MALADIE
temps, les douleurs l'obligèrent de repasser dans sa chambre pour se coucher après avoir donné lordre pour le lever du lendemain.
C'étoir le jeudy 15 du mois d'Août fête de l'Assomption de la Vierge et le Six"" de la maladie du Roy, on eut espérance de sa guerîson, Sa M. ayant passé la nuit assez tranquillement quoique la fièvre ne l'eut point quitté et quil eut toujours ressenti une fièvre ardente et de grandes douleurs a la jambe, moins cependant que les jours précédents.
Comme le Prince avoit une dévotion particulière a la S" Vierge, et pareeque ce jour étoit l'anniversaire du vœu de feu Louis 13, son auguste père, Lil témoigna quil auroit bien désiré faire ses dévotions mais la foiblesse ou il se trouvoit luy fit remettre cette sainte action au Dimanche suivant, espérant que Dieu luy eu donneroit la force profitant, cependant, du peu quil en avoit, il se leva en public et après avoir pris un bouillon, il se fit porter dans la Tribune de la chapelle, ou il entendit la messe avec une piété édifiante.
On ne croyoit pas dans Versailles quil fut en état de paroitre en public, c'est pourquoy sa vue causa une si grande surprise que l'on entendait de toutes parts que des cris Vive le Roy, que Dieu nous le conserve et autres aclamations.
Au retour de la messe, îe Roy qui etoit bien aise de se faire voir passa par la Galerie, qui croit rem-
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. si
plie d'une si grande foulle quil eut bien de la peine a y trouver passage, chacun s'empressoit de voir celuy quil avoit cru dans un ecac bien plus périlleux et quil s'imaginoit être alors en état de convalescence. Le Roy rentré dans son appartement, dîna a son petit couvert, mangea peu, but beaucoup. Son altération continuant toujours, il s'enferma peu après seul avec le père Le Tellier jésuite son confesseur pour arrêter la feuille des bénéfices vacants. La nomination cependant ne s'en fit point nonobstant les instances que le Père le Tellier luy en fit et quil réitéra a diverses reprises pendant le cours de la maladie de Sa Majesté, qui fatiguée des pressantes sollicitations de ce jésuite se trouva obligée de luy dire : • Mon père je me trouve déjà assez accablé de tant de nominations de bénéfices que jay faites pendant mon règne, je crains bien d'avoir été trompé au choix des sujets que l'on ma indiqués, dont il me faudra peut-être bientôt rendre compte au jugement de dieu; pourquoy voulez vous encore me charger de cette nomination? Nous pouvons attendre quelques jours pour choisir a loisir de bons sujets, si Dieu me fait la grâce de revenir de cette maladie. 1 Quel avantage pour l'Eglise si un prince si sage, et si bien intentionné eut donné la confiance a des gens qui en eussent aimé la paix, nous ne la verrions pas aujourdhui dans la combustion ou il la laissée en mourant.
aa JOURNAL DE J,A MALADIE
Je reviens au Roy, il sembloit que l'amour de ses sujets luy avoic rendu sa santé, il mangea assez bien a dîné et trouva fort bons plusieurs petits ragoûts qu'on lui servit, et se sentit de force pour se faire reporter a la Tribune de sa chapelle ou il entendit les Vespres chantés par la musique.
On peut dire que ce jour donna une grande espérance de la guerison du Roy, on lui trouvoit plus de force, plus d'appétit, meilleur visage, moins de douleur, et une humeur assés gaye, qu'il soutint dans la conversation de plusieurs personnes de distinction qui eurent l'honneur de demeurer auprès de luy jusqua l'heure de son soupe qui fut fort court, ayant souhaité de se coucher plutôt que de coutume qui fut sur les dix heures.
La nuit du 1 6 du mois et 7 de la maladie les douleurs de la jambe, qu'on regardoit alors comme le plus grand mal du Roy, s'étant beaucoup adoucies, il le témoigna luy-même en s'eveillant, et dit qu'il avoit eu une sueur extraordinaire.
Les S™ de Chancenay et Maréchal avec les garçons de la Chambre eurent bien de la peine a tirer le Roy "de son lit et le mettre dans son fauteuil pour l'essuyer et changer de linge, parceque le moindre mouvement augmentoit sa douleur.
On le trouva baigné dans la sueur qui avoit été si ample que les matelas en avoient été traversés; elle n'etoit pas critique, il y avoit plusieurs années que
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. aj
le prince y etoit sujet même de jour, lorsqu'il se fadguoic un peu a la chasse ; on etoit obligé de le changer et essuyer tous les matins après quoy on le remettoit au lit pour quelques minutes, ou il faisoit sa prière en attendant l'heure de se lever en public, ce que l'on appelloit le grand lever, et qui se faisoit sur les neuf heures.
On a cru avec beaucoup d'apparence que le régime qu'on faisoit observer au Roy de boire deux grands verres d'eau après les sueurs et avant de le mettre au Ht auroit bien pu contribuer a sa maladie en luy affaiblissant l'estomac surtout dans un âge déjà avancé. Sa M. s'en apperçut et en convint sur la fin de sa vie mais le mal etoit sans remède.
Sa Majesté remise au lit entendit la messe et tint ensuite le conseil d'État qui dura jusqu'à l'heure du diné ; alors on le leva avec plus de peine que la première fois, parceque ses douleurs etoient universelles et beaucoup augmentées. Il fallut pour en venir a bout le prendre par toutes les parties du corps pour le mettre dans son siège.
Pendant cette douloureuse manœuvre arriva M. D'Orléans, accompagné de M" le Duc de Conty, duc du Maine et comte de Toulouze pour rendre visite au Roy, ce qu'ils faisoient tous les jours. Le Roi les ayant apperçus, leur dit « vous avés vu Messieurs les belles cérémonies qu'il a falu pour me lever. Je suis bien a plaindre, mais il faut bien le
vouloir, puisque c'esc la volonté du Seigneur que je sois réduit en cet état. > Les princes lui ayant témoigné combien ils etoient touchés des peines qu'il souffroit, il s'apperçut que M" le duc du Maine et comte de Toulouze etoient en habit de chasse, il les congédia en disant : allez à la chasse M™, ne perdez point le temps qui est très beau.
Cependant il etoit tellement abbatu qu'il ne put demeurer que fort peu de temps sur son siège et il fallut luy Taire souffrir une troisième fois les mêmes douleurs pour le remettre au lit, la on luy servit a diner les mêmes metz de panade et de gelée, les seuls qu'il put supporter.
Pendant qu'il mangeoit il donna ordre a M. le duc de Tresrae de laisser enrrer avec les officiers de service tous ceux qui souhjucroient le voir, il demeura en spectacle pendant quelque temps, après quoy il se fit lever encore une fois et porter chez M"" de Maintenon, comme pour âtre un peu plus en repos, il y passa l' après midy a entendre chanter des motets et des airs Italiens par des musiciens choisis que l'on avoir fait venir pour le divertir.
Ce fut la dernière visite dont le Roy honora cette dame, il n'en sortit que pour souper, la cérémonie en fut courte ayant été obligé de se mettre au lit plutôt que de coutume sans aller dans le cabinet avec les princes.
Le Roy avott voulu surmonter le mal par toiu
tous les
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. a$
mouvements quil s'etoit donnés, il en ressentit les effets la nuit suivante qui fut celle du Samedy ij mt du mois et le 8 me de la maladie par des douleurs aiguës une soif ardente et des sueurs extraordinaires qui ne luy donnèrent aucun repos, on pansa* sa jambe sans luy donner aucun soulagement, il ne trouvoit point de situation commode, il se faisoit lever et recoucher à tout instant, et passa dans des agitations continuelles jusqua l'heure de la messe quil entendit dans son lit.
Il ne laissa pas de donner plusieurs ordres a M rt de Torcy, Pontchartrain La Vrillère ; et Voisin secrétaires d'état.
L'application de ce grand prince au miilieu de la plus grande infirmité etoit étonnante, après avoir pris un peu de panade il tint conseil d'Etat; il fut a la vérité asses court, par la déférence qu'il eût pour ses Ministres qui l'en prièrent pour le ménager un peu.
Sa Majesté se mit ensuite a table en robbe de chambre ou elle mangea de la panade et de la gelée, au même temps les douleurs de la jambe augmentèrent. Elle se remit au lit, fit appeller M. Maréchal pour panser son mal qui ayant été estimé jusques la peu considérable parut alors très dangereux. Les médecins dirent qu'il falloit y faire plus d'attention et cependant ny appliquèrent aucun remède.
Le Roy demeura au lit jusquau soir recevant
quelques visites, une entre autres de M. le Duc d'Antin qui entretint Sa Majesté de ses batimens et jardins, ou elle parut encore prendre quelque plaisir.
L'heure de souper étant venue, le Roy se fit lever, mangea peu dé ses metz ordinaires auxquels on avoit ajouté du gruau par ordre des médecins ; il s'entretint encore quelque temps avec des Seigneurs de la cour les ayant congédié, il ne resta que les officiers, domestiques dans sa chambre pour le service.
Les maux que ce prince souffroit augmentèrent visiblement le dimanche 1 8 août et 9 mc de la maladie. Sa Majesté avoit passé toute la nuit dans un grand abbatement, et elle ne permit l'entrée de sa chambre que sur les 10 heures que fatiguée du lit et des sueurs, elle voulut se lever pour changer de linge, elle ne demeura qu'un quart d'heure dans son fauteuil, la foiblesse l'obligea de se remettre au lit. Les S" de Chancenay et Maréchal aidés des S" Binec Antoinne et Bazire garçon de la chambre ly reportèrent et ne purent luy rendre ce service sans luy causer d'extrêmes douleurs, tant son corps étoit sensible et affligé.
Monsieur le Duc d'Orléans, M. le Duc du Maine, M. le Comte de Toulouze rendirent alors visite au Roy, les princes furent suivis de M. le prince de Bouillon grand Chambellan, d'Armagnac Grand écuyer, de Villeroy; des premiers gentilshommes de la chambre du Roy et d'autres personnes qui ont les grandes en-
trees, la surprise et la tristesse ecoient peintes sur leur visage, et la consternation fut generalle parmy les officiers et particulièrement les médecins lorsqu'ils virent le Roy dans cet excès de mal qu'ils jugèrent pour lors incurable.
