les grands officiers reconduisaient Notre-Seigneur ; ils ignoraient le contenu exact de ce codicille aux lettres serrées que le chancelier Voisin avait tiré d'une enveloppe non cachetée pour le montrer au duc d'Orléans. Ceux-là se contentaient d'imerroger bruyamment et de courir raconter plus bruyamment encore ce qu'Us avaient appris à travers les salons, les antichambres, les escaliers. D'autres, se tenant à l'écart, allaient s'entretenir à voix basse dans le parc où le Neptune et les Tritons de bronze continuaient de verser leurs eaux écumantes dans le bassin de marbre troublé déjà par les premières feuilles tombées à l'automne. Ils regardaient la fenêtre close de cette chambre mortuaire où c'était un honneur insigne que d'entrer jadis à l'heure du petit lever, et dans cette matinée ils avaient la sensation vague que donnent certains couchers de soleil ; ils sentaient que ce qui disp:

ient rite

rire

;pa-

lai

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issait derrière l'horizon ce n'était pas un homme, mais un siècle qui s'était résumé dans le roi absolu qui venait d'expirer.

Pendant les vingt-trois jours de sa maladie, ouisXIV avait donné le plus grandiose specle qu'ait vu l'histoire. Le demi-dieu, qui jadis, au milieu des adulations un animes, trônait sur un Olympe, s'était évanoui; il était resté un vieillard auguste, mais très simple, accomplissant jusqu'au bout sa fonction de rot, un aïeul se confessant devant un enfant des glorieuses erreurs de sa vie, un chrétien déjà détaché de la terre et se recueîlnl longuement avant d'aller rendre compte au souverain juge de ses résolutions, qui si souvent avaientpesé sur les destinées du monde. Ce malade de soixante -dix-sept ans rongé par la gan- ■ène avait eu un héroïsme qui est plus rare que !e courage du champ de bataille: il avait pendant trois semaines envisagé la mort en face, mettant ordre aux moindres affaires avec un calme incomparable, adressant ses adieux aux plus humbles deses serviteurs, prenanteongé affectueusement de tous ceux qui avaient été les amis de sa jeunesse, prolongeant sa volonté au delà même de

celle vie sans se faire d'illusion sur le res; qu'on aurait pour ses derniers ordres, réglant avec une sérénité sans égale les préparatifs de ce grand voyage, où il n'avait plus à dresser de liste d'invitations comme pour Marly et pour Fontainebleau. Pas un regret chez cet homme qui avait tout possédé et qui allait tout perdre, pas une minute de trouble, pas une de ces paroles où se trahit la faiblesse du mourant qui se cramponne à l'existence prèteà lui échapper, comme Brienne nous en a révélé à la charge de Mazarin; pas une de ces phrases non' plus où l'on sent l'orgueil humain qui se raidit et veut en imposer encore à cette Humanité qu'il va quitter. Louis XIV, on peut le dire, est entré dans l'Éternité de ce pas majestueux et tranquille dontil traversait la galerie des Gla( devant tous les fronts inclinés.

Louis XIV était mort comme il avait vécu en public, et cependant les particularités de cette fin n'ont pas été pendant bien longtemps contées au long. Le seul récit circonstancié qui ait été connu tout d'abord sur les derniers jours du Roi fut inséré dans le supplément

riant

ces

NTRODOCTION.

cure du mois d'octobre 1715 par Lefebvre de Fonlenay. Ce récit fut publié à part, la même année, sous ce titre : Journal historique de tout ce qui s'est passé depuis les premiers jours de

Bi maladie de Louis XIV jusqu'au jour de son ervice à Saint-Denis, avec la relation exacte de l'avènement de Louis XV à la couronne de France. — A Paris chez D. Jolletet J. Lamesle; au bout du pont Saint-Michel, au Livre royal. Saint-Simon, sur certains points, est très sobre de détails; quant au Journal de Dangeau, il s'arrête au 28 août et ne reprend qu'à la date du 1" septembre.

Quand MM. Eudore Soulié et L. Dussieux entreprirent la publication complète du Journal de Dangeau, leur collaborateur, M. Feuillet de Conches, se chargea de joindre au texte primitif du journal les additions de Saint- Simon, que porte l'exemplaire en 37 volumes in-folio confisqué en 1760 avec les autres papiers du duc. Ce manuscrit est ainsi désigne dans l'inventaire publié par M. Armand Baschet dans son remarquable ouvrage : le Duc de Saint-Simon et son cabinet : « n" 36. Trente-

INTRODUCTION

sept volumes in-folio intitulés Mémoires de Dangeau, avec des notes et réflexions sur des feuilles blanches paraphées sur le premier et le dernier feuillet de chaque volume par les notaires soussignés «.

Cette copie, on le sait, a été faite sur le manuscrit original de Dangeau expressément pour le duc de Saint-Simon. Le texte de Dangeau occupe le verso ; le recto a été laissé en blanc de façon que Saint-Simon eût la facilité de faire écrire sous sa dictée telle note, telle réflexion ou tels commentaires qu'il jugeraità propos. Le texte des additions lui-même est quelquefois raturé et surchargé. Les corrections en ce cas sont de M. Le Dran, chef du dépôt des Archives au ministère des affaires étrangères *.

I. Outre la copie en sp volumes qui a servi à MM. Eudore Soullé et L. Dussieux, pour leur publication du Juurnat de Dangeau et qu'ila ont offerte à la bibliothèque de Versailles et la copie en J7 volumes qui appartenait à. Saint-Simon, il existe encore une copie en Ûo volumes reliés aux armes de M" 11 de Pompadour i la

Bibliothèque nationale Les éditeurs du Journal de Dnngeati lignaient encore d'autres copies chez le duc de La Rochefoucauld, le duc de Mouchy et milord Spcneer.

En 1817, M™ de Genlia avait publie des extraits de ce Journal

INTRODUCTION

C'est dans une de ces additions au Journal de Dangeau que Saint-Simon raconte la mort de Louis XIV.

t Les Mémoires de Dangeau, écrit Saint- Simon, particularisent si bien les derniers jours du roi qu'il serait inutile d'y rien ajouter en ce genre que des omissions de courtisan ; on tâchera aussi de suppléer aux lacunes des trois derniers jours de la vie du roi qui méritent infiniment d'être regrettées, que le même esprit de politique asans doute fait laisser, dont on ne se propose que d'expliquer les choses principales. •

Est-ce donc par politique, comme le suppose

^ cette bonne âme de Saint-Simon, que Dangeau avait omis de parler des derniers jours d« Louis XIV? Quelles raisons avaient pu décider le véridique et consciencieux annaliste à laisser un tel vide dans son œuvre? Telles étaient les

(questions que se posaient les excellents éditeurs du Journal complet de Dangeau.

m + volumes; la même année, M" 1 de Sartory donnait encore

Lemontey arec

Pichot avec t volumet en i Bjo,

parmi le> premier) (dite

lume en »8jo, el MM. P*ul Ucroii et

vin INTHODUCTION.

Tout problème nettement posé est bien d'être résolu.

