PREFACE
En faisant une relation exacte et fidelle de ce qui s'est passé dans le cours de la dernière maladie et à la mort de Louis le grand, nous ne faisons que suivre les traces de nos Ancêtres, nous conservons précieusement le journal historique de la maladie et de la mort de Louis treize dressé par le sieur Anthoine notre père, garçon ordinaire de la Chambre de ce prince, et ensuite de celle du feu Roy. Les copies s'en sont multipliées et nous n'avons pu en refuser aux plus grands Seigneurs de la Cour qui dans le temps nous les ont demandées *.
Notre premier dessein étoit de suivre leurs exemples dans cette relation et d'en communiquer seulement des copies a ceux qui nous en demanderoient, sans néanmoins la rendre publique, mais plusieurs de nos amis l'ayant lue, elle leur a paru si interressante qu'ils nous
i. Nous nous gommes proposé exclusivement, nous le répétous, de donner au public un document peu connu et qui nous parait d'un haut intérêt. Nous avons donc pris le parti de reproduire rigoureusement le texte de notre manuscrit avec ses variations d'orthographe, ses négligences et ses quelques erreurs de nom que le lecteur rectifiera de lui-meme.
a PRÉFACE.
ont prié et conseillé de la faire imprimer. Nous y avons acquiescé et nous espérons que le public ne nous scaura pas mauvais gré d'avoir suivi leurs sentiments.
Et en effet si rien n'est plus interressant pour une famille que les derniers moments d'un père qui meurt, rien de plus touchant que ses sentiments, rien de plus instructif et de plus pénétrant que ses dernières volontés, quel effet ne doivent pas produire sur les sujets de tout un Royaume les dernières parolles et les derniers sentiments d'un Roy, tel que celuy que la France vient de perdre aussy nobles, aussy cendres et aussy chrétiens que ceux dont nous avons été les tristes témoins.
Si ceux qui n'approchoient pas Louis 14 et qui ne luy appartenoient qu'en qualité de sujets ont perdu dans ce prince un grand Roy, nous qui avons toujours eu l'honneur d'être les officiers de sa chambre depuis plus d'un siècle, et qui approchions de plus près de sa personne Royalle, nous pouvons dire que nous avons perdu un grand Roy et un bon Maître.
Pouvons-nous moins faire pour marquer notre reconnaissance de ses bontés a notre égard que de transmettre à la postérité la manière héroïque dont il a couronné tous ses glorieux travaux. Incapables de faire connoître nos sentiments sur sa mort dans toute leur véracité, nous faisons connoître les siens et comme selon l'Ecclésiastique, l'homme a sa mort pa-