Le Roy entendit la messe, prit quelque peu de nourriture, et, sur les 4 heures après midy se fit lever pour se délasser et faire panser sa jambe dont les douleurs augmentoient.
Nonobstant son infirmité, il s'enferma avec M. Pelletier, et travailla avec luy jusqua 7 heures.
Cette application etoit peut-être une des plus grandes marques de courage du Roy qui surmontoit sa foiblesse et ses maux pour se livrer aux affaires de son royaume, car ce n'etoit pas quil se trouvât mieux alors ; au contraire la fièvre qui le devoroit l'obligea de prendre 6 a 7 grands verres d'eau pendant ce conseil après lequel il demeura triste et abattu sans vouloir voir personne que les officiers de la chambre et garde robbe, il n'y eut point le soir de soupe, mais après avoir pris un bouillon il se remit au lit.
La nuit ne fut pas meilleure que les précédentes. Le Roy n'eut aucun repos, et n'eut que de légères sueurs qui se dissipoient en un instant, ce qui provenoit de la diminution de ses forces qui n'etoient plus capables de rejetter Phumeur au dehors.
Sur les 7 heures du matin, c'etoit le Samedy i9 me et le io rce de la maladie, M. Fagon et le reste de
la faculté étant entré, trouvèrent la fièvre fort augmentée, ils entrèrent dans le cabinet pour consulter s'ils ne trouveroient point quelque remède capable de soulager le malade, leur lumière n'alloit point jus qu es la; ils continuèrent donc le même régime.
Ils revinrent sur les 10 heures pour voir panser la jambe du Roy, ils y trouvèrent un grand changement, elle etoit enflée, et M. le Maréchal remarqua une petite noirceur sur le cou de pied qui luy sembla de mauvaise augure, il dissimula le jugement qu'il en portoit et ayant frotté la jambe de linges chauds, le malade en eut un peu de soulagement.
Ce n'étoit qu'un lenitif qui n'alloit point a la cause du mal, plus propre a pallier rembarras des médecins qu'a guérir le malade. Sa Majesté profita de ce petit relâchement pour entendre la messe avec plus de tranquilité; elle prit ensuite un bouillon, une panade et d'autres restaurans dont elle se trouva as" sez bien, elle passa assez doucement la journée. La visite des princes qui voyoient quelque petite lueur d'espérance de santé le contint au même état ^usquau coucher qu^ fut public.
Mais la nuit suivante du 19 au 20 du mois et 1 1 n» e de sa maladie fit disparaître ces espérances. Le Roy la passa dans des douleurs et dans des agitations terribles. Les médecins qui vinrent de grand matin, le trouvèrent encore en cet état, et, ayant conféré ensemble, ils proposèrent a Sa Majesté un bain d'herbes
aromatiques dans de gros vin de Bourgogne ce qu'il agréa.
Ce Prince n'avoit jamais répugné a tout ce quon luy ordonnoit, jusques là même quil proposa de faire des incisions a sa jambe ou même d'en faire Pamputation si elle etoit jugée nécessaire. Etoit-ce amour de la vie ou marque de son intrépidité? On prépara le bain ordonné dans une grande cuvette d'argent qui servoit au Roy a laver ses pieds et Sa Majesté mit sa jambe dedans le bain tout chaud en disant d'un air tranquile à ses médecins, t croyez- vous M ra que ce bain puisse me soulager. J'en ay grand besoin, faites je vous prie tout ce que vous pouréz. 1
Elle demeura dans ce bain l'espace d'une bonne heure M' Maréchal la frotta ensuite de linges chauds, ce qui appaisa un peu la douleur et le Roy ayant pris un bouillon fut reporté dans son lit pour prendre un peu de repos.
On a remarqué que Sa M. n'a jamais demandé de bouillon pendant tout le cours de sa maladie, mais très souvent a boire pour éteindre le feu qui le devoroit. Les médecins vinrent ce jour la plus fréquemment toucher le poulx de leur malade qui paroissoit plus changé et plus abbatu, dont ils paroissoient aussy plus intrigués, Le Roy le remarqua et sans s'émouvoir, leur dit: t je vois bien M" par vos manières que vous me trouvez plus mal. Je suis véritablement bien abbatu, mais comment voudriéz-vous que je fusse autrement, souf-
frant jour et nuit sans relâche, et ne prenant presque point de nouriture depuis le commencement de ma maladie, sans que vous ayez pu me donner de soulagement. » Ils repondirent, t Sire nous y faisons de notre mieux et nous allons encore consulter ensemble sur les remèdes que nous pourrons appliquer à votre jambe, qui est votre plus grand mal. • Mais toute leur consultation n'aboutit qu'aux remèdes palliatifs, dont on avoit déjà tant de fois éprouvé l'inutilité.
Le Roy tout foible qu'il etoit entendit la Messe avec beaucoup de dévotion, et s'enferma ensuite avec le père le Tellier jusqua deux heures il prit après cela un bouillon un peu de panade et de gelée avec un grand dégoût. Sa jambe luy donnant un peu de relâche Ton remarqua sur son visage une grande sérénité et il ordonna a M. le Duc de Tresmes de laisser l'entrée de la chambre libre a tous ceux qui le souhaiteroient voir, que cela luy feroit plaisir.
On n'eut pas plutôt annoncé cette liberté que la chambre fut tellement remplie de monde qu'on ne pouvoit se remuer pour l'empressement que chacun avoit de voir cet auguste malade; la foule dura jusqu'au soir que le Roy ordonna que Ion fît retirer tout le monde excepté les grands et petits officiers de la chambre et garde robbe pour faire le service du coucher, quoiqu'ils se relevassent les uns les autres ils etoient extrêmement fatigués ayant eu bien peu de repos depuis le commencement de la maladie de Sa
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. ?i
Majesté particulièrement les S M Bontemps Blouin Degambais et Chancénay premiers vallets de chambre qui se rendoient les plus assidus avec les garçons de la chambre.
Le Mercredi matin 21 du mois et le i2 me de la maladie du Roy il dit en s'éveillant qu'il s'etoit assez bien trouvé pendant la nuit, que ses douleurs etoient bien diminuées; ce changement fut attribué a la vertu du bain du jour précèdent, sa Majesté se leva en robbe de chambre sur les 9 heures assez tranquille, et donna divers ordres a M" les secrétaires d'Etat, c'étoit l'heure quelle avoit coutume de disposer de toutes les actions de la journée et donner les ordres a ses ministres et a ses officiers.
S'étant ensuite mise au lit elle permit l'entrée de sa chambre a tout le monde pendant la messe a laquelle grand monde de toutes les qualités assista.
Ensuite entrèrent les médecins, M. Fagon toujours a leur tête, ils luy touchèrent le poulx par rang d'antiquité et parurent contents de trouver la fièvre diminuée; elle étoit apparament plus interne car l'altération continuoit toujours.
Sur les 1 1 heures le Roy se fit servir à diner dans son lit, ou il y eut un pareil concours de monde avec lequel sa Majesté s'entretint très gracieusement, avec autant de présence d'esprit que si elle n'avoit jamais été malade. Dans ce favorable intervalle arriva M. Nicolaï premier président de la Chambre des comptes de
Paris avec M. de Longueil son parent, fils de M. de Maisons président a mortier au parlement qui venoit de mourir, pour demander a Sa Majesté la grâce d'octroyer au fils, la charge qu'avoit possédé M, son père et qui est de temps immémorial dans cette famille, quoiqu'il n'eut point encore acquis l'âge compétent pour l'exercer. Le Roy les ayant reçus très favorablement, leur accorda cette grâce; ajoutant j'ay toujours eu beaucoup de considération pour sa famille.
Après le diner, on fit retirer tout le monde à la reserve de M. Voisin qui travailla avec le Roy aux affaires de la guerre jusqua six heures que les douleurs obligèrent Sa Majesté a quitter ce conseil quelle avoit plusieurs fois interompu pour débander, frotter et rebander sa jambe affligée sans aucun soulagement. Après ce conseil arriva M me de Maintenon et un moment après M r le Duc d'Orléans, les princes et autres Seigneurs qui firent au Roy leurs compliments de condoléance sur ce qu'ils a voient appris que sa Majesté avoit été plus incomodée que la nuit précédente. Le Roi leur ay l marqué sareconnoissance, ajouta: t je n'ay jamais ressenti de si vives douleurs, mais ma plus grande peine est de voir que les médecins ny les chirurgiens n'ont pu encor trouver le moyen de me soulager un seul jour. »
Il se fit lever ensuite pour se délasser un peu en changeant de situation, ce qui ne se put sans luy faire encore souffrir de grandes douleurs. On le plaça dans
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. 3j
une chaise roulante en robe de chambre, parcequ'on ne pouvoit plus l'habiller. On posa sa jambe sur un petit tabouret couvert d'un carreau, et en cet état on luy servit a souper sur les 9 a 10 heures. M. le Maréchal, de Villeroy qui entretint le Roy pendant ce repas l'excita a prendre quelques petits metz extraordinaires pour se fortifier, mais le dégoût où il etoit ne le luy permit pas, il se fit ensuite rouler dans son cabinet pour se divertir un moment avec les princes et princesses qui l'y attendoient, il y demeura près d'une heure mais les douleurs l'obligèrent de rentrer dans sa chambre; le S. Maréchal vint le panser et faire les frictions ordinaires a la jambe, comme il les faisoit presque d'heure en heure, il s'apperçut que le mal augmentoit dont il donna avis a M. Fagon qui proposa encore au Roy de faire venir les médecins de la faculté de Paris pour consulter de nouveau sa maladie, le prince y consentit et au même moment Tordre fut expédié de se rendre du matin a Versailles ; on remit le Roy au lit sur les onze heures.
La nuit fut aussy fâcheuse qu'aucune autre ; le Roy n'eut aucun repos, et souffrit cruellement, les médecins entrèrent de grand matin c'etoit le Jeudy 22 du mois et le i3 me de la maladie, ils résolurent de réitérer le bain d'herbes, on le prépara on y mit la jambe du Roy ; mais une foiblesse qui luy survint causée a ce que Ton crut par la vapeur des herbes obligea de le retirer et le remettre au lit.