Le marquis de Dangeau n'avait pas négligé de parler de cette mort; mais, frappé de la solennité d'un spectacle qui devait impressionner vivement un homme qui aimait réellement Louis XIV, il avait renoncé cette fois à la forme du journal pour écrire un mémoire à part, à dater du 25 août, sur la maladie et la mort du roi. C'est ce mémoire, que n'a jamais connu Saint-Simon, qui avait été communiqué à Lefebvre de Fontenaj; celui-ci, obligé à une extrême prudence sur des événements si proches, n'en avait donné dans le Mercure et, plus tard, dans son opuscule, qu'un extrait mutilé et insignifiant.

Qu'était devenu ce mémoire?

Il était indiqué dans la Bibliotheca Hohendorfiana ou Catalogue de la bibliothèque de feu Georges Guillaume, baron de Hohendorf, de son vivant colonel des cuirassiers au service de Sa Majesté impériale catholique. La Bibliothèque historique de la France par le P. Lelong annonçait que ce mémoire devait se troi

trou-

RODUCTION.

r à la Bibliothèque impériale de Vienne. C'est effectivement à Vienne, sous le n° 686r, que MM. Eudore Soulié et Du ss Jeux le découvrirent. En 1716, le baron de Hohendorf, adjudant général du prince Eugène, était venu en France comme ministre plénipotentiaire de l'empereur Charles VI. Tandis que la France était presque heureuse d'être débarrassée de ce roi qui tenait tant de place, les étrangers, chez lesquels l'admiration avait succédé à la haine, recherchaient avidement tout ce qui avait rapport à Louis XIV. M. de Hohendorf acheta une copie du mémoire de Dangeau avec d'autres pièces manuscrites relatives aux obsèques du roi. (Discours du cardinal deRohan, Lettres de Ponchartrain, Tentures et Décorations des églises de Saint-Denis et de Paris.) Le baron de Hohendorf mourut le 19 mai 1710, et la Bibliothèque impériale de Vienne acquît toutes ses collections, se composant de 6,730 volumes et de 252 manuscrits.

Grâce à l'intervention de l'Archiduc qui devait tomber à Queretaro et aux démarches du comte Montî de Rezé, les éditeurs obtinrent

INTRODUCTION

communication du manuscrîl qui figure tenant dans les Mémoires de Dangeau nous a donné pour la première fois des détails complets sur les derniers jours de Louis XIV. Il convient en effet, au risque d'allonger un peu cette introduction, de souligner l'importance toute spéciale que présente pour l'histoire du règne de Louis XIV le journal de ce pauvre marquis de Dangeau qui a eu la mauvaise fortune d'être mis à contribution par deux

i. MM. Charles Roux et Frédéric Loch, qui comptaient publier lei Mémoires du baron de Breteuil, introducteur des ambassadeurs de iflpji à 1715, d'après un manuscrit de l'Amenai (projet qu'il» n'ont pas mis à eiccutlon, avaient trouvi intercalé dans ces Mémoires le travail même de Dangeau sous ce litre : Mémoire de ce qui s'est passé depuis le marnent qae le roi Louis XIV a reçu le viatique jusqu'à sa mort arrivée le 1" septembre 17/5,

Ils adressèrent à ce sujet à la Correspondance littéraire, à la date du a8 janvier 1850, une lettre dans laquelle ils soutenaient, sans l'affirmer positivement, que le récit de Dangeau pourrait bien être du marquis de Breteuil. Le doute ne semble plus guère être possible à cet égard. MM. Ch, Roun et Lock donnaient à l'appui de leur conjecture cette seule preuve qnc le baron de Breteuil indiquait dans ses Mémoires l'origine de tous les documents étrangers qu'il reproduisait. Nous verront par la suite qu'il était d'nsagc de ne pas se gêner avec Dangeau. Citait un de ces bons garçons auxquels, comme dit le proverbe, on mange la laine sur

INTRODUCTION, hommes de génie qui ne lut ont donné que des moqueries pour salaire. Loin d'imiter les anciens qui couronnaient de fleurs les sources où ils avaient bu, Saint-Simon et Voltaire se sont plu, au contraire, à couvrir de risées l'honnête et débonnaire personnage qui avait désaltéré leur soif de connaître.

Le marquis de Dangeau avait arrêté le dessein de consigner chaque soir sur le papier, en rentrant chez lui, les principaux faits de la journée. Avec sa bienveillance ordinaire, il laissa prendre de nombreuses coptes de ce journal qui, scrupuleusement tenu au courant, était une mine inépuisable de renseignements el comme un aide-mémoire précieux pour ceux qui, à quelque distance des événements accomplis, voulaient retracer soit l'ensemble, soit une période isolée du règne qui venait de finir.

i Le journal de M. de Dangeau, écrivaii l'abbé de Choisy en commençant ses Mémoires, me servira d'un guide assuré; tout y est vrai ; et si la grande sagesse et la trop grande circonspection de l'auteur l'ont empêché d'y mettre oup de faits curieux parce qu'ils auraient

INTRODUCTION

» > I.11ILU

'angcau

pu fâcher quelqu'un et qu'il n'a jamais voulu ûcher personne, je n'aurai pas tant d'égi que lut. '

Saint-Simon qui traite si durement Dan| confesse, dans un moment de justice, l'efficace secours que lui ont apporté ces Mémoires.

' Avec tout cela, dit-il, ses Mémoires sont remplis de faits que taisent les gazettes; ils gagneront beaucoup en vieillissant, serviront beaucoup à qui voudra écrire plus solidement pour l'exactitude de la chronologie er pour qui voudra éviter la confusion. Enfin ils représentent avec la plus désirable précision le tableau intérieur de la cour, les journées de tout ce qui la compose, les occupations, les amusements, le partage de la vie du roi, le gros de celle de tout le monde, de sorte que rien ne serait plus désirable pour l'histoire que d'avoir de semblables Mémoires de tous les règnes s'il était possible. •

Le Journal de Dangeau circulant très librement, grâce à la complaisance de son auteur et aussi à l'absence dans ces pages de tout ce qui pourrait nuire au prochain, constitue, nous le

INTRODUCTION

répétons, la base première de tout ce qu'on a écrit de sérieux sur Louis XIV. Nous avons vu avec quel soin Saint-Simon en avait fait faire une copie. Celte copie, en réalité, était pour lui comme une toile toute préparée sur laquelle il brossait ses portraits merveilleux et si superbement outrés. C'était pour lui un thème qu'il développait en jetant, à travers les notes froides du circonspect mais patient journalier, l'écho de ses animosités implacables, le grondement de ses colères, l'éloquente violence de ses diatribes entièlées.

Voltaire également n'eut guère pour son Siècle de Louis XIV d'autres matériaux que ce journalqu'il a commenté, sans prononcer le nom de Dangeau, en accompagnant beaucoup d'assertions de réflexions parfois prétentieuses et puériles, parfois aussi judicieuses et topiques.

Ni Saint-Simon ni Voltaire ne furent justes pour cet auxiliaire précieux. Qui ne connaît le Dangeau de Saint-Simon?

