OU RÉCIT FIDEL
DI CE qui l'EST FASSE* DE PLUS CONSIDERABLE
ROT DE rilNCB ET DE NAVA11B
Louis quatorze étoic à Marly lorqu'il se sentit attaqué de la maladie qui a terminé le plus long règne dont l'histoire de tous les temps et de toutes les nations ait jamais fait mention et dont les grands événements projettes et exécutés sous la conduite de ce prince luy avoient mérité le surnom de grand.
Ce monarque se retiroit de temps en temps dans cette agréable solitude pour y goûter les plaisirs de la vie privée et se délasser des fatigues du gouvernement en se dérobant aux embarras, et au bruit d'une cour la plus nombreuse et la plus superbe du monde.
Il en avait projette le dessein vers Tannée 1679 et avait choisy pour cela un espèce de désert entre S 1 Germain en lave et Versailles, ou quelques
sources d'eau vive qu'il remarqua dans un petit val- Ion dont l'aspect étoit tout charmant le déterminèrent à y bâtir un Palais, aussy singulier dans son espèce qu'il étoit commode et délicieux. Il en confia la conduite au sieur Mansard son premier architecte, qui par sa capacité parvint ensuite a la charge de surintendant des bâtiments de sa Majesté.
Rien ne fut épargné pour embellir un séjour destiné au délassement d'un si grand prince. Les jardins ou le fameux Lenautre avoit épuisé son génie ne parurent pas assez animés par les eaux abondantes que le fond du lieu produisoit, on y fit conduire celle de la Seine qu'une machine étonnante élevé au dessus d'une montagne et d'une tour haute de plus de 120 toises pour de la être portées sur un aqueduc digne du siècle des anciens Romains, dans les jardins de ce palais enchanté, où l'on a rassemblé tout ce que la peinture et la sculpture peuvent former de plus achevé.
Outre ces beautés ou Part et la nature sembloient disputer le prix de la satisfaction de ce grand monarque Louis 14 avoit trouvé le secret inconnu jusque luy de se défaire de la présence et de l'importunité des fâcheux. Il n'entroit dans ce charmant séjour que les seigneurs et les dames a qui il faisoit l'honneur de les inviter et avec lesquels il vivoit dans une familiarité que la majesté ne permet pas au public, Les officiers même nécessaires au service etoient nommés par le Roy. Enfin comme on avoit rassemblé dans ce lieu
tout ce qui écoic capable de charmer les sens, on avoit pris soin d'en éloigner tout ce qui pouroit chagriner l'esprit.
Il y avoit déjà quelques mois que le Roy, qui commencoit a goûter les douceurs de la paix qu'il avoit achetée par tant de travaux, de dépence et de sang s 'e toit retiré dans son aimable solitude; lorsque frappé d'une débilité d'estomac dont il avoit déjà auparavant ressenti quelques atteintes il commença aussy bien que Salomon d'éprouver que tout ce qui est en ce monde n'est que vanité.
Cette incomodité l'attaqua le samedi 10 Août 171 5 fête de S 1 Laurent après diné, d'une manière plus violente que l'ordinaire. M. Fagon premier médecin de sa Majesté envoya aussitôt le S. Anthoine l'un des garçons de la chambre du Roy, a Papoticaire dire que Ton apportât du Carabe dont le Roy n'eut pas plutôt pris une dosse qu'il se sentit considérablement soulagé, et peu après se trouva en état de sortir pour prendre lair, et voir poser des statues de marbre blanc qu'il avoit fait apporter depuis peu de Rome pour l'ornement de ses Jardins.
Il monta pour cet effet dans sa chaise roulante suivi de M. le Duc d'Antin pour lors directeur General des bâtiments de sa Majesté et depuis surintendant des bâtiments arts et manufactures de france pour prendre le divertissement de la promenade, et voir en passant la disposition et l'effet de ces figures.
Cec exercice l'occupa jusqua six heures du soir qu'il panit pour Versailles ou il crui erre plus coraoderaent au cas que son indisposition augmentât.
En arrivant a Versailles il entra chez Madame de Matn tenon, dont l'appartement étoiï de plein pied i celuy de sa majesté pour se reposer et éviter la foulle des courtisans : I! y demeura jusqua dix heures qu'il se rendit dans son appartement ou il avoit fait servir le soupe a son grand couvert, il y mengea en public avec les princes et les princesses du sang, a son ordinaire, mais comme son indisposition luy avoit causé du dégoût il mengea peu et le soupe fut très court. 11 s'y trouva cependant une foulle incroyable de personnes de toute qualité, que le zèle, la politique, ou la curiosité y avoient attirés sur le bruit qui s'étoit répandu de l'accident qui étoit arrivé a Marly.