Sur les neuf heures arrivèrent dix médecins de Paris du nombre desquels etoit M. Falconnet Dodart Galin et Go têtard médecins de feu M m * la Dauphine établi a S 1 Germain en laye ou il etoit en estime; ces M rs s'etant joints aux médecins de la cour furent introduits par M. Fagonet s'etant approchés du lit du Roy avec une profonde révérence, Sa Majesté les prévint d'une manière affable, et leur dit : t vous me voyez M™ dans un fâcheux état de maladie depuis le dix de ce mois sans pouvoir trouver aucun secours, je vous ay mandé pour savoir de vous si vous pouvez me procurer quelque soulagement aux maux qu'il plait au Seigneur de m'envoyer, ils sont grands mais je my soumets puisque c'est sa volonté, t L'un deux portant la parolle, dit, t Sire nous espérons avec l'aide de Dieu, et des remèdes, vous donner du soulagement et que cette maladie ne sera rien, admirable promesse si elle avoit été suivie de cet effet, mais c'est Dieu qui frappe et qui guérit. » Ces doctes prometteurs tâtèrent le poulx du malade avec cérémonies, les uns après les autres selon leur rang d'antiquité, ils luy trouvèrent beaucoup de fièvre ; personne n'en doutoit, la question etoit de la chasser, ils passèrent pour cela dans le cabinet ou chacun d'eux déploya son éloquence pour approuver la conduite des médecins de la Cour, ils conclurent quil falloit exécuter ce qui avoit été conclud dans la chambre de consultation du ip œe du mois touchant le lait d'anesse et qui avoit été différé jusques la pour
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. 3s
de bonnes raisons que Monsieur Fagon leur allégua et personne ne fut assez impoly pour contredire; cette ordonnance fut exécutée sur le champ.
Le Roy prit du lait d'anesse et entendit ensuite la messe ou la curiosité attira autant de monde que la dévotion; la pâleur et Tabbattement qui paroissoit sur le visage de Sa Majesté sembloit la communiquer aux spectateurs; cependant une heure après ce courageux malade se fit tirer du lit avec de nouvelles peines, se fit servir a dîner et dit a M. le duc de Tresmes qui le servoit de faire entrer tout le monde que cela luy feroit toujours plaisir.
Parmy la foule des courtisans le Roy ayant distingué De Même premier président du Parlement de Paris, luy dit, t M. vous me voyés bien incomodé et bien souffrant, vous venez de perdre un bon sujet dans votre compagnie et moy aussy par la mort de M. Desmaisons, c'etoit un parfaitement honnête homme et c'est a sa considération que jay bien voulu accorder à son fils la charge de président à mortier quil possedoit, quoiquil n'ait pas l'aage pour l'exercer, j'ay cru le devoir faire en considération de son père et de ses ayeulx qui m'ont bien servi pendant ma minorité. »
M. le premier Président repondit t Sire, je suis venu pour en remercier très humblement votre Majesté de la part de toutes les compagnies et chambres de votre Parlement. » M. de Villars maréchal de France qui
etoic présent fit aussy ses remerciemens au Roy en qualité de beau frère de feu M. Desmaisons ces deux Seigneurs ayant épousé les deux filles, seules héritières de feu M. de Varangeville Ambassadeur.
Après dîné le Roy qui se trouvoic un peu mieux se fit porter dans son grand cabinet ou se rendirent les Princes du Sang M. les Maréchaux de Villeroy les ducs de la Rochefoucault, de Noailles, d'Antin, d'Armagnac et le Prince Charles son fils, les M rt de Beringhem, les Ministres et Secrétaires d'Etat, et beaucoup de personnes de qualité et d'officiers de sorte que la chambre et le cabinet furent si remplis que Ton ne pouvoit y passer, et Ton apprehendoit que cela n'incomodât sa Majesté, mais le plaisir quelle prenoit a voir l'empressement et l'amour de ses courtisans luy donnoit de la satisfaction et luy faisoit oublier ses douleurs.
Mais enfin elles l'emportèrent sur son plaisir et sa constance et l'obligèrent a retourner dans sa chambre pour se faire panser, et ayant pris un bouillon le soir, elle congédia tous ceux qui n'etoient point nécessaires au service pour prendre un peu de repos, elle en eut un effet cette nuit la qui ne fut interrompu que par la nécessité qu'elle eut de boire plusieurs fois.
Sur les 6 h. du matin 23 août et le 14"" de la maladie, M. Fagon s'approcha du lit de sa Majescé tenant une ecuelle pleine de lait d'anesse et dit, • Sire, c'est du lait d'anesse qui faut que votre Majesté prenne présentement, pour luy humecter la poitrine • le
Roy le prit et dit quil le trouvoit bon, se rendormit un moment et s'éunt reveillé pour un instant par un sentiment d'un élancement a sa jambe, il se rendormit encor jusqua neuf heures, alors il s'éveilla dans une sueur copieuse, on l'essuya a l'ordinaire avec bien de la peine, son corps cependant etoit sans douleur a l'exception de la jambe, ou elle redoubla; il dit a ses médecins, r M" comme le bain cy devant qu'onra'a fait m'a soulagé, je croîs qu'il ne seroît pas mal a propos de le réitérer, * on le fit, et S. M. ayant mis sa jambe l'espace d'une demye heure, il fit retirer la cuvette disant cette odeur me monte a la tête si fort que je craindrois quelle me fit tomber en foiblesse.
Ce bain ne laissa pas de suspendre la douleur. Le Roy prit un bouillon et se iîr razer par Didault barbier duquartter ; on remarqua que quelque malade que fût ce prince, il ne manquoit point de se faire razer tous les trois jours par propreté.
Au même temps arrivèrent M. le Duc d'Orléans, M" du Maine et de Toulouze, ils conversèrent quelque temps avec sa Majesté qu: voyant les deux derniers en habit de chasse les congédia en leur disant, i adieu Messieurs ne perdez point l'heure de votre chasse, > la complaisance etoit naturelle à ce grand monarque même envers les moindres de ses domestiques.
Après qu'ils furent partis, il se fit remettre au lit après avoir bu deux grands verres d'eau. M. Mare-
chai débanda sa jambe en présence des médecins qui n'ozerent témoigner leur surprise de la voir en si mauvais état, ils se retirèrent pour faire place aux officiers de la Chambre, et de la garde robbe qui entrèrent pour lever le Roy, et l'orsquil fut placé dans son fauteuil et qu'il eut pris un bouillon, ceux qui n'étoient plus nécessaires pour le service, sortirent pour faire place a la troupe des médecins qui rentrèrent conduits par M. Fagon, ils firent leur révérence de cérémonie et taterent le poulx du malade, selon leur rang d'ancienneté comme la première fois, ils le trouvèrent élevé et fort agité et pour dire quelque chose ils luy demandèrent si le lait d'anesse luy avoit fait du bien, r assez bien, mais point de soulagement a ma jambe » ils dirent qu'ils alloient conférer ensemble, mais après une heure de consultation, ils demeurent a l'ânesse qu'ils chargèrent du mauvais succès de leur consultation.
La Chambre s'etoit sensiblement remplie de monde, le Roy le fit retirer, et demeura seul avec le Perè Le Tellier jusqua u heures; ce fut apparamment dans ce temps quil fit son 2 me Codicille, puisqu'il est datte du 23 août 171 5 ; il fit ensuite appeller M me de Maintenon, qui attendoit, elle voulut engager Sa Majesté a prendre quelques nouritures ; mais le Roy ne voulut qu'un bouillon, et après quelques moments de conversation cette dame se retira dans son appartement fort affligée.
On ne laissa pas de servir le dîné ou le Roy ne mangea presque rien, on fit pourtant encore entrer tout le monde, S. M. étant bien aise de voir les courtisans; la tristesse etoit peinte sur leur visage ; ils rappelloient ces jours heureux du plus glorieux reigne que Ton voyoit sans oser le dire se terminer dans les douleurs : on admiroit pourtant cette patience heroique et cette fermeté que ce grand Roy avoit toujours fait paroître dans les divers événements de la vie et quil soutenoit encore dans un corps épuisé et décharné, objet qui touchoit tout le monde de compassion et particulièrement ceux qui avoient l'honneur d'approcher de plus près de sa personne et qui se voyoient à la veille de perdre un si bon maître.
Tout raprès-midy fut violent ; les médecins se rendoient assidus, mais sans fruit, 1 Je suis bien a plaindre, leur dit le Roy, que vous n'ayez pu jusqua présent trouver aucun remède aux maux que je sens. » Les médecins le payèrent de belles parolles; ils ne pouvoient autre chose; t nous faisons, Sire, ce que nous pouvons mais la maladie de votre Majesté l'emporte sur les remèdes ; nous espérons cependant, avec la grâce de Dieu, d'en trouver de spécifiques qui pourront la surmonter. »
Ces parolles tranquillisèrent un peu le malade. Il avoit la langue extrêmement sèche et le feu du dedans etoit si grand que plus il buvoit plus il sembloit l'embraser. M. Maréchal n'etoit occupé qu'a
«o JOURNAL DE LA MALADIE
débander la jambe du Roy, la frotter et rebander «m aucun succès et les médecins en revenoient toujours a leur anesse dont le lait etoit sans effet.