'après ce diable d'homme, Dangeau fut ; e espèce de personnage en détrempe. C'était un esprit au-dessous du médiocre, très

IeD

-un

INTRODUCTION

-■nant

futile, 1res incapable en tout genre, prenant volontiers l'ombre pour le corps, qui ne se repaissait que de venl et s'en contentait partai-

lement. C'était de lui que M* 1 " de Montespan disait plaisamment qu'on ne pouvait s'empêcher de l'aimer ni de s'en moquer, et cela était parfaitement vrai. On l'aimait parce qu'il ne lui échappait jamais rien contre personne, qu'il était doux, co.nptaîsant, et dans le commerce fort honnête homme, obligeant, honorable, mats d'ailleurs si plat, si fade, si grand admirateur des riens, pourvu que ces riens tinssent au roi et aux gens en place et en faveur, si bas adulateur des mêmes et, depuis qu'il s'éleva, si bouffi d : orgueil et de fadaises, sans toutefois manquer à personne et être moins bas, si occupé de faire entendre et prévaloir ses prétendues distinctions, qu'on ne pouvait s'empêcher d'en rire.., Il adorait le roi et M 1 " de Maintenon; il adorait les ministres et le gouvernement; son culte, à force de le montrer, s'était glissé dans les moelles, ■

Voltaire crache au plat avec plus de sansgêne encore. Il appelle Dangeau ■ le

valet de chambre imbécile qui se mêlait de faire à tort et à travers des gazelles sur toutes les soltises qu'il entendait dans les antichambres ».

Tous les deux avaient des motifs tout personnels d'en vouloir à ces inoffensives gazettes.

Saint-Simon, qui avait cabale toute sa vie sans réussir, ne pardonnait pas d'avoir réussi sans cabaler à cet homme heureux, bienveillant, content de lui, content des autres, unpeu banal peut-être, qui, à force de regarder Louis XIV, avait fini par lui ressembler physiquement. Il lui en voulait mortellement d'avoir eu tout ce qu'il souhaitait d'obtenir, d'avoir été brigadier après un rapide et brillant passage à l'armée, ambassadeur auprès des Électeurs du Rhin et du roi de Suède, grand maître de Saint-Lazare, membre de l'Académie française, d'avoir surtout joui constamment d'un crédit illimité dont il ne se servait guère que pour rendre service.

Quant à Voltaire, en dépouillant le Journal, il avait trouvé, à la date du ij mai 171 6, cette ihrase dédaigneuse, qui avait dû exaspérer sa

INTRODUCTION

[ue et "ulle,

:smo-

vanilé : a Le petit Arouet, poète fort satirique et fort imprudent, a été exilé. On l'envoie à Tulle, et il est déjà hors de Paris 1 , i

N'eussent -ils été poussés par aucun de ces rr biles qu'il eût été difficile à Saint-Simon comme à Voltaire d'être justes pour Dangeau. Dangeau, c'est Philinte, et cet Alceste bilieux, exaspéré, frénétique qu'on nomme Saint-Simon, n'avait aucun point par où il pût sympathiser avec cette nature non point servile, mais amie des accommodements et inclinée à toutes les indulgences. Voltaire, le railleur, n'était point fait davantage pour comprendre ce respectueux qui estimait sa part assez belle dans le monde puisqu'il avait été le constant témoin d'un grand règne et le familier d'un grand roi.

Ceci était utile à dire pour remettre en sa vé-

, développant toujours du relief, s'exprime sur

notaire, fut cxilS et envoyé à Tulle pour l fort imprudents. Je i

n de Voltaire, n'a

. la république des lettres,

scri te»

INTRODUCTION. ï*m

table posture un homme qui a été dénigré, on a pu s'en rendre compte, par ceux qui lui devaient le plus. Nous allons voir bientôt la scrupuleuse exactitude du Journal de Dangeau

infirmée par un témoignage à coup sûr inatdu.

Tandis que Dangeau se relirait dans son appartement du deuxième étage de l'aile des Princes pour écrire son mémoire sur les derniers jours de Louis XIV, des narrateurs plus humbles que lui s'occupaient aussi de fixer sur le papier les moindres incidents de ces heures suprêmes. Les sieurs Anthoine 1 , porte-arquebuse du roi, de père en fils, rédigeaient un Journal historique ou récit fidèle de ce qui s'est passé de plus considérable pendant la maladie et à la mort de Louis XIV. roi de France et de Navarre.

Ce journal ne fut pas imprimé, nous découvrirons pourquoi tout à l'heure. Mais plusieurs

ipies circulèrent, et l'une d'elles fut recueillie us tard à la bibliothèque de Caen. M. Julien

l'orthographe ■

imît Anthoine, lanlSt Anloi

INTRODUCTION

Travers, secrétaire de l'Académie des scie: et belles-lettres de cette ville, parcourut cei copie, en fut frappé et rédigea à ce sujet un mémoire enrichi d'extraits dont il donna lecture dans une réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne en 1865. Il publia alors son discours en une mince brochure que j'ai retrouvée par hasard sur le quai dans la boîte à un sol.

1 Si l'impression que ce Journal a faite sur nous était partagée, si le projet que nous avons timidement conçu dans la solitude d'une bibliothèque de province trouvait ici des approbations et des encouragements, nous chercherions un éditeur pour le journal historique des sieurs Anthoine. 1

Ainsi terminait M. Julien Travers, et il put se convaincre sans doute qu'il est plus facile de trouver des approbations et des encouragements que de trouver un éditeur. Tant qu'on n'aura pas mis en pratique le système exposé avec une réelle hauteur de vues et une lumineuse netteté d'argumentation par M. Francisque Bouillier dans son livre excellent : la Fédération des oAcadémies de province.

lauii volo cotni

son

iciélés savantes des départements, en dépit du mérite de ceux qui les composent et de l'intérêt que présentent leurs travaux, sont condamnées à voir leurs plus louables tentatives rester trop souvent infructueuses. Leurs forces s'éparpillent faute d'une direction centrale, leur bonne

ilonté reste stérile par l'absence d'un lien imun qui relie toutes ces forces et en forme un faisceau solide.

Pour dire le bref, le Journal des Anthoine ne parut pas.

Un jour je causais de ces choses avec Victorien Sardou à Marly, en ce villagemème qui vit commencer la dernière maladie de Louis XIV, le 10 août, jour de la Saint-Laurent. Victorien Sardou, qui l'ignore? est un très sérieux érudit. L'auteur de tant de pièces applaudies donne son esprit à la foule et garde sa science pour

:ux qu'il veut bien honorer de quelque ami- ; le dramaturge si habile à mettre en scène

;s ridicules et les travers du monde moderne est un raffiné en tout ce qui touche au xvir* et siècles.