Après soupe le Roy entra dans son cabinet ou les princesses se trouvotent tous les jours a la même heure pour entretenir sa Majesté. Elle y demeura jusqua 1 1 heures, quelle rentra dans sa chambre pour faire ses prières et se mettre au lit.
Cette nuit, qui fut celle du Samedi au Dimanche il Août et la 2 f de la maladie du Roy ne fut pas plus favorable il la passa dans l'insomnie, et des inquiétudes fâcheuses causées par une ardeur dévorante, qui l'obligea toute la nuit a boire.
Sa Majesté se leva néanmoins en public sur les huit heures et demyea son ordinaire et étant habillée
elle fut entendre la messe dans la Tribune de la Chapelle du Château; elle tint ensuite son conseil de finances qui dura jusqu'à i heure après midy, quelle s'en vint a table a son petit couvert pour dîner; elle mangea peu, et M. Fagon iuy ayant dit, votre Majesté Sire m'a parue dégoûtée le Roy repondit je suis d'un grand dégoût, je croîs que c'est la mauvaise nuit que jay passée qui me le cause.
Tout ce jour là le Roy se sentit foible, et, ne se trouvant pas en état de sortir, il ordonna a M. Blouin gouverneur de Versailles de contremander les équipages de chasse que sa Majesté «voit commandés et d'avertir le prince Charles de Loraine Grand Ecuyer de France, M. le marquis Beringhem premier Ecuyer de la petitie écurie et le S' Antoine porte arquebuze quelle avoit changé lordre quelle leur avoit donné pour aller a la chasse dans le Parc, que son indisposition ne lui perraectoit pas d'aller a cheval.
Sa Majesté employa le temps, quelle avoït destiné pour la Chasse, a tenir conseil avec M, Pelletier ministre pour les fortifications des places de guerre. Le conseil dura jusqu'à 4 heures après lesquelles elle en tînt un second chez M"" de Maintenon avec M. Voisin Chancellier de France et Ministre et Secrétaire d'état pour la guerre, avec lequel elle travailla jusqu'à dix heures.
Alors le Roy vint souper en public
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io JOURNAL DE LA MALADIE
par la de son indisposition et on commença d'en craindre les suites.
Il ne laissa pas de passer dans son cabinet avec les princes et les princesses a l'ordinaire, ce délassement luy faisoit plaisir, puisque c'étoit presque le seul temps qu'il eût pour s'entretenir avec sa famille il y demeura jusqu'à onze heures et demye, qu'il rentra dans sa chambre, fit ses prières et se coucha.
Cette nuit du n au 12 du mois et 3™ de la mala- ' die fut plus tranquille que la précédente. Le Roy reposa assez bien ce qui détermina M. Fagon de l'avis de M. Boudin médecin ordinaire à le purger, d'autant plus que c'étoit le jour que sa Majesté avoit coultume de prendre médecine tous les mois, ils ne lui donnèrent que la moitié de la dosse ordinaire qui fut pourtant suffisante pour faire une grande évacuation et luy procurer un soulagement considérable.
Le Roy entendit ce jour la la messe dans son lit et y dîna, et comme il se trouvoit soulagé il ordonna a M. le Duc de Tresme premier Gentilhomme de la chambre en année de service de faire entrer toutes • les personnes de qualité qui se presenteroient et que cela luy feroit plaisir.
Il entra aussitôt bon nombre de personnes et seigneurs qui faisoient paroitre sur leur visage la joye de trouver le Roy en meilleure disposition que l'on ne disoit dans la cour. Le dîné fut long a cause des entretiens que Sa Majesté eut familièrement avec
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>I. le Duc d'Antin directeur général des Bâtiments qui avoit tourné la conversation sur cecte matière toujours agréable a ce grand prince dont les édifices et les jardins avoient toujours été une des plus fortes passions.
Sur les 4 heures le Roy se trouvant soulagé par l'effet de la médecine se leva et travailla seul avec M. de Pontchartrain secrétaire d'état pour la maison du Roy et la marine, jusqua six heures qu'il passa dans l'appartement de Madame de Maintenon, ou il demeura jusqu'à dix heures ; il alla souper en public avec les princes dans son appartement, il demeura peu de temps a table ny mangea, presque point, et dit en se levant a M. de Livry premier M« d'hôtel et a M. Fagon je nay rien trouvé de bon en tout ce qu'on a servi il faut que j'aye un grand dégoût; il ne laissa pas de passer dans le cabinet avec les princes, et de s'entretenir avec eux presque jusqua minuit, qu'il rentra dans sa chambre pour se coucher.