Sur les 7 h. du soir le Roy qui a toujours beaucoup aimé la musique, s'avisa pour faire diversion a sa douleur, d'ordonner à M. le duc de Tresmes de faire venir quelques uns de ses Musiciens chanter dans sa Chambre, expédient asser peu en usage, quoiqu'il soit conseillé entre plusieurs autres non moins étranges par le Père Binet Jésuite dans son livre de Consolation des malades. Je ne pense pas que le Roy eut perdu de temps a lire un livre si grotesque. Je croirois plutôt que Sa M" se ressouvint que, par le son de la harpe, David dissipoir la mélancolie de Saiil, quoi qu'il en soit, l'effet en fut presque semblable. Le Roy prit plaisir à entendre chanter des airs Italiens depuis 7 heures jusqua $, et demeura fort tranquile tout ce temps, s'etant fait ensuite lever avec toutes les peines du monde et les douleurs accoutumées il fit servir pour souper ou plutôt pour obéir a la coutume. Jamais Prince ne fut plus uniforme dans son régime de vie ; il prit un peu de gelée ou autre chose semblable et son repas finy, il surprit agréablement des princes qui etoient dans le cabinet lorsqu'ils le virent arriver dans sa chaise roulante, ils ne le croyoient pas en état de faire ce voyage, aus3y ne fut il pas long il rei après pour faire ses prières et se mettre a
La nuit suivante du 34 du mois et 15 de la maladie le Roy fut attaqué de vapeurs qui l'incomoderent fort et obligèrent M. Fagon a faire assembler toute la médecine tant de la Ville que de la Cour pour consulter sur le nouvel accident.
Dans la consultation quils firent après avoir touché le poulx du malade en cérémonie comme ils avoient fait cy devant, ils accusèrent l'anesse de ce malheur et la disgracièrent sous prétexte que son lait n'avoit pas plus de vertu que leurs raisonnemens.
Mais qu'ordonnèrent ils à la place du remède qu'ils rejectoient ? Rien du tout ; ils visitèrent seulement la jambe affligée et y observèrent une noirceur au dessous de la jarretière : cétoit une marque de mauvaise augure quimenaçoît de la gangrené ou plutôt
i l'indiquoit, et ils l'enveloperent de linges crampes s de l'eau de vie canfrée pour y rappeller la chaleur naturelle.
Le Roy entendit ensuite la messe prit un bouillon et malgré les douleurs il tînt conseil de finances jusqu'à 11 II. M. Maréchal ne laissant pas de faire de temps en temps des frictions a la jambe de Sa Majesté pour modérer les douleurs.
L'heure du dîné venue on demanda au Roy l'ordre pour servir, mais il ne voulut quun bouillon. II fit ensuite appeller M. Desmarest, avec lequel il travailla quelque temps mais la nécessité de panser sa
jambe ayant interonipii ce conseil M. 1; Mi de Villeroy qui etoit de ce conseil en qualité chef fut bien aise de profiter de cette occasion pour roîr par luy même la situation de cette jambe malade.
Et le sieur Maréchal l'ayant débandée, elle se trouva toute noire jusqu'au pied. Le Roy dit quelle ne luy faisoit plus tant de mal, mais ceux qui étaient présents, particulièrement M. le M J ' de Villeroy la jugèrent incurable et ce Seigneur retourna dans son appartement tout baigné de larmes. Le Roy cependant qui sentoïc moins de douleur se fit lever et mettre dans son fauteuil ou il s'entretint de sa maladie avec quelques-uns de ses Officiers les plus considérables et les plus confidents; il etoit extrêmement triste et inquiet et pour avoir plus de liberté, il ne voulut voir que les officiers de sa chaml de sa Garde robbe.
Quelque soin que Ton prit de divertir le Ri sa mélancolie on ne réussit cette fois, il jogeoit paramment du péril ou il etoit, car sur les 4 heures, il manda le Père le Tellier et s'enferma seul avec luy pour se reconcillier et se disposer a la mort, la nouvelle s'en répandit, et bientôt alluma non seulement la Cour, mais encore une infinité de Personnes que la maladie du Roy avoir attiré à VersaHlm Sur les huit heures, on recoucha le Roy qui n'avoit pris quun seul bouillon et depuis ce jour la le Père le Tellier ne le quitta plus.
àiap-
Le lendemain etoit la fête de S' Louis *, Roy de France dont Sa Majesté descendoit, et dont elle portoic le nom, cette fête tomboit au Dimanche 25 d'Août et le iô 01 * de la maladie; ce jour avoit été jusques la un jour de joye et de triomphe : ce fut un jour de tristesse et de consternation. Le Roy y recevoit*les complimens des Princes et Seigneurs de sa cour, des premiers magistrats des compagnies de la ville, il n'etoit guère en état de les écouter et Ton n'en pouvoit pas faire de fort agréables. Il ne s'y refusa pourtant pas et si on en reçut quelque consola* tion- ce fut de voir les grands sendmens de pieté et de résignation quil témoigna, nayant jamais fait
1 . La journée du 25 août indique le commencement de la période aiguë de la maladie du roi. Tout était fait, d'ailleurs, pour frapper fortement ce jouMà ces courtisans dont les moindres actions du roi occupaient sans cesse la pensée. Dès le matin, le bruit de ces hautbois et de ces violons qui ont accompagné toutes les fêtes de ce règne éclatant, retentit pour célébrer la Saint-Louis, sous les fenêtres du mourant ; quelques heures sont à peine écoulées que le Saint-Sacrement arrive, annonçant que la catastrophe est prochaine. Puis, après un entretien avec le duc d'Orléans, que chacun commente à sa manière, on entend cette voix qui jadis parlait si haut pour donner des ordres s'attendrir pour adresser les suprêmes adieux aux plus illustres comme aux plus humbles. C'est *ous cette impression et le cœur troublé encore de tant d'émotions, que Dangeau, en rentrant chez lui le soir de cette journée remplie par tant d'événements, commence à minuit le mémoire qui débute par $t& mots : « Je sors du plus grand, du plus touchant et du plus héroïque spectacle que tes, hommes puissent jamais voir, »
paroitre plus de fermeté que dans cette triste conjoncture ou les plus forts font souvent voir plus de foi blesse.
Sa Majesté qui n'avoit pas bien reposé et fatiguée de tant de visite avoit un grand besoin de repos elle avoit le visage rouge et enflâmé, et les médecins étant venus la visiter, elle leur die : « Messieurs je vous avertis que je ne sens plus tant de douleur a la jambe que de coutume mais aussy je me sens très foible ; les forces me manquent à tous moraens quand je veux un peu me soutenir, » Un chirurgien repondit tout bas, il vaudroit mieux quelle fit encore mal au Roy ; M, Maréchal ayant pourtant débandé cette jambe, elle fut trouvée dans un pitoyable état, car la gangrène l'avoit entièrement gagnée, et c'etoit le propre sujet qui otoit au Roy le sentiment a mesure que le mal augmentoit.
Sur les 10 h. du matin, M. le Duc de Gesvres premier Gentilhomme de la Chambre vint dire au Roy qu'a l'occasion de la fête les hautbois de la chambre, les 24, violons et les musiciens venoient selon l'usage ordinaire donner les aubades a Sa Majesté, qui, quoique malade, ne voulut point interompre ce qui etoit de coutume et dit quils pouvoient jouer dans l'Antichambre, mais un. peu éloigné pour ne luy pas faire de peine.
Ensuite M. le Duc du Maine comme Colonel des Suisses et Grisous, et M. le Duc de Guiche com
Colonel des gardes françoîses demandèrent la même permission pour les fifres, et tambours de leur régiment, ceux cy jouèrent dans la cour du château sous les fenêtres de l'appartement du Roy qui les écouta attentivement et leur fit distribuer a chacun un Louis dor comme il se prattquoit tous les ans.
Après les fanfares guerrières le Roy entendit ht messe avec un redoublement d'attention et dévotion toute visible, ayant toujours été les mains jointes et les yeux élevés au ciel; il souhaita ensuite de se lever pour changer de situation, ce fut avec les peines ordinaires quon luy rendit ce service, et il resta dans son fauteuil ou on luy servit plusieurs petits metz regalants pour exciter son appétit, mais U n'en mangea que très peu et fatigué des cérémonies il fui obligé de se remettre au lit.
Il est assés étonnant que l'on n'eut point encore pensé 3 disposer le Roy a recevoir tes S" Sacremens, il etoit d'un âge assez avancé pour ne plus compter sur la force de son tempérament, une fièvre ardente le devoroit depuis plus de 15 jours, il navoit aucunes parties saines sur tout son corps, ou voyoit la Gangrainc gagner et on le laissoit périr sans songerait plus nécessaire. On craint quelquefois d'annoncer cette triste nouvelle a des esprits (bibles, mais que eraignoït on tant d'un prince qui faïsoit paroitre
It de fermeté et de religion? 'army ce nombre innombrable de gens qui faisoït
la cour à Louis 14, il n y eut que M r le Maréchal de Villeroy qui pensoit au salut de ce prince ; comme il ne sortoit presque point des appartemens du Roy par rattachement qu'il avoit pour la personne de sa Majesté et qu'il voyoit de plus prés le péril ou elle etoit, il s'adressa premièrement au Cardinal de Rohan grand Aumônier de France, et ensuite au Père le Tellier et leur dit qu'il étoit temps de préparer au Roy les S 18 Viatiques et même l'Extrême onction, que Ton pouroit bien y être surpris.
Mais la difficulté etoit a qui porteroit cette nouvelle au moribond, cela n'etoit pas du ministère du Maréchal de Villeroy, le Cardinal etoit trop courtisan pour s'en charger. Le confesseur ne prit ou n'osa s'en deffendre il le fit, et il parut par la réponse du Roy qu'il y avoit pensé avant tout autre, car le P. Le Tellier ne luy eut pas plutôt demandé, s'il n'auroit pas souhaité de recevoir les Sacremens, qu'il luy fit reponce avec beaucoup de piété : de tout mon cœur mon père, je le souhaite très ardamment, je vous ay témoigné plusieurs fois pendant le cours de ma maladie que je souhaitois avoir cette consolation. Aussy tôt le P. le Tellier fit sortir tout le monde de la chambre, et demeura seul avec le Roy pour le préparer a cette action. Sa M té parut ensuite remplie . d'une joye intérieure qui eclatoit sur son visage; et dans ses parolles, entre plusieurs autres très édifiantes on luy entendit dire celle, cy : 1 hé mon Dieu voulez vous
bien encore me faire la grâce de venir a moi vous qui êtes le Roy des Roy s. »
, Un moment après M. le Cardinal de Rohan ayant donné les ordres pour cette cérémonie se transporta en la Chapelle du château pour prendre le S 1 Sacrement, il etoit environ 7 h. du soir, assisté de deux Aumôniers du Roy dont l'un portoit les Saintes huiles, deux Chapelains portant le Dais et un clerc de la chapelle la sonnette, précédé par six garçons du château portant des flambeaux. Apres le S 1 Sacrement marchoit M. Huchon curé de Versailles a la tête des prêtres de la Mission qui desservent la chapelle et la paroisse, et de grand nombre d'Ecclésiastiques de la Cour avec lesquels marchoient les Princes, et les Princesses. Les grands et petits Officiers de la maison du Roy et une grande foule de peuple accoururent a cette cérémonie 1 .