Quel lieu d'ailleurs mieux choisi pour évo-

INTRODUCTION, quer le grand siècle évanoui que celle maisc de Marly qui vit s'asseoir à la même table, autour de M"° Mignard qui devint la marquise de Feuquières, des hommes de lettres, des artistes, des trailants même, heureux d'être admis en telle compagnie? Si les hôtes sont partis, on pourrait croire que le salon n'est point changé, tant le moindre meuble est bien authentiquement du temps, tant les tapisseries des Gobelins qui pendent aux murailles ont l'air d'être de la même date, d'être non des objets de curiosité, mais comme la naturelle décoration placée là par le propriétaire de l'époque.

Donc, nous causions au milieu de tous ces débris d'un passé charmant, avec des arbres deux fois centenaires devant nous. Plus loin vers l'horizon s'étendait ce paysage qui vit jadis tant de beaux seigneurs cavalcader autour des calèches des dames, et qui aujourd'hui, enveloppé d'une sévère tristesse, semble se recueillir silencieusement comme pour mieux écouter dans le lointain si tout le bruit qui emplissait Marly jadis ne va pas revenir l'animer encore.

as riani mini

INTRODUCTION. xxi

Pourquoi ne publiez-vous pas le journal

Anlhoine? me demanda Sardou.

— Il est à Caen ; j'ai pour état de faire des chroniques à Paris. Ainsi que le dit Barbey d'Aurevilly, je donne des articles aux journaux qui m'offrent en échange des gratifications que j'accepte... Vous savez avec quelle rapidité le torrent de tant d'affaires vaines emporte nos heures dans ce Paris que vous avez peint comme un maître et que vous avez fui comme un sage. »

Sardou sortit et revint une minute après, souit comme s'il eût trouvé le moyen de ter-

iner aux applaudissements de toute une salle une de ces pièces où il excelle à accumuler les difficultés pour se procurer le plaisir de les dénouer d'une main spirituelle et légère.

• Publiez, me dit-il; i et il me tendit ce fameux manuscrit des Anthoine qu'il avait découvert, lui aussi, et qu'il conservait précieusement dans sa Bibliotheca Marleiana.

On le voit, mon mérite ici est mince. Sans aller jusqu'à la fable de La Fontaine, je puis me comparer, sans quitter le xvn* siècle, au sonneur qui prenait sa part des applaudissements

il INTRODUCTION.

donnés à un sermon de Bourdaloue. — i C'est

moi qui l'ai sonné >, disait-il. — C'est moi qui l'ai imprimé, puis-je dire à ceux pour lesquels ce journal des Anthoine offrirait quelque intérêt.

Le manuscrit en question est d'une écriture très lisible et très ferme du commencement du xvnr siècle. Il est relié très simplement en veau marbré, et les armes un peu effacées par les années qu'on remarque sur la couverture ne permettent guère de désigner clairement le possesseur. Sans nous arrêter au timbre, une couronne de marquis, qui sur des volumes n'a point une signification très positive et qui indique seulement qu'un titre analogue a été dans la famille, nous pourrions peut-être, en interrogeant ces deux jumelles surmontées d'un lion passant ou d'un lion lêopardè, armoiries qui révèlent une origine normande, trouver trois ou quatre maisons auxquelles ce manuscrit a pu appartenir.

Les Malhan portaient de gueules à deux jumelles d'or accompagnées en chef d'un lion léopardé du même; les Beauchamp : d'azur à deux jumelles d'or au lion d'or passant en chef;

INTRODUCTION. ixiii

Girard : d'argent à deux jumelles de sable, première surmontée d'un léopard du même; les Bazan : d'azur à deux jumelles d'argent surmontées d'un lion léopards du même, armé et lampassé d'or.

Ces trois dernières familles sont normandes, el la présence d'un premier manuscrit à la bibliothèque de Caen semble indiquer que ce Journal des Anthoine se promenait en Normandie, soit qu'un des leurs se fût retiré par là, «rit qu'ils l'eussent confié à quelque personnage qui habitait ce pays.

Qu'étaient les Anthoine? Des serviteurs très modestes, porte-arquebuse ou garçons de chambre, qui depuis plus d'un siècle vivaient doucement dans la domesticité royale.

U 'État de la France de 1713 nous donnequelques renseignements sur eux-mêmes et sur les émolumentsquileur revenaient de leurs emplois. Nous voyons qu'il existe deux porte-arquebuse qui ont chacun 1,100 livres payées par le trésorier des Menus, tant pour leurs gages que pour la fourniture de poudre et de plomb pour la chasse, avec joo livres de récompense payées

x*iv INTRODUCTION.

au Trésor royal. » Les fusils, pistolets et autres armes de chasse leur appartiennent quand le roi ne s'en sert plus. Ils ont bouche à la à la table dite des valets de chambre et ont qualité d'écuyer. •

Au semestre de janvier, figure « le sieur Jean Antoine l'aîné et Jean Marc, son fils et survivant. Le père est encore concierge à la chancellerie et inspecteur des chasses à Saînt- Germain-en-Laye. »

Le semestre de juillet appartient à « François Antoine, le cadet, aussi garçon ordinaire de la chambre du roi ■.

i Quand le roi va tirer ou va à la chasse, ajoute l'État de ta France, le porte-arquebuse monte à cheval dans le Louvre et y entre aussi à cheval à la suite du roi. Ils prennent l'ordre du roi et lui mettent le premier fusil entre les mains et le reprennent de Sa Majesté. »

Les détails sur les garçons de chambre ne sont pas moins circonstanciés, L'État de la France mentionne ■ six garçons ordinaires de la chambre qui ont 658 livres tant de sols, sçavoir : 400 1. de gages sur les Menus, 180 1. de

INTRODUCTION

récompense au Trésor royal, 50 1. du trésorier de l'argenterie et, de trois ans en trois ans, un lit complet garni, fourni par les tapissiers, appelé le lit de veille et payé par les trésoriers de l'argenterie 85 1., ce qui revient par an sur le pied de 38 1. 6 s. 8 d., c'est-à-dire 658 1. 6 s. 8 d.; ils louchent deux cents écus pour fournir le papier, les plumes, l'encre et la poudre au conseil des Finances qui se tient dans la chambre ou dans le cabinet de Sa Majesté. De plus les libéralités de quelques bardes de la chambre du roi que leur fait chaque année le premier gentilhomme de la chambre qui sort de service sont encore fort considérables t.

L'État indique parmi les garçons de chambre ■ les sieurs François Antoine le cadet et François le fils en survivance; le père est aussi porte- arquebuse du roi 1.

Les autres garçons de chambre sont Jacques Benier, Antoine Basîre, Jacques Basire, Jacques Touchebois de la Grange, Bertrand Magontière et Charles de la Tourtelière.

Jusqu'au dernier moment les Anthoine oc- :upent cet emploi, et commencent seulement

ï.vi INTRODUCTION.

à ajouter une particule à leur nom. Dans

I'Almanach de Versailles de 1787, les seuls porte-arquebuse désignés sont : 1" Antoine; son fils en survivance; a Antoine de Beauterne.

L'Histoire de la ville et du château de Saint- Germain, publiée en 1829 par Abel Goujon, nous fournit encore quelques détails sur les Anthoine et nous apprend que Jacques An thoine, un des auteurs du Journal que nous publions, avait également écrit une histoire manuscrite âçsoAntiquitês, églises, abbayes, prieur es, etc., de Saint-Germain; elle nous donne la date de sa mort, arrivée le 16 décembre 1716 1 .