L'espérance que l'on avoit conçue ce jour la fut bien changée, le lendemain mardy 13 du mois et le 4°>e de la maladie du Roy, pendant toute la nuit il retomba dans ses inquiétudes il sentoit dans ses entrailles un feu qu'il ne pouvoit éteindre quoiqu'à chaque moment il fit lever le S. de Chancenay, premier valet de chambre et les S" Binet et Bazire garçons de la chambre pour luy donner à boire;
sans pouvoir le désaltérer ; enfin étant un peu assoupi sur le matin il die, en s'eveillant, qu'il avoit beaucoup souffert toute la nuit.
Les médecins commencèrent icy a nul augurer de cette maladie et M. Bloutn premier valet de chambre fort considéré de Sa Majesté, dit assez haut même, que tout le monde avoit bien peur que cette maladie ne devint très sérieuse, et qu'il seroit bien a propos de faire venir les plus habiles médecins de la faculté de Paris pour conférer avec eux que l'on ne pouvoir prendre trop de précaution en pareille occasion.
M. Fagon, qui etoit sans doute homme d'esprit et habille mais fort attaché a ses sentimens, deffaut assez ordinaire aux personnes de sa profession, ne goûta pas d'abord cette proposition cependant, reflection faite, il s'y rendir, et l'on envoya un exprès pour les faire venir.
Cependant le Roy se leva à 8 heures et demye a l'ordinaire, prit de l'eau de sauge dont il usoit depuis quelques temps, entendit la messe, ou assistèrent plusieurs Princes et Seigneurs, grands et petits officiers qui temoignoient par leur contenance l'inquiétude qu'ils avoient de l'état ou le Roy s'etoit trouvé la nuit précédente.
Sa .Majesté tint ensuite avec M r> Voisin et Desmarecs Contrôleur Général, son conseil des finances, l'espace d'une heure, et M. Voisin retiré, le Roy resta seul avec M. Desmarei pour luy donner des ordres
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particuliers sur le fait de sa charge, ce que Sa Majesté faisoit ordinairement pour le conseil.
Il ne parut pas que cette application au travail eut incommodé le Roy au contraire, il se mit a table pour diner avec un meilleur visage et mangea mieux qu'il n'avoit fait les jours precedens, il le témoigna luy même, disant qu'il avoit trouvé bon tout ce qu'on
Sa Majesté fut suivie en sortant de table d'un nombre prodigieux de Seigneurs et d'officiers de toute qualité; nous remarquâmes, outre M, le Duc d'Orléans et M. le Duc, MM. les princes de Conty et de Charolois, M™ le duc du Maine et comte de Toulouse, les 4 premiers Gentilhommes de la chambre, qui sont M" les ducs de Tresme, d'Aumont, de la Trimouille, et de Mortemart, M" les Ducs de la Rochefoucault Grand-Maître de la Garde Robbe, et d'Antins, M. de Maillebois, et de Rouvre, M 1 de la garde robbe, M. le maréchal de Villeroy, M. d'Armagnac grand Ecuyer de France, les principaux ministres et plusieurs autres personnes de distinction.
Comme chacun s'empressoit de faire sa cour au Roy, et que le prince y repondoit, on remarquoit une satisfaction réciproque, chacun se flattant de voir un heureux événement d'une maladie qui sembloU diminuer visiblement.
Mais ; hélas que les espérances sont vaines! On i dans cette agréable illusion jusqu'à 6 heures
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que le Roy quittant la compagnie pour aller chez M me de Maintenon, se sentit attaqué d'une si vive douleur en la jambe gauche qu'a peine pouvoit-il s'appuyer dessus pour marcher.
Voici donc une grande surprise et de nouvelles inquiétudes ; les médecins seuls n'en parurent point fort allâmes, ils crurent que ce n'étoit que quelque fluxion sans conséquence. Le mal cependant augmenta tellement en peu d'heures qu'il fallut courir au secours.
M me de Maintenon chez qui étoit le Roy envoya promptement chercher M. Maréchal premier chirurgien du Roy, l'un des plus habiles du royaume dans sa profession. Il visita attentivement la jambe du Roy en présence de M. Fagon : ces M rt ne trouvèrent qu'une petite rougeur au dessous de la jartiere, sur laquelle, M. Maréchal fit des frictions, avec des linges chauds qui appaisèrent un peu la douleur.