Le S 1 Sacrement arrivé dans la chambre du Roy fut posé par M. le Cardinal sur une table magnifiquement parée et s'étant approché du lit de sa Majesté dont les rideaux etoient ouverts, il luy fit une exhortation fort touchante, à laquelle le Roy repondit les yeux élevés vers le Ciel témoignant sa foy et sa parfaite résignation a la volonté de» Dieu, il dit ensuite le Confiteor les mains jointes ; après quoy M. le Cardinal luy administra les S u Viatiques et l'Extrême*
i« On voit qu'il y a loin de cet important cortège à ce que Saint-Simon appelle « très petit accompagnement ».
JOURNAL DE LA MAtADIE
Onction quil reçm avec grande de m on sera don componction et de pieté, répétant plusieurs fois i parolles entrecoupées de sanglots et de larmes : Dieu ayez pitié de moy, j'espère en votre i corde.
Il n'y eut personne qui ne fut attendri a ce s tacle. Les pleurs et les gemissemens récent issoîent tous cotés. La Cérémonie et les prières finies, M. le Cardinal fit une seconde exhortation au Roy sur la grâce que Dieu venott de luy faire, luy donna la Bénédiction du S 1 Sacrement quil reporta a la Chapelle dans les mêmes ordres quil etoir venu. A cette nouvelle accourut une si grande affluence de peuple que non seulement les appartemens et la cour du Château, mais bien les rues et places de Versailles en etoient remplies; c'etoit une consternation generalle tant ils etoient allarmés du péril ou etoit le Roy 1 .
1. Lcl Anthoinc ne font pas mention des quelques ligne! ajoutées par le roi it l'issue de la ce râmonie, à aon 2° codicille. Saint- Simon et Dangeau sont cependant d'accord pour indiquer celte circonstance. t Les princes et plusieurs des grands officiers ont reconduit Notre Seigneur, Dis qu'il a été hors de l'appartement, madame de Maintenon, qui avait et* tout l'après-midi dans la chambre du roi, est sortie de l'appartement conduite par le duc du Ncailles, et S. M. a en même temps fait apporter sur son lit une petite table et a écrit de sa main quatre ou cinq lignes sur la quatrième page d'un codicille qu'il avait fait et dont Ls trois premières étaient remplies et il n'y eut pendant ce lempt-la dans sa chambre que M. le chancelier, la porte qui donne dan*
conseil étant demeii
t la porte en dedan
Emu luy même de cette cérémonie il souhaita demeurer seul avec le P. le Tellier, il y fut environ l'espace d'une, heure, après quoi, ayant fait appeller Les officiers de la chambre et de la garde robbe et les sucres qui se trouvèrent dans les appartemens, il leur témoigna avec une grande sérénité d'esprit la joye qu'il ressentoit d'avoir reçu les sacremens de l'Eglise avec toute la présence d'esprit qu'il avoit demandé a Dieu ; il finit son discours en disant qu'il s'etoit bien apperçu dès le commencement que les médecins et chirurgiens n'avoient connu ny son mal ny quel en etoit la cause que trop tard et lorsquil n'y avoit plus de remède mais il faut vouloir ce qui plait au Seigneur; et ainsy se résolut a la mort ce grand Roy avec un courage digne d'une ame grande et d'un véritable Chrétien.
Il manda ensuite M. le Maréchal de Villeroy auquel il dit d'un accent très gracieux : t M. le Maréchal, ay 1 toujours eu beaucoup d'amitié et d'estime et de considération pour vous et me voyant prêt a vous quitter et à mourir puisquil n'y a plus de remède a nos maux, pour vous marquer ma reconnoissance des services que vous m'aves rendus , et de ceux de M. votre père/qui ma gouverné pendant ma minorité, je vous fais aussy gouverneur de M. le Dauphin mon arrière petit fils; je vous demande en grâce de l'élever dans la crainte de Dieu de luy inspirer un amour pour ses peuples qui le porte a les
So JOURNAL DE LA MALADIE
soulager autant qu'il luy sera possible ; ayez attention sur sa conduite, faites en sorte quelle soit bien réglée, et ne l'abandonnez jamais. »
Le Roy ajouta encore plusieurs choses très obligeantes que Ton ne put entendre distinctement a cause des soupirs et des gemissemens que poussoit M. le Maréchal, qui ne put repondre a l'honneur que le Roy luy faisoit autrement que par les larmes et en se jettant a genoux pour baiser la main de sa Majesté.
Monsieur le Maréchal de Villeroy s'etant aussitôt retiré tout pénétré de douleur, le Roy manda M. Voisin et Desmarets et leur parla chacun en particulier.
Il parla ensuite d'une manière fort couchante a M. le duc d'Orléans qu'il envoya aussy chercher et luy dit : • Mon cher neveu, j'ay fait un testament ou je vous ay conservé tous les droits que vous donne votre naissance. Je vous recommande le Dauphin, servez le aussy bien et aussy fidellement que vous m'avez servy, travaillez de votre mieux à luy conserver son royaume, comme pour vous même, s'il venoit a manquer vous seriez le Maître. Je connois votre bon cœur, votre sagesse, votre courage et l'étendue de votre esprit, je suis bien persuadé du soin que vous prendrez pour la bonne éducation du Dauphin, et que vous n'obmettrez rien pour le soulagement des peuples de son royaume» Je vous recommande aussy en particulier tous les officiers de ma maison tant grands que petits, ils m'ont tous fidel-
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. 5i
lcment servis et avec affection, et je suis très content d'eux, faites leur tout le bien que vous pouréz, ne les abandonnez pas, je vous en prie, dans leurs besoins et nécessités. Sa M te finit son discours par ces parolles touchantes : Mon cher neveu, ayez souvenance de moy. Jay fait les dispositions que jay cru les plus sages, et les plus équitables pour le bien du Royaume, mais, comme on ne sçauroit tout prévoir, s'il y a quelque chose a changer ou a reformer, Ton fera ce que Ton trouvera a propos *. »
M. le duc d'Orléans, quoique fort touché, repondit au Roy : i Sire, je prie votre Majesté d'être bien persuadée de ma reconnoissance pour toutes les bontés quelle a toujours eues pour moy. Je la suplie de croire que j'executeray très ponctuellement tout ce quelle m'ordonne, il se mit ensuite a genoux, fon-
z. Il convient de rapprocher ces paroles si nobles, si loyales, si prévoyantes même des modifications que pourraient subir des volontés dernières par la force des choses et pour l'intérêt de l'État a qui reste quand le roi disparaît », ces paroles que le duc d'Orléans répétera devant le Parlement pour appuyer ses revendications, des haineuses insinuations de Saint-Simon, qui reproche à Louis XIV d'avoir trompé le duc d'Orléans o avec Jésus-Christ sur les lèvres ».
Saint-Simon, d'ailleurs, est tellement inconscient de ce qu'il dit, si irrésistiblement entraîné par son tempérament, qu'il se contredit quelques lignes plus loin et raconte que le chancelier prit à part le duc d'Orléans et lui montra le codicille. Il n'y eut donc pas chez Louis XIV l'intention de leurrer le duc d'Orléans ; ce codicille, en effet, était dans une enveloppe ouverte. Le Mémoire de Dangeau, d'ailleurs, est très explicite sur ce point.
p JOURNAL DE LA MALADIE
dant en larmes et embrassa le Roy qui luy àoafli
sa bénédiction.
A peine M. d'Orléans etoit-tl sorti, qu'arrivetent M. le Due accompagné de M. de Charolloïs son frère, MM. les Princes de Conty, le Duc du Maine cl le comte de Toulouze , ils baisèrent tous la main du Roy qui leur dit adieu et leur fit un petit discours fort pitetique, les exortant de vivre en paix et union tous ensemble, tant pour leur interest particulier que celuy de la France; ils firent là dessus de grands protestations a S. M. et se retirèrent tous en pleurs, maïs le Roy voulant parler en particulier! M. le Duc du Maine, qui etoît déjà sorti de la chambre, le fit rappeller et luy dit : t Votre sagesse, M, et la capacité que jay toujours remarqué en votre personne ont fait que j'ay jette les yeux sut
■ Dus que S. M. a eu fini de parler nui princei, les chirurgien! et les apothicaires ont préparé ce qu'il fallait pour panser la gangrène de sa jambe et pendant qu'on la pansait, M. le chancelier est sorti de la chambre et est venu parler à M. le dnc d'Orléans, qui était osais dans l'embrasure de la fendre du cabinet le plue proche de la chambre, et aussitôt ils se sont approchés l'un et l'autre de la table de travail, au bout où le roi a accoutumé de s'asseoir. Le chancelier a tiré d'une enveloppe qui n'était point Cachetée le papier que S. M, venait d'écrire et l'a donné à M. le dnc d'Orléans qui, pour le lire, s'est appuyé sur la table •ans s'asseoir, et le chancelier Bit demeuré deboul auprès de lui. Lcb lignes et l'écriture sont fort serrées. Après que le duc d'Orléans a achevé de lire, le chancelier a remis le papier dans l'en' veloppe et, après en avoir fait lire le dessus au duc d'Orléans, il
vous pour vous donner la charge de surintendant de l'éducation de M. le Dauphin, convaincu que vous vous en acquireréz parfaitement, je vous dis adieu; souvenez-vous de raoy. •
Le Roy etoit très foible et fort emu de ces tristes adieux, M. Fagon pour le soutenir, l'engagea a prendre un bouillon pour qtiil avoit beaucoup de répugnance, cependant il en reçut du soulagement, car il s'assoupit et reposa prés d'une heure.