1. 'Voici au surplus le passage complet d'Abel Goujon, qui n'en pas d'une exactitude absolue. Le livre de M. de Beaumpaire qui, d'ailleurs, n'a pas publié le journal de la mort de Louis XIV, rai loin d'Etre la reproduction littérale du manuscrit d'Anthoine, et l'auteur, qui est en même temps libraire, semble avoir cédé au de*ir de discréditer une œuvre qui nuisait au débit de ia sienne :

>i Antoine (Jacques), garçon ordinaire de la chambre de Louis XIV et auteur d'un manuscrit intitulé : Histoire des antiquités, églises, abbayes, prieurés, châteaux. forêts et autres lieux situés dans les limites de la capitainerie de Saint-Ger mmu-en- Laje } suivis d'un récit fidèle et journalier Je la mort de Lonis XIV.

il tiré en grande partie VAlmanack

TRODUCTION.

Spectateurs paisibles de toutes les intrigues, e toutes les brigues, de toutes les menées qui agitaient incessamment la cour, les gens de ce petit monde, nantis de bonnes prébendes, assistaient avec indifférence à l'élévation et à la chute des maîtresses et des favoris; dans le souverain ils aimaient surtout l'homme qu'ils

historique, civil et militaire de la ville de Saixt-Germain-cn-Layc et de tout le district. Premiers année 179a, Saint-Germain ; Per-

■ M. J.-C. de Bcsurepaire, ancien officier de la maison de Monsieur, vient de publier le manuscrit d'Antoine, nous ce titre: Saint-Germiiin-ea-Layc c t ses environs, depuis 1030 jusqu'à nos jours. Paris, 1725, in-18.

a L'éditeur y a conserva toute! les erreurs de l'auteur sans tes annoter. Il avance dans ta préface qu'aucun ouvrage n'ayant donné jusqu'alors de détails particuliers sur la construction do chîlcau, ici embellissements successifs, etc., etc.; il remplira a (etégard le désir des curieux et donnera des descriptions exista, mais, Eddie au guide qu'il a copié, il décrit Saint-Germain en 1810, tel qne l'a yu Antoine en îfiBo. C'est ainsi qu'il conduit l'étranger dani le chAieau neuf dont il visite les appartements et les jardins, il lui montre le boulingrin d'ifs taillis en pointe sans façon ct d'arbrisseaux étranges.

n Antoine a fini ses jours à Saint-Germain, le 1 S décembre mû, a l'âge de quatre-vingt-un ans. Son père, mort dans cette ville le 20 mai 1077, avait été garçon de la chambre de Louis XIII ; il a laisse un journal manuscrit des progrès de la maladie du monarque 14 mai 16+î, époque de sa mort, w

avaient vu souvent jouer enfant et qui vieillissait en même temps qu'eux.

Les Anthoine cependant se distinguaient des autres par une vocation obstinée et spéciale ; ils racontaient les derniers moments des rois. A l'heure où les bougies s'éteignent brusquement sans qu'aucun souffle ne les effleure, à l'heure où circulent à travers les corridors du château, devant des gardes stupéfaits qui n'ont pas entendu la porte tourner sur ses gonds, les esprits familiers qui ont pour mission, comme le Petit homme rougedes Tuileries ou l'Homme sauvage de Fontainebleau, de prédire que les catastrophes sont prochaines, les Anthoine noircissaient soudain du papier. Leur écriture avait la signification de la poule qui chante le coq et qui annonce une mort à bref délai dans la maison. Obscurs, inconnus, perdus dans le logement des subalternes, ils allaient ainsi, invisibles, dans un rang intermédiaire entre l'historiographe qui célébrait pompeusement les actions royales et le prélat chargé de proclamer en présence d'un cercueil fleurdelisé le néant de cette puissance humaine qui passe si vite et l'éter-

INTRODUCTION

Ile puissance de ce Dieu qui ne passe jamais. Dès queMontjoie-Saint-Denis, vêtu de la cotte d'armes de velours violet cramoisi, frangée et galonnée d'or, écussonnée par devant et par derrière des trois grandes (leurs delys surmontées de la couronne de France, avait crié devant un tombeau : « Le Roy est mort, vive le Roy! i les Anthoine jetaient leur plume et reprenaient l'arquebuse.

Un Anthoine, on l'a vu, a laissé un journal de la mort de Louis XIII 1 , les Anthoine

Louis

blierous peut-être quelque jour, eit si passé à la maladie et mort du roi iui( do longue» années de la bibliorouve intercalé dans un volume qui Il sur Saint-Germain, Marly, Je mo- .teaude laMontjoye, l'abbaye royale

Ce journal, qne nous i Histoire de ce qui i is Trei;e. Il fait partie d théqtie de Saint-Germain et n contient de nombreux docunti nattére des Loges, l'ancien cl dejoyanval. la chapelle de S mont, le château de Maisons, l'abbaye, château et ville de Foiisy. M. Bunont, l'aimable bibliothécaire de la ville de Saint-Germain, a acheté, il y a quelque temps, moyennant ta «omme de 33 francs, a la vente de M. Joly, bibliothécaire de la ville de Luaéville, un volume portant pour titre : Antiquités et Origines de Sainl-Germain-en-Layc et de ses environs, avec la relation de la maladie et de la mort de Louis XIII, roi de France. Cette relation, qui n'ett autre que le Journal des Anthoine, est d'une

re infiniment plus moderne que la copie précédente.

bibliothèque du Louvre avait acquis moyennant une somme

INTRODUCTION

à nous ont rédigé le journal de la mort di Louis XIV que nous mettons au jour. Un

dernier Anthoine a probablement libellé, lui aussi, un journal de la mort de Louis XV que l'on retrouvera quelque matin

Le Journal de la mort de Louis XIV blait destiné à être imprimé. Les aut© disent expressément.

é, lui s XV

:urs le

relativement tris considérable, 700 à 800 francs, croyons- nout. une troisième copie qui a été brûlée soua la Commune avec les précieui manuscrits que renfermait cette bibliothèque.

Voici le début de ce journal de la mort de Louii XIII qui,

de minutieuse eiactitudedu journal de la mort de Louis XIV: u I* jeudi, ai" jour de février ifl+i, le roi Louis treize, d'heu-

dans sou château neuf de Sai ri t -Germain -en-La ye où il faisait M demeure ordinaire tous Icb étés, d'un flux comme épatique avec une espèce de fièvre lente qui ne le quitta pas jusqu'à sa mort, qui d'abord ne paraissait pas dangereuse ni morcelle au jugement des médecins qui sont accoutumes de flatter toujours les grands; mais il arriva le contraire, car ils remarquèrent en peu de temps que la maladie était plus dangereuse qu'ils ne l'avaient cru, ayant duré deux mois et vingt-huit jours, que par sa longue durée elle avait corrompu toutes les parties nobles et les entrailles, ainsi qu'il a été remarqué après le décès. Sa Majesté, dans cet espace de temps, ne laissait point d'avoir de bons intervalles de santé, travaillant à son conseil, allant à la GlIUM M mi dans ses forêlB et faisant les mêmes exercices

INTRODUCTION

En faisant une relation exacte et fidèle de ce s'est passé dans le cours de sa dernière maladie et à la mort de Louis le Grand, nous ne faisons que suivre les traces de nos ancêtres. Nous conservons précieusement le journal historique de la maladie et de la mort de L ouis XIII , dressé par le sieur Anthoine notre père, garçon ordinaire de la chambre de ce prince, et ensuite de celle du feu Roy. Les copies s'en sont multipliées, et nous n'avons pu en refuser aux plus grands seigneurs de la cour qui dans le temps nous les ont demandées.