Sur les dix heures le Roy repassa dans son appartement pour souper, il ne mangea presque point et but plusieurs grands coups d'eau rougie, ce qui fut applaudi de ses médecins entêtés de luy faire boire beaucoup d'eau.
Le Roy de retour dans son cabinet fut attaqué une seconde fois de la même douleur et si vivement qu'il fut obligé de rompre la conversation pour venir se coucher au plutôt.
Il fut résolu, au coucher du Roy, que M.* lé
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. i$
I er médecin coucheroit dans la chambre du Roy avec M. de Chancenay premier valet de chambre du quartier et que M rf Boudin médecin ordinaire, Maréchal premier chirurgien et Biot apoticaire coucheroienc dans le cabinet avec les S" Antoinne et Bazire, garçons de la chambre pour être plus a portée de servir S. M. en cas de besoin.
Cette nuit 14 du mois et 5 de la maladie du Roy fut mauvaise, l'altération prodigieuse de Sa Majesté fit juger que sa maladie devenoit dangereuse, et le redoublement de douleur a la jambe ne luy permit aucun repos, les fréquentes frictions qui ne suspendoient ce mal que pour un moment, parurent un remède peu efficace et on n'osoit en tenter d'autres.
Dans cette perplexité arrivèrent les médecins que Ton avoit mandés de Paris, dont les principaux etoient les sieurs Falconnet et Helvetius; ils saluèrent le Roy, luy touchèrent le poulx, luy trouvèrent de la fièvre qui se manifestoit assés par la rougeur et l'inflammation de son visage. S. M. leur dit à haute voix et d'un ton ferme : • Eh bien Messieurs, comment me trouvez vous ? Qu'allez vous me faire ! Je sens bien du mal partout le corps et particulièrement à la jambe. 1 Ils répondirent, • Sire nous allons passer tous ensemble dans le cabinet pour consulter sur les moyens de soulager votre majesté, et d'appaiser les douleurs quelle ressent. •
On ne vit jamais mieux le peu de ressource qu'il y
a dans la médecine : après de longs discours on conclut que le Roy prendroit le lait d'ânesse et peu d'heures après une seconde consultation fit suspendre la résolution de la première sur ce que le mal augmenta laprês-midy.
Le Roy qui navoit pris quun Bouillon le matin entendit la messe dans son lit', et tint ensuite le Conseil d'Etat avec ses ministres, malgré les douleurs qu'il ressentoit. On ne peut trop admirer l'application de ce grand prince, que la maladie la plus accablante, et les douleurs les plus aiguës n'empecherent point de vaquer aux affaires de son royaume jusquau dernier jour de la vie comme nous le verrons cy après.
L'heure du dinc étant venue, le Roy se leva et fut servi a son petit couvert, il ne mangea que dune
I, Le» Antlioine prétendent que le roi entendit la messe dm» son lit. Suint-Simon prétend, au contraire, que ce jour-là it te lit porter à la messe, pour la dernière foi», • tint conseil d'Éut, mangea gras, et eut grande musique chei M 1 " de Maintcnoii ■.
Lei S ,
dans ton lit, taudis que les Aiithoîne soutienne
ut qu'il se rendit à
la chapelle. Ces contradictions à coup tùr sont
de bien mine:; ira-
partance, mais elles montrent combien peuvei
it »e tromper des
hommes qui cependant avaient alors les yeux
constamment fixes
sur le grand acteur qui allait disparaître de la
ic^ne du monde.
Munie observation à la date du 10. « Le 1
uudi 10, dit Saint-
Simon, le roi travailla avec Pontchartrain, et
eut petite musique
théine affirment que la vi
cependant que les An-
panade avec dégoût, ainsy le diné fut fort court, et il s'y trouva peu de monde, hors les officiers de service; sur la fin arriva M œe de Maintenon inquiette de la santé du Roy quoiqu'à toute heure elle envoyât quelqu'nes de ses demoiselles pour s'en informer, elle s'entretint quelque temps avec le Roy qui étoit triste et abattu, et peu après comme elle ne pouvoit plus cacher sa douleur elle prit congé et rentra dans son appartement les yeux baignés de larmes.
Après diné, le Roy croyant être plus en repos dans son cabinet, s'y fit rouler dans son fauteuil, parcequil ne pouvoit plus se soutenir sur sa jambe, ny trouver de situation commode, encore moins de remède capable d'adoucir ses douleurs ; ainsy se passa tout le jour jusquau soupe qu'il fit faire un peu de panade et de gelée, tout autre nouriture luy étant devenue insuportable.