En s' éveillant il apperçut auprès de son lie M"" 1 de Maintenon qui fondoit en larmes de le voir dans un aî déplorable état, t Quoy M" 1 * vous vous affligez de me voir en etac de bientôt mourir, nai-je pas asses vécu, ra'avcs-vous cru immortel? non, non, je scay très bien quil faut tout quitter. Il y a longtemps que j'y ay pensé, et que je my suis préparé étant bien persuadé quil y a un souverain infiniment élevé au-dessus des Roys de la Terre et que c'est a nous a nous soumettre a ses ordres suprêmes. • M°" de Maintenon qui faîsoit profession de pieté tacha de confirmer le Roy dans ses sentimens si justes et si chrétiens et se rerira dans son appartement accablée de douleurs.
Les Médecins visitèrent ensuite leur malade a qui ils trouvèrent le poulx très emu, ils pansèrent la jambe, ils y appliquèrent des remèdes corrosifs pour t rappeller la chaleur naturelle et empêcher le pros de la Cangrene qui augmentoit toujours malgré
JOURNAL DE LA MALADIE leurs soins et leurs remèdes qui a'avoieni pu faire venir la pliye à supuration.
Le reste de cette triste journée se passa dans la consternation que Ton jugeoit être aussy grande dans les provinces qu'a la Cour par le grand nombre des couriers qui arrivoiem a toute heure de coûtes les extrémités du royaume a Versailles.
Mais personne ne témoigna plus d'inquiétude que la Royne d'Angleterre. Cette vertueuse princesse faisoit sa résidence a Saint-Germain en laye ou elle mourut le 8 may 1718 depuis le commencement de l'année 1689, après y avoir perdu le Roy Jacques son époux et la princesse leur fille ; privée de la présence du prince son fils, seul reste de cette Royalle famille que les malheurs avoient contraint de s'éloigner d'elle pour errer par toute l'Europe comme d'exil en exil, elle n'avoit point d'autre azile que la protection du Roy qui depuis quil avoit donné retraitte dans sa propre maison a cette famille persécutée avoit toujours eu pour cette Royne toute la considération que son rang et mérite demandoïent. Comme elle voyoit dans la perte du Roy celle de la seulle consolation qui luy restoit au millieu de ses disgrâces, Elle témoigna dans cette occasion toute sa reconnoissance et sa vénération pour son auguste bienfaicteur, non seulement par ses prières et celles de sa maison, mais aussy en envoyant régulièrement, deux fois tous les jours quelques personnes des plus
qualifiées de sa Cour pour être informée de l'état de la santé du Roy; mais le Ciel fut sourd a ses vœux et inflexible a ses prières; la maladie augmentoit toujours et les forces du malade dimimioient.
La nuit du 26 du mois et 17 de cette cruelle maladie il ne dormit que par intervalle et ses forces diminuèrent tellement qu'on etoit obligé de luy lever la tête pour lui faire prendre quelque chose et luy porter et soutenir les menbres quand il falloit le remuer.
Cette extrémité ne luy fit point oublier ses exercices de Religion, sur les huit heures il souhaita entendre la messe, il ny manqua jamais a sa vie quelqu'afifaire qu'il put avoir, on avertit donc un aumônier du quartier qui la célébra.
Après la messe S. M té ayant pris un bouillon avec beaucoup de peine fit appeller les princes et princesses qui attendoient dans le cabinet la commodité de le voir. S'étant tous approchés du lit du Roy, il leur parla avec une présence d'esprit admirable et en des termes peu communs sur son état, et sur la conduite quils dévoient tenir après sa mort. Nous n'avons pu suivre le fil de son discours, car la foiblesse de sa voix et les pleurs et soupirs des assistants nous le déroboient.
Sur la fin cependant il éleva un peu la voix. 1 Je vous dis adieu M rs et M mcS puis qu'il faut mourir et nous quitter, ny ayant plus de remèdes. Je vous conjure de
vous ressouvenir de moy e( de vivre tous en grande union. Je vous recommande le Dauphin très particulièrement, i Ensuitcilles embrassa tous les uns après les autres et leur donna sa bénédiction ; on ne peut rien exprimer de plus triste que cette séparation, Siceïne séparât amara mort.
Un moment après Sa M 1 * demanda M . Huchon, Curé de Versailles homme d'une pieté et d'un mérite distingué. Sitôt quil le vit, il luy dit : ■ M. le Curé je vous prie de vous souvenir de moy dans vos prières et de faire prier pour le repos de mon ame, quand Dieu aura disposé de moy. i M. Husson fondant en larmes repondit : i Oui, Sire, nous prions Dieu jour et nuit pour votre heureuse Eternité M pour votre convalescence nous ne désespérons pas encore, i
Le Roy repartit d'un ton ferme et haussant si voix, i non non M r ne demandez pas mon retour mais mon heureuse Eternité! Je l'espère, O mon Dieu, et vous la demande de tout mon cœur et de toute mon âme. ■
Après cela le Roy qui conservoit encore toute la liberté de son esprit, et qui avoît toujours eu beaucoup de délicatesse en matière de religion ne voulant point qu'après sa mort il restât aucun doutte sur la sincérité de sa foy, jugea a propos de s'en expliquer publiquement, ayant donc fait appeller M" les Cardinaux de Rohan, de Polignac et de Rissy avec le Përe
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. jr
c Tellier, Il leur dit d'un air majestueux et d'un ton ses élevé, ces paroles édifiantes.
■ M™ Je suis bien aise de vous déclarer publiquemt mes sentimens devant toutes les personnes icy s. Je veux vivre et mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine que jay soutenue, autant qu'il m'a été possible pendant le cours de mon règne, vous avés pu sçavoir que dans toutes les affaires qui ont regardé la Religion et l'Eglize, je les ay protégées avec fermeté et zèle, mais dans les dernières affaires qui sont survenues depuis je nay suivy que vos avis et n'ay fait que ce que vous m'avez conseillé de faire. C'est pourquoye si j'ay pu mal faire Issc sur vos consciences, n'y en ayant point eu d'autre irt ei vous en répondrez devant Dieu; pour moy je ayeu que de très bonnes intentions. .
Ces prélats étrangement surpris du discours de Sa Lajesté, ne luy repondirent rien, soit qu'ils ne attendissent pas à un tel coup, soit quils craignissent de luy causer quelqu'emotion, ils se retirèrent en soupirant, ce qui fit faire beaucoup de reflecttons a ceux qui etoient présents.
Autant queleRoyavoîtde pénétration d'esprit pour prévoir les suites de l'affaire ou l'on l'avoit engagé, autant avoit il d'humanité et de bonté envers les siens, il en donna des marques dans ce moment, il ordonna a M. de Tresme de faire entrer tous les officiers li'U trouverai dans leur appartement. La chambre
en fut remplie en un instant, grands et petits sans dis=^^~ tinction a genoux, outrés de douleur de perdre un ^^-s bon maître.
Sa Majesté qui avoic fait tirer les rideaux de son ILj^i pour les voir, leur témoigna avec beaucoup de tendresse 6 la satisfaction quelle avoit de leurs services quelle avoi t remarqué qu'en toute occasion ils les luy avoient rend u ~^*^ avec toute l'affection et la fidélité possible, que s'il leuc=""
avoit donné quelque petit sujet de chagrin ou de mecon
lentement, il leur en demandoit pardon, il ajouta quilles avoit bien recommandés a M. le Duc d'Orléans quî ne les abandonneront pas, les exhortant de se ressouvenir de luy dans leurs prières. Puis addressant la parolle aux supérieurs, U leur recommanda de traîner leurs inférieurs avec douceur et honnêteté comme je lay fait, leur dit-il, le mieux qu'il m'a été possible, et j'espère que vous en userez de même, Je vous dis adieu, mes bons officiers, voila ce que j'avois a vous dire avant de vous quitter, ils se retirèrent et tous les appartements du château retentirent longtemps i leurs soupirs et de leurs gémissements.
Ces conversations aussy violentes qu'affligeantes ou le Roy avoit fait des efforts extraordinaires pour se posséder et parler asses haut pour se faire entendre de tout le monde l' avoit fort emu, il avoit les yeux rouges et étincelants mais le corps si abattu que les médecins étant entrés et luy ayant touché le poulx, il ny fit presque pas d'attention, ils luy trouvèrent i
vous îles
ntes
fièvre très violente et le poulx convulsif, ils visitèrent sa jambe ou la gangrène a voit fait de nouveaux progrès et jugèrent que c'ètoit la cause du dérèglement de son poulx; ils continuèrent la lotion de l'Eau de vie canfrée pour essayer de rappeller les esprits et après une demye heure de cette opération ayant demandé a Sa Majesté si elle sentoit beaucoup de douleur à la jambe, elle repondit que non et quelle ne la sentoit plus que devers le genoufl.
M. Maréchal prenant une mauvaise augure de cette réponse et en prévenant les suites dit à M.Fagon qu'il étoit nécessaire de faire venir les plus habilles Chirugiens pour conférer avec eux que ce mal étoit plus du fait de la Chirugie que de la médecine et quil ne vouloit pas luy seul prendre l'événement sur son compte et autres raisons semblables, mais devoit-on attendre que le mal fut incurable pour appeller du secours ?
M. Fagon ne se rendit pas encore sans peine. On envoya à Paris quérir M. Ledran, Arnault, Gervais, Dionis, Petit et quelqu'autres des plus fameux de la ville, ils arrivèrent sur les deux heures après midy dans les appartemens du Roy, visitèrent sa jambe en présence des chirugiens, et médecins de la cour et la trouvèrent toute noire et cangrénee. Surpris de la voir en cet état, ils s'entreregarderent en secouant la tête, on jugea par leur contenance qu'il n'y avoit plus d'espérance de guerison, ils la pansèrent pour-
ûo JOURNAL DE LA MALADIE
tant avec leurs corrosifs ordinaires et se retirèrent dait«T-3w le cabinet du Roy pour conférer ensemble. I! en arriv ~^i comme des consultations des médecins cy dessu-^t— w c'est à dire rien du tour, sinon qu'on contînueroît le -=^s mêmes remèdes et qu'on remettrait aux événements î * prendre d'autres conseils.