« Notre premier dessein était de suivre leurs exemples dans cette relation et d'en communiquer seulement des copies à ceux qui nous en demanderaient, sans néanmoins la rendre publique, mais plusieurs de nos amis l'ayant lue, elle leur a paru si intéressante qu'ils nous ont priés et conseillé de la faire imprimer. Nous y avons acquiescé, et nous espérons que le public ne nous saura pas mauvais gré d'avoir suivi leurs sentiments, i

Pourquoi ce journal n'a-t-il pas vu le jour?

La raison en est simple. Les Anthoine étaient

«HXii INTRODUCTION.

manifestement jansénistes. Avec quelques lignes très significatives sur le cardinal de Noailles, le passage suivant le prouve jusqu'à l'évidence :

t Après cela, écrivent les Anthoineà la date du 26 août, le Roy qui conservait encore toute la liberté de son esprit et qui avait toujours eu beaucoup de délicatesse en matière de religion ne voulant pas qu'après sa mort il restât aucun doute sur la sincérité de sa foy, jugea à propos de s'en expliquer publiquement, ayant donc fait appeller M r ' les cardinaux de Rohan, de Polignac et de Bissy avec le père Le Tellier, il leur dit d'un air majestueux et d'un ton assez élevé ces paroles édifiantes :

« M", je suis bien aise de vous déclarer 1 publiquement mes sentiments devant toutes les

■ personnes icy présentes. Je veux vivre etmoui rir dans la Religion Catholique, Apostolique et « Romaine que j'ay soutenue autant qu'il m'a * été possible pendant le cours de mon règne, « vous avez pu sçavoirquedans toutes les affaires ' qui ont regardé la Religion et l'Église je les

■ ai protégées avec fermeté et zèle, mais dansles

dernières affaires qui sont survenues depuis

■ peu je n'ai suivy que vos avis et n'ay fait que ce que vous m'avez conseillé de faire, c'est pourquoy, si j'ay pu mal faire, c'est sur vos consciences, n'y en ayant point eu d'autre part,

■ el vous en repondrez devant Dieu, pour moy je n'ai eu que de très bonnes intentions. »

« Les prélats étrangement surpris du discours de Sa Majesté ne lui répondirent rien, soit qu'ils ne s'attendissent pas à un tel coup, soit qu'ils craignissent de luy causer quelque émotion, ils se retirèrent en soupirant, ce qui rit faire beaucoup de réflexions à ceux qui étaient présents. ■

C'est ce motif-là bien certainement et la crainte d'une disgrâce au moment où l'on était en plein dans l'ardeur des affaires de la Constitution qui empêchèrent la publication de ce journal.

Nous croyons que le public nous saura quelque gré d'avoir mis en lumière ce document qui précise dans leurs moindres détails les derniers jours de Louis XIV.

Ce journal qui relate bien des circonstances

omises par Dangeau dans son mémoire atteste cependant la scrupuleuse véracité de ce dernier avec lequel les Anthoine sont presque toujours en exacte concordance. Il dumontre une fois l' incontestable mauvaise foi de Saint- Simon qui n avait nul souci de la vérité dès qu'il s'agissait d'un de ces personnages auxquels il avait voué une haine aveugle.

Saint— Simon, par exemple, accuse M"" de Maintenon d'avoir abandonné le roi, et le journal des Anthoine nous prouve qu'elle était encore venue à Versailles le 31 août, et que ce n'est qu'en trouvant le moribond sans connaissance qu'elle distribua à ses domestiques le peu de meubles qu'elle possédait et qu'elle se retira à Saint-Cjr avec cette resolution, qui n'était pas sans dignité, de ne plus quitter cette retraite'.

1. Saint-Simon, du reste, se contredit lui-même à chaque instant. Dans tes Mémoires, nous lisons : « Le vendredi 30 août, sur les cinq heures du noir, M 1 "" de Maintenon passa chez elle, distribua ce qu'elle avait de meubles dans sou appartement, et s'en alla à Saint-Cyr pour n'en sortir iamaiF, »

Dans son addition au Journal de Dangeau, il dit : « On a Vu combien le tendre complimi

Saint-Simon n'est pas plus sincère lorsqu'il accuse de négligence le père Le Tellier qui couchait dans un cabinet attenant à la chambre royale et qui, nous le voyons par le témoignage de Dangeau, confirmé expressément par les Anthoine, ne quitta pour ainsi dire pas le malade à partir du 24 août, et ne s éloignait de son lit que lorsque le roi avait à s'entretenir avec le chancelier ou avec le duc d'Orléans.

Il est à peine nécessaire de dire que le journal des Anthoine ne fait pas même allusion à ce bruit que Louis XIV ait été affilié à l'ordre des jésuites. On se demande même comment Saint-Simon, qui savait à n'en pas douter que la Compagnie de Jésus n'a pas de tiers ordre,

l'apérâTJCB d'en être rejoint bien tût déplu! à celle vieille Re qui, noncontcule d'être reine, voulait apparemment encore *!re immortelle. On a vu que déi le mercredi, c'c4I-à-dire quatre joun avant la mort du roi elle l'avait abandonna pour toujours, que s'en aperçu! avec tant Je peine, qu'il la redemanda «ans ce qui la força de revenir de Saim-Cvr, et qu'elle n'eut pu lience d'attendre » fin. »

Enfin quelques lignci plm loin il éctil : « Ainsi mourut plui grands roia de la lerre cnlre les bras d'une indigne e ■e «pouce et de ses double! buUiris. »

ri INTRODUCTION,

a pu consacrer près de cent lignes à ce conle bleu ou plutôt à ce conte noir 1 .

On s'explique cependant ce fait quand, s'arrachant à la fascination de ce style incomparable, on voit Saint-Simon tel qu'il était. Celui qui reproche à Dangeau d'èlre un laquais, qu'était-il lui-même? Un portier, un portier d'un prodigieux génie il est vrai. Il avait de ce type du portier les crédulités niaises, les vanités puériles, l'envie sans cesse éveillée, l'amour des aventures romanesques ; il trouvait de ces épithètes comme vieille sultane, par exemple, appliquée à M' 1 " de Maintenon, qui sont bien dans la gamme des concierges de Gavarni ; il

l. C'est évidemment Saint-Simon qui a contribue à meure en circulation cette légende du jésuite de robe courte, qui est maintenant enracinée dans l'esprit des masse». Pal un document historique, pas une ligne des Constitutions si souvent publies n'indiquent cependant qu'une telle organisa lion existe dans l'ordre. D'autres ordre», comme les Dominicains, les Franciscains, ont ce qu'on nomme des Tiers ordres composés de personnes vivant dans le munde ; la Compagnie de Jésus n'a jamais eu rien de pareil. Les congrégations de la Sainte Vierge, qui ont, il est vrai, ils fondeepar les Jésuites, n'ont rien de commun avec l'Institut lui-mêms et sont de simples associations de prières dont les règles spprouc lia par l'Eglise sont aisément connues de tous.