Cette indisposition obligea M. Fagon de représenter au Roy qu'il etoit a propos que S. M. ordonnât a M. le M'* de Livry de commander quelques officiers de la bouche et du gobelet pour coucher dans l'antichambre en cas que Ton eut besoin de leurs services pendant la nuit, ce qui fut exécuté *.
1. Il est bon, je crois, poursuivre ce récit et comprendre le va-etvient des visiteurs, d'avoir sous les yeux ce que Saint-Simon appelle la mécanique de l'appartement du roi, depuis qu'il ne sortait plus.
« Toute la cour se tenoit tout le jour dans la galerie. Per-
Comme il esc nécessaire que la cour change de lieu de temps en temps, le Roy faisoit tous les ans un voyage a Fontainnebleau pour y prendre le divertissement de la chasse.
Il avoit fixé le voyage au vingt huit du mois mais jugeant bien quil ne seroit pas en état de l'entreprendre, il déclara qu'il avoit changé de résolution, afin que personne ne fit de préparatifs inutiles pour ce voyage, qui fut en effet changé en un autre bien plus funeste.
Ce jour la le Roy ne passa point chez M"* de Maintenon comme il avoit coutume de faire, l'excès
sonne ne s'arretoit dans l'antichambre la plus proche desa chambre, que les valets familiers et la pharmacie, qui y faisoient chauffer ce qui étoit nécessaire; on y passoit seulement, et vite, d'une porte à l'autre. Les entrées passoient dans les cabinets par la porte de glace qui y donnoit de la galerie, qui etoit toujours fermée, et qui ne s'ouvroit que lorsqu'on y g rat toit, et se refermoit à l'instant. Les ministres et les secrétaires d'Etat y entraient aussi, et tous se tenoient dans le cabinet qui joignoit la galerie. Les princes du sang, ni les princesses filles du Roi n'entroient pas plus avant, à moins que le Roy ne les demandât, ce qui n'arrivoit guère. Le maréchal de Villeroy, le chancelier, les deux bâtards, M. le duc d'Orléans, le P. Tellier, le curé de la paroisse, et quand Maréchal, Fagon et les premiers valets de chambre n'étoient pas dans la chambre, se tenoient dans le cabinet du conseil, qui est entre la chambre du Roi et cet autre cabinet ou étoient les princes et princesses du sang, les entrées et les ministres.
« Le duc de Tresmes, premier gentilhomme de la chambre en année, se tenoit sur la porte, entre les deux cabinets, qui demeuroit ouverte, et n'entroit dans la chambre du Roi que pour les moments de son service absolument nécessaire. Dans tout le jour
de son mal ne luy permit pas, il voulut cependant se faire voir pendant le soupe et ordonna à M. le Duc de Tresme d'y laisser entrer tous ceux qui le souhaiteraient; cet ordre donna un instant de joye à ceux qui etoient dans les appartenons, mais leur joye fut bientôt changée en tristesse, lorsquils virent le grand prince si abbatu et si changé ; il étoit difficile qu'il fut autrement, puisqu'il ne prenoit plus de nouriture.
Après le soupe qui ne fut quune pure cérémonie, le Roy se fit rouler dans son cabinet pour voir les princes qui l'y attendoient, il n'y demeura pas longpersonne n'entroit dans la chambre du Roi que par le cabinet du conseil, excepté ses valets intérieurs ou de la pharmacie qui demeuroient dans la première antichambre, M mc de Maintenon et les dames familières , et pour le diner et le souper, le service et les courtisans qu'on y laissoit entrer. M. le duc d'Orléans se mesuroit fort a n'entrer dans la chambre qu'une fois on deux le jour au plus, un instant, lorsque le duc de Tresme y entroit, et se présentait un autre instant une fois le jour sur la porte du cabinet du conseil dans la chambre , d'où le Roi le pouvoit voir de son lit. Il demandoit quelquefois le chancelier, le maréchal de Villeroy, le P. Tellier, rarement quelque ministre, M. du Maine, souvent, peu le comte de Toulouse, point d'autres, ni même les cardinaux de Rohan et de Bissy, qui étoient souvent dans le cabinet où se tenoient les entrées. Quelquefois, lorsqu'il etoit seul avec M me de Maintenon, il faisoit appeler le maréchal de Villeroy, ou le chancelier, ou tous les deux, et fort souvent le duc du Maine. Madame ni M mc la duchesse de Berry n'alloient point dans ces cabinets et ne voyoient presque jamais le Roi dans cette maladie et si elles y alloicnt, c'étoit par les antichambres et ressortoient à l'instant. »