Le Roy paroissoit tranquille au millieu du perL 1
peut-être que ne voyant plus d'espérance, il c'etoi * abandonné luy même; onràchoit pourtant d'entretenir" ses forces par des bouillons et de la gelée, mais i. JÎ n'en prenoit plus qu'à force de l'en prier et par corn.— plaisance.
Un moment après que les chirugiens furent retirés, le Roy commanda qu'on luy ammenât M. le Dauphin; il arriva aussitôt conduit par M 1 "" de Vantadour sa gouvernante. Cette dame !e plaça dans un fauteuil au chevet du lit de Sa M 1 * qui l'ayant considéré avec application et une espèce de complaisance luy dit les larmes aux yeux ces belles parolles qu'on a depuis écrites en gros caractères dans un tableau placé au chevet du jeune Roy pour les imprimer dans sa mémoire et en graver les maximes dans son cœur 1 :
aïeul, qui avait Ht un enfant de cinq ans, Oïl quoique la peniee prs-
t demeurée la mimi
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. Ci
■ Mon cher enfant vous allez être un grand roy n'oublies jamais les grandes obligations que vous avez a Dieu, ne m'ymitéz pas surtout dans les guerres avec vos voisins, soulagez votre peuple le plus que vous pourez, jay eu le malheur par les nécessités de l'état de ne le pouvoir faire, suivez toujours le conseil des personnes éclairées sages et désintéressées, songez que c'est a Dieu que vous devez tout ce que vous êtes, et n'oubliez jamais les obligations que vous avez a M n,e de Vantadour pour tous les soins qu'elle a pris de vous élever, et quelle veut bien continuer encore. <
gnifiques conseils près du lit de cet élève qui devait être le Louis XV de la Dubarry.
ii Vous allez dtre bien lot roi d'un grand royaume. Ce que je voui recommande le plus fortement est de n'oublier jamais les obliga-
ce que vous êtes. Tâcbei de conserver la paii avec vos voisin!. J'ai trop aimé lagucrre, ne m'Imitez pas en «la, non plus que dans les trop grandes dépenses que j'ai faite». Prenez conseil en toute chose et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulage/ vos peuples le plus tôt que vous pourrez et faites ce que
Le texte de Saint-Simon est celui-ci ;
* Mou enfant, vous allez être on grand roi ; ne m'fmitel pas dan* le goût que j'ai eu pour les bâti menu, ni dans celui que j'ai eu pour la gac:re; tâchez au contraire d'.ivuir la paix avec vos
obligations que vons lui avez; faites-le honorer par vos sujets. Suiiei toujours les bonsconseils, tachez de soulagervos peuples -,ce
Et addressant la parolle a cette dame il luy dit : • je ne puis M me , vous en marquer assez moi-même ma reconnoissance. •
Sa M té s'attendrit beaucoup en tenant ce discours, faisant pourtant un nouvel effort sur elle même elle dit : t Madame, approchez moi ce cher enfant que je l'embrasse pour la d re fois puisqu'il plaît a Dieu de me priver de la consolation de l'élever jusqua un âge plus avancé. • Alors le Roy élevant les yeux au ciel et les mains jointes luy donna sa bénédiction en disant : t Seigneur, je vous l'offre cet enfant, faites lui la. grâce qu'il vous serve et honore en Roy très
être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut, pour cela, que vous évitiez, autant que vous le pourrez, de faire la guerre : c'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela; j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et je l'ai soutenue par vanité. Ne m'imitez pas, mais soyez un prince pacifique, et que votre principale occupation soit de soulager vos sujets. Profitez de la bonne éducation que M™ de Ventadour voua donne, obéissez-lui et suivez, aussi, pour bien servir Dieu, les conseils du P. Le Tel lier, que je vous donne poor confesseur. »
On remarquera que les Anthoine qui sont jansénistes, pas plus que Saint-Simon qui déteste personnellement Le Tel lier, ne font mention de la phrase où il est question du P. Le Tellier et que Dangeauseul reproduit. Dans ses commentaires sur le journal de Dangeau, Voltaire s'égaye à ce sujet et se moque de Dangeau, en prétendant qu'on ne donne pas un confesseur à un enfant de cinq ans- Voltaire n'aurait eu cependant qu'à parcourir le a e codicille : il y aurait vu que le P. Le Tellier est désigné comme confesseur en même temps que Fleury pour précepteur*
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. 6j
Chrétien et vous fasse adorer et respecter par tous les ïuples de son royaume. >
A ces parolles M°" de Ventadour voyant le Roy si I attendri quil versoir des larmes en abondance relira F M. le Dauphin d'entre les bras de sa Majesté et le reconduisit en pleurant dans son appartement.
Pendant cette touchante scène M" de la faculté qui dotent en conférence résolurent de faire a la jambe du Roy des scarifications avec la lancette pour donner plus de prise aux corrosifs qu'ils y appliquoient mais on ne peut dire pour quelle raison ils n remirent l'opération.
Quelques moments après M"" de Main tenon entra
Iaccompagnéc de M. le Duc de Noaitles. Elle fit retirer tout le monde et s'étant approchée du lit du Roy file luy lut une lettre quelle venott de recevoir de H. le cardinal de Noailles Archevêque de Paris dans laquelle ce Prélat lui exposoit avec les termes les plus pathétiques et les plus tendres, le chagrin qu'il ressentoit de la maladie de Sa M" et d'être privé de la liberté de venir témoigner luy même a son illustre bienfaiteur dans ses derniers moments les sentimens respectueux d'un cœur le plus attaché et le plus re~ connoîssant.
Cette lettre étoit si touchante que le Roy ne put retenir ses larmes et l'on vit que les sentimens d'estime et de considération qu'il avoit toujours eu pour M. le Cardinal croient profondement gravés dans son cœur
malgré la disgrâce qui l'eloignoit de la Cour ce donc il ne nous appartient pas de pénétrer les raisons, car !e Roy touché de la lecture de la lettre quil venoit d'entendre, envoya quérir M. le Chancelier Voisin et luy dit : iM, écrivez de ma part a M. l'Archevêque de Paris, marquez luy l'estime que jay toujours fait de son mérite et de sa pieté, faites luy eonnoitre dans l'état ou je suis et assurez le que mon plus grand plaisir seroit de mourir entre ses bras. ■
M. le Chancellier fit aussitôt la lettre conformément a ce que le Roy venoit de luy dire; Sa M" la signa avec beaucoup de foiblesse et l'envoya a Paris a M. le Cardinal qui la reçut avec beaucoup de joye, la lut avec attention et la baigna de ses larmes, en voyant les sentimens religieux du Roy et sa résignation a la mort, c'etoit en effet une grande consolation pour ce vertueux Prélat; mais ayant lu une apostille qui etoit a coté de la signature : Je vous attends a condition que vous vous rejoindrez aux autres Evëques vos confrères, cette condition ne put être acceptée par son Eminence et la priva de l'honneur de voir le Roy et Sj. Majesté de la consolation de mourir entre les bras de son Pasteur; car quoique M, le Cardinal eut lieu de douter si cène apostille a voie été mise par l'ordre du Roy ou si ses ennemis avoient eu le crédit de la faire ajouter après coup, il ne jugea pas a propos de s'exposer de venir en cour, mais il se contenta de redoubler ses prières et d'en ordonner dans routes
les Egliies de son diocèse pour demander à. Dieu le ^rétablissement de la Santé du Roy et les grâces dont il avoit besoin dans l'extrémité ou il se trouvoit ; ce ■qui fut exécuté avec beaucoup de zèle, et M. le Cardinal passa plusieurs heures devant le S. Sacrement pour demander a Dieu la guérison du Roy ou la grâce d'une bonne mort.
Le reste de ce jour se passa dans de grandes inquiétudes et la nuit suivante qui etoit celle du 27 du mois et le 18 de la maladie, Sa M 1 * ressentit des douleurs inconcevables par tout le corps excepté a la jambe ou elle navoit point de sentiment. On ne laissoic pas de la panser a l'ordinaire et sur les 10 heures du matin les Chirurgiens exécutèrent ce qu'ils avoient résolu le jour précèdent, des scarifications, Monsieur Maréchal fit cette opération en la présence des autres chirurgiens et des médecins de la cour, mais quoiquil fit de profondes incisions dans les chairs mortifiées du bas de la jambe, Sa M" n'en ressentît aucune douleur ce qui leur fit prendre la resolution de faire une seconde opération pour découvrir le fond du mal.
Le Roy parut aussi insensible a cette seconde opération qu'à la première et cependant M. Maréchal ayant continué de pénétrer jusqu'au vif, le Roy s'écria : ah ! Maréchal vous me faites grand mal. Cela donnoit quelqu' espérance que la piaye pouroit venir suppuration, il la pansa avec ses corrosifs ordi-
naires et l'enveloppa de linges trempés dans de 1'] de vie canfrée.
Le Roy etoît dans un état très affligeant, cependant *d ne perdoit rien de sa constance et souflïoii set maux d'une manière très édifiante et les offroit sans cesse a Dieu pour ses péchés dont il esperoit, disoit il, la rémission de la grande Miseri corde de Dieu.
Ces diverses opérations occupèrent tout 1 jusqua 4 heures après midy que M™ de Mi arriva pour voir en quel état etoit le Roy. Elle trouva si ahbattu qu'a peine pouvoit il parler, U ordonna cependant aux huissiers de la chambre de faire sortir tout le monde, il ny demeura que cette dame assise au chevet de sa M'*, M. Voisin ebancellier de France, M. Blouin, premier vallet de chambre et gouverneur de Versailles en qui le Roy avoit beaucoup de confiance. Sa M ,à luy ordonna d'apporter toutes les cassettes de son petit cabinet, ce qui fut exécuté a l'instant par les garçons de la chambre qui les placèrent près du lit du Roy et se retirèrent, il ne resta que M™ de Maintenon avec M. le Chancellier qui ouvrirent les cassettes. On ne sçait point ce qui se passa dans cette occasion, si ce n'est que les officiers de la chambre étant rentrés lorsque M'"" de Maintenon et M. le chancellier sortirent, ils s' ap perçurent qu'on avoit brûlé beaucoup de papier.