INTRODUCTI ON. xxxvn

croyait aux signes mystérieux que se font les jésuites, aux empoisonnements, aux guerres déclarées pour une fenêtre; il accueillait les cancans de tous les étages, et il les rendait à l'histoire transformés par ce merveilleux don d'artiste qui s'entait chez lui sur une nature assez commune et bornée.

Le résumé de la vie de Louis XIV que contient l'addition au Journal de Dangeau est comme le spécimen de la manière de ce terrible et bizarre historien. Tout y est : les vues profondes, les jugements superbes, les on-dit insignifiants, les futilités sottes, les critiques oiseuses ; tout y est et tout a la même importance, tout s'en va vers la Postérité entraîné dans la marche impétueuse de cette phrase irrésistible. Il flétrit les adultères scandaleux, et sur le même rang il place le crime d'avoir cru que Lunel qui était Clermont d'Amboise était un homme de fortune ; il s'élève avec indignation contre les ambitions démesurées et les guerres sans fin, et il complète son réquisitoire en reprochant au roi d'avoirpermis que M me Colbert et M rae Louvois montassent dans le carrosse de la reine, et d'avoir laissé

xxxvm INTRODUCTION.

les ministres quitter d'abord le manteau et le rabat, puis l'habit noir, et enfin l'uni et le modeste, pour s'habiller comme les gens de qualité.

Puis Bossuel succède à ce glorieux entiché d'une noblesse assez douteuse, puisque son père avait succédé à un Barrabas comme page des petites écuries, et aussi ridicule sur ce point que les marquis de Molière, et dans son langage inimitable Saint-Simon apprécie cette mort majestueuse comme aucune plume humaine ne l'aurait pu faire.

» Que dire après cela, écrit-il, de la fermeté constante et tranquille que fit admirer le roi dans l'extrémité de sa vie, car il est vrai qu'en la quittant il ne regretta rien, que son égalité d'àme fut à l'épreuve de la plus légère impatience, qu'il ne s'importuna d'aucun ordre à donner, qu'il vit, qu'il parla, qu'il régla, qu'il prévit pour après lui dans la même assiette qu'un autre très libre d'espritaurail pu faire , que tout se passa jusqu'au bout avec cette décence extérieure, cette gravité, cette majesté qui avait accompagné les actions de toute :

INTRODUCTION

vie, et qu'il y surnagea un naturel, un air de

vérité et de simplicité qui bannit jusqu'aux plus légers soupçons de représentation et de comédie. De temps en temps qu'il était libre et dans les derniers jours ayant banni toutes affaires et tous autres soins, il était uniquement occupé de Dieu, de son salut, de son néant, de ce grand avenir où il était si près d'entrer avec un détachement sans regret, avec une humilité sans bassesse, avec un mépris de tout ce qui n'était plus, qui formait le spectacle le plus touchant et en même icmps le plus admirable et qui se soutînt toujours et le même et tout entier, sentiment de ses péchés sans la moindre terreur, confiance en Dieu tout entière, le dira-t-on sans doute, mais toute fondée sur les miséricordes et sur le sang de Jésus-Christ, résignation personnelle sur son être et sur sa durée en regrettant de ne pas souffrir. ■

Ce que commente magnifiquement Saint- Simon, le récit des Anthoine nous le montre et la simplicité même de ce style sans prétention et "sans couleur ne fait qu'accentuer davan- : le prestige particulier à ce roi moribond

INTRODUCTIO

qui resle auguste au milieu des trivialilés mêmes de la maladie.

Les lecteurs de ce Journal éprouveront, je crois, une impression semblable à la nôtre. En songeant au désarroi que jette en nous la moindre souffrance, en se rappelant le douloureux affaissement de certaines vieillesses, ils auront quelque peine à se détacher de ce lit mortuaire où vraiment on aperçoit quelque chose qui n'est pas ordinaire. Ils compareront cette mort à quelques morts illustrse, et ils la trouveront empreinte d'une marque distincte de grandeur.

Par une sorte de loi de la destinée, effectivement tous ceux qui ont poursuivi le même rêve gigantesque de domination universelle ont pu, avant d'expirer, voir, en pleine possession de leur intelligence, l'inanité de cette suprême puissance qui avait été si formidable entre leurs mains. Chez tous, ce fait d'un pouvoir qui vous échappe avant que la vie ne vous quitte s'est traduit d'une façon différente. Charles-Quint abdique à l'heure des défaites, s'enferme dans un cloître et assiste vivant à ses funérailles; Napoléon meurt sur un rocher comme un Titan

INTRODUCTION. xti

vaincu auquel Dieu a arraché la foudre; Louis XIV force une dernière fois la main à la Fortune infidèle, s'éteint dans son palais, et, comme s'il constatait déjà sa mort, dit simplement : • Du temps que j'étais roi! i

C'est ainsi que dans ce jeu peu varié des combinaisons humaines, puisque, à part les saints, ceux qui vivent dans la mémoire des hommes sont toujours mus par des ressorts identiques, la gloire des conquêtes, le désir de la renommée, l'amour des fêtes éclatantes, chaque époque imprime cependant au héros dans lequel elle s'incarne un caractère tout particulier.

Louis XIV mourant, comme Louis XIV vivant, représente le xvn e siècle dans sa manifestation la plus admirable et la plus élevée. Sur le bord du tombeau, il reste ce qu'il a été, il garde le parfait équilibre de ses facultés. Nulle crainte du noir, du gouffre béant, nulle trace de ces épouvantements de l'inconnu qui apparaissaient déjà chez Charles-Quint, et qui, chez ses descendants, tourneront plus tard à une ibsession malsaine d'hypocondriaque et pous-

xin INTRODUCTION,

seront les infants d'Espagne à jouer aux funérailles dans le morne Escurial comme d'autres enfants jouent à cache-cache ou aux soldats.

Nuls transports mystiques, nul désir de l'audelà, nulle aspiration vers les félicités du paradis. C'est essentiellement une mort claire, tranquille, française, la mort d'un chrétien très attaché aux formules et croyant bonnement au texte même des prières. Les trois Vertus théologales, qui dans tant d'almanachs historiques soutiennent le trône de Louis XIV, sont là encore. La Foi est solide, inébranlable, mais sans extase; l'Espérance est sûre d'ellemême, mais elle manque d'air pour battre des ailes; la Charité est glaciale et sèche comme une raison d'Etat.