Les médecins et chirurgiens attendoient aussy la
pen-
iseri-
lie le
«zie cette conférence pour visiter la jambe du Roy, ils la
trouvèrent extraordinairement enflée et encore plus «zangrenée qu'auparavant; confus du mauvais succès «le leur opération ils ne purent cacher leur embarras si bien, que le Roy ne s'en uppercut, il n'en parut point «branlé ec s'exposa sans répugnance a une j"" que M. Maréchal fit en 3 endroits différents des premiers sans que S. M 1 * en ressentit aucune douleur, ce qui leur fit juger que la cangrene ayant encore augmenté considérablement, il n'etoit pas possible que le malade put aller encore loin, ce qui jetta toute îa Cour dans une désolation et fit perdre cœur aux officiers de !a chambre, qui jusque la avotent soutenu avec courage les fatigues de cette longue maladie tant que l'espérance de la guerison les avoit flattés. Leur desordre augmenta la nuit du Mercredy 28 août et jq de la maladie du Roy, il la passa encore dans une disposition encore plus mauvaise que les précédentes, dans des agitations terribles sans vouloir prendre aucune nourriture qu'à force d'instances que luy faisoient ses officiers.
Cependant on entendoit ce pauvre prince prier sans cesse le Seigneur de luy donner la force de souffrir ses maux pour l'amour de luy. Le P. le Tellicr, l'exhortant de se soumettre a la volonté de Dieu dans cette extrémité s'avisa, entreautres de luy demander s'il n'avoit de regret de quitter son royaume et toutes les grandeurs du monde, à quoi Sa M" répondit d'un ton ferme : « non, mon Père, je les ay oubliées et
je suis bien persuadé que ta grandeur de Dieu Animent élevée au dessus des Roys de la terre.
Le reste de la journée, le Roy fut fort mal, il doit connaissance de temps en temps et quelquefc parolle, ce qui fit juger quil approchent de sa fin.
Le 29 Août et 20""' de la maladie du Roy ses crû rugiens et médecins vinrent de grand matin le visiter, ils le trouvèrent dans une foiblesse extrême avec tous lés simptômes d'une mort prochaiue, ils lui donnèrent quelques cordiaux pour luy prolonger la vie de quelques moments, Rayant plus d'autre espérance; le Roy ■ se possédoit pourtant encore et prioit à tous moments Dieu de luy faire miséricorde.
Dans cet état un médecin venu de Marseille s'addressa à M. le duc d'Orléans disant qu'il avoit un remède spécifique pour toutes sortes de cangrene extérieures et intérieures et pour purilier le sang. Sur cet avis le duc d'Orléans qui voyoit le Roy presque désespéré, comme abandonné de ses médecins, amena le Marseillois à la Cour où il entra en conférence avec les médecins de Sa M* en présence de plusieurs princes du sang, leur exposa les qualités de son remède et assura avoir guery plusieurs personnes de la maladie semblable a celle du Roy.
M. Fagon mal prévenu contre les empiriques ' s'op-
t dirj i abandoiiué par tes midecim
aceluy-cy et les autres médecins de la Cour, suivant l'avis de leur chef dirent qu'ils ne consentiroient point qu'on donnât au Roy un remède dont ils ne confioûsoient n'y la natuçe n'y les effets. Les contestations intriguèrent les Princes mais faisant reflextion que le Hoy étoit abandonné de ses médecins et que ce Afarseillois donnoit encore quelqu'esperance, ils use- J*at de leur authorité pour faire donner au Roy ce r emede indépendamment de l'opposition de M. Fagon *t de ses confrères*
Au même moment M. le Duc d'Orléans pour signaller son zèle pour la conservation du Roy conduisit le médecin de Marseille au lit du Roy, il lui tara le poulx quil trouva comme celui d'une personne Hiourante, il dit cependant quil n'y avoit rien encore % désespérer, que vu l'état de sa M té il n'osoit pas assurer qu'il le gueriroit absolument, mais que son remède pouvoit encore faire son effet, que si on
charlatan de Troyes, nommé Le Fèvre, se présenta; il vantait extraordinairement, nous dit l'auteur d'une Vie de Richelieu publiée à Cologne, « je ne scai quelle eau et je ne scai quelles pilules qu'il avait; le Cardinal voulut tenter si cet homme n'en sçaurait pas plus que les autres. Il prit le même jour avant dtner de son eau et de ses pilules dont il parut un peu soulagé; néanmoins il continuait à dire adieu & ceux qui étaient autour de lui avec une voix ferme et un visage serein, sans qu'il parut aucun trouble en ton esprit. » La mort de Louis XIV et celle de Richelien se ressemblent du reste par leur grandeur simple et leur souveraine sérénité.
avait donné son elixir au Roy des le commencement il l'auroit infailliblement guery, mais qu'il avouait qu'il etoit un peu tard. On luy ordonna de le faire prendre a sa M'* s'il pouvoit encore lui être util, il en versa quatre gouttes dans un petit verre de vin de Bourgogne et le présenta au Roy luy disant: Sire, c'est un très bon remède du médecin de Marseille qui fera du bien» votre Majesté. A ces paroles le Roy se réveilla comme en sursaut t et prit le Remède sans peine, Le médecin deffenilit de donner a buirc au malade qu'après deux heures passées, ce temps expiré, il luy en donna «ne seconde prise et peu après le Roy se trouva plus tranquiSe, la viie plus claire et la parolie plus libre et plus ferme; S. M" dit même a M. le Duc d'Orléans qui étoii auprès de son lit avec les autres princes, quelle se trouvott mieux qu'a l'ordinaire ce qui leur donnoit beaucoup de joye. Un changement si subit et si peu espéré donna une grande idée de la capacité du médecin de Marseille qui ajouta a son elixir des bouillons composés qu'il fit prendre d'heure en heure au Roy et qui lui donnèrent de la force et même de l'appétit pour prendre d'autres alimens, au grand étonnement des médecins, bien confus de voir un effet si prompt d'un remède qu'ils avoient rejette. Sur le soir le Roy prit encore une dose du même elixir et d heure en heure des bouillons composés pendant toute la nuit.
M. Maréchal visita aussy plusieurs fois la jaml
Roy et la fit voir au médecin de Marseille, qui fut bien surpris de la voir entièrement cangrenée et mortifiée jusqu'au genouïl ce qui fit juger que quelcju'excellent remède que ce fut, il ne pouvoit pas guérir un si grand mal; l'effet néanmoins qu'il avoit produit donnoit quelqu'espérances et comme on passe aisément d'une extrémité a l'autre, le bruit se repandit dans Paris que S. M** étoit hors de danger.
Cette joie fut courte, la nuit du 30 e de ce mois ec ai de la maladie fut très mauvaise, la 2 e dose cTelixir que S. M te avoit prise ne fit pas un si bon effet que la première, elle ne fit que re veiller un peu l'esprit et soutenir la nature qui deffailloit, et le mal se trouva plus fort que le remède qui avoit été donné trop tard.
Pendant toute la nuit le Roy poussa des soupirs fréquents qui firent perdre l'espérance de la vie, il ne perdit point la parolle ni la connoissance comme il avoit fait les jours precedens, ce que l'on attribua a la vertu de l'elixir du Marseillois. Comme les médecins de la cour n'avoient pas approuvé ce remède, ils prirent de la occasion de le traitter d'ignorant et de charlatan, et dirent que la témérité qu'il avoit eu de donner au roy un remède inconnu meritoit d'être punie, ce qui luy fit si grande peur qu'il se retira disant qu'il auroit pu guérir Sa M lé si on l' avoit appelle plutôt mais qu'il étoit venu trop tard pour le bien du
Royaume, et i! ne parut plus à la cour. Cet horaz -* s'appeloit Brun.
Sur les z heures après midy M"* de Maintenon ss^riva de Saint-Cyr pour voir le Roy, ce fut mutilem au car elle le trouva sans parolle, sans sentiment, 1— J yeux ouverts et fixes et sans aucun mouvement, ce a^m i l'obligea de retourner dans sa retraite comme elle «o etoit venue pour y passer le reste de sa vie à prier pour le repos de l'âme du Prince qui a fait un établissement si util à l'éducation de ces pauvres demoiselles du Royaume.
A la nouvelle de l'extrémité du Roy, il est incroyable quel fut le concours du peuple à Versailles, chacun en raisonnoit selon ses idées, les uns condamnoient le régime qu'on avoit fait observer au Roy en luy faisant boire de l'eau après ses sueurs, les autres se déchalnoîent contre l'ignorance des médecins qui navoient pu connoître sa maladie du Roy; ceux cy vouloient qu'on eut fait l'amputation de sa jambe avant que la grangrène eût gagné les parties saines, d'autres faisoîent l'éloge du médecin de Marseille déplorant le malheur du Roy qui navoit pas eu de si habilles gens de sa personne ou que celuy cy n'y eut pas été a|
ppellé e etla
plus tôt.
Cependant le pauvre prince flottoit entre la vie mort, on l'entendoit de temps en temps prier d'une voix foible et tremblante. Le P. Le Tellier qui ne le quiitoît point l'exhortoit à la patience et à l'espérance de la
ET DE LA i
séricorde de Dieu. Le Prince moribond témoigna touj ours beaucoup de résignation à la volonté du Seigneur tant quil eut la force 'de s'énoncer car la voix et la parolle luy manqoiuent a cous moments et l'on attendoit plus que le moment de sa mort que l'on envisageoit comme très prochaine.
Le 31 et dernier août qui etoit le 22 de la maladie du Roy, il sembla être un peu mieux, sur le matin il parut fort tranquile, tranquilité' pourtant qui ne venoîc que d'un abbatement universel et non d'un changement réel car pendant toute ia nuit il avoit perdu toute connoissance et tout usage de ses sens.
En cet état de tranquilité apparente M. Maréchal "visita la jambe de Sa M 1 ' en présence des médecins et de plusieurs personnes de distinction, il la trouva toute
» noire jusqu'au haut de la cuisse et sansaucun sentiment. La nouvelle de cette prétendue tranquilité du Roy ayant été portée à S' Cyr, M"" de Maintcnon vint a la hâte pour