Cette mort, en tout cas, les Anthoine ont été bien inspirés de nous la faire connaître dans toutes ses particularités. Leur description des obsèques est curieuse également, et on se convaincra une fois de plus, en la lisant, de la fausseté des légendes qui nous montrent le cercueil de Louis XIV attaqué à coups de pierres et défendu à grand'peine par les archers contre

INTRODUCTION. mil

les outrages de la populace. Louis XIV alla à Saint-Denis comme il devait y aller, escorté de toute sa maison mililaire, accompagné de tous ses grands officiers. L'étiquette qui avail présidé à chacun des jours de sa vie terrestre fut respectée à son enterrement, et nulle infraction ne fut faite à la sévérité des rites rigoureux qui réglaient les deuils monarchiques,

Toul est-il donc invention dans le récit de ces injures adressées à l'ombre du vieux roi? Assurément non. Tolérés complaisamment, sinon commandés par les d'Orléans, qui furent toujours pour les Bourbons de plus dangereux et de plus implacables ennemis que les révolutionnaires les plus fougueux, les pamphlets, les noëls satiriques, les chansons insultantes retentirent, mais avec une absence de verve qui montre que l'irrespect n'était pas familier encore à la nation. On était loin de la Fronde en effet, et l'on n'était pas habitué encore à ces protestations de l'opinion que les scandaleuses orgies de la Régence vont faire éclater à tous les coins de la France. Sauterot de Marsy, dans

1 Nouveau Siècle de Louis XIV, nous a con-

xliv INTRODUCTION.

serve quelques-uns de ces documents qui, malgré leur platitude, sont curieux en ce qu'ils nous indiquent bien l'état des esprits alors 1 . Beaucoup d'autres figurent dans le Chansonnier historique du xvm e siècle, dont M. Emile Raunié a déjà publié deux volumes à la librairie Quantin.

S'il est excessif de dire avec Saint-Simon que Louis XIV ne fut regretté que de ses valets intérieurs, de peu d'autres gens, des chefs de

i. Citons le premier couplet d'un Éloge funèbre de Louis XIV, *ur l'air de la Faridondon :

Quel prodige surnaturel

En ce lieu va paraître ?

Que vois-je? Ah! c'est l'homme immortel

Qui vient cesser de l'être Tremblez, 6 peuple de Sion, La faridondaine, la faridondon.

Plus d'un malheur je vous prédis

Biribi.

A la façon de Barbari

Mon ami.

Voici encore, au hasard, quelques épitaphes satiriques :

Ci-gît le mari de Thérèse De la Montespan le mignon, L'esclave de la Maintenon Le valet du Père La Chaise.

G-gît le roi des maltôtiers, Le protecteur des usuriers,

INTRODUCTION. xlt

l'affaire de la Constitution et de quelques plats et vieux courtisans, il faut admettre que les regrets ne furent pas exagérés. La France en réalité en avait assez de ce monarque qui bouchait un peu l'horizon, et n'était point fâchée de voir disparaître ce représentant d'un mouvement, déjà terminé. On voulait se délasser de cette fin de siècle morose et renfrognée, et les petites tentes dressées sur le chemin de Saint- Denis, et où, dit Voltaire, on buvait, on chantait, on riait, étaient une revanche de la gaieté française contre la contrainte des derniers jours. A vrai dire, cette fête du rire, encouragée par le Régent sur le passage du cercueil de Louis XIV,

Le lâche esclave d'une femme,

Ne priez point Dieu pour son âme.

Ci-gisent au même tombeau Louis Quatorze et les finances, Et la bulle et l'édit nouveau.

Et de Tellier les manigances.

Mentionnons encore un Abrégé de l'histoire de Louis XIV sur l'air des Pendus :

Lès uns le nomment Louis le Grand,

Et d'autres Louis le Tyran, Le banqueroutier et l'auguste.

Et c'est raison assez juste, Car n'eut d'autre raison jamais Qu'il faut, Nous voulons, il Nous plaît.

xl vi INTRODUCTION.

ne s'arrêta plus et s'interrompit à peine devant la voiture qui portait Louis XVI au martyre et

Philippe-Egalité au châtiment.

Les étrangers, au contraire, que l'orgueil du Roi-Soleil avait si souvent révoltés, furent plus justes et témoignèrent d'une sorte de vénération pour l'homme qu'ils avaient tant haï 1 . Ils n'apejrcev aient, eux, que l'effort accompli; les Français surmenés et lassés sentaient ce que cet effort leur avait coûté, et connaissaient les plaies secrètes qu'avaient dissimulées si longtemps les pompes un peu théâtrales de ce despotisme éblouissant.

A distance, nous ne jugeons maintenant ni comme les étrangers ni comme les Français

i. « L'Empereur, nous dit Saint-Simon, pril le deuil de Louis XIV comme d'un père ; et quoiqu'il y eut quatre ou cinq mois depuis la mort du Roi jusqu'au carnaval, tout espèce de divertissement fut défendu à Vienne et observé exactement. Le monstrueux fut que, sur la fin du carnaval, il y eut un bal unique, avec une espèce de fête, que le comte Du Luc, ambassadeur de France, n'eut pas honte de donner aux dames qui le séduisirent par l'ennui d'un carnaval si triste. Cette complaisance ne le fit pas estimer à Vienne, ni ailleurs. > Nous avons vu de notre temps un fait à peu près analogue. Le jour même où les plus illustres personnages de l'Angleterre assistaient aux obsèques du Prince impérial, on donnait une grande fête à l'ambassade de France à Londres.

INTRODUCTION. xivn

d'alors. Nous regardons ce qu'il y a entre ces deux dates 1715 et 1815, 1715 où Louis XIV meurt à Versailles, et 18 15, où Napoléon, empereur et roi, sacré par un pape à Notre-Dame, joue et perd l'empire du monde à Waterloo, et voyant qu'un siècle — la vie de certains hommes — sépare ces deux dates, nous sentons que les événements roulent emportés par un courant que rien n'arrête et qu'aucune puissance humaine ne peut diriger. Ce qui nous frappe chez Louis XIV, ce n'est donc ni le but, ni les faiblesses, ni les résultats de son œuvre, ce sont les proportions de la figure historique. De l'étude des faits passant à l'étude de l'être lui-même, nous comparons cette existence pleine de tant de multiples soucis, de tant de créations magnifiques, de tant de vastes travaux, aux petits objets qui occupent notre rapide passage sur la planète ; nous rapprochons l'exercice de cette autorité qui parlait si haut dans toute l'Europe de la dérisoire apparence de pouvoir qu'ont détenue les souverains de notre temps, et nous avons alors comme le sentiment d'une plénitude de vie et comme l'impression d'une

xivm INTRODUCTION.

destinée bien complète. En récapitulant les plaisirs, les triomphes, les amours, les négociations, les victoires, les défaites, les apothéoses, les humiliations, les deuils qui ont rempli les jours de ce privilégié parmi les fils des hommes, nous répétons avec Saint-Simon :

t Voilà qui s'appelle vraiment avoir vécu et avoir régné!... »

Edouard DRUMONT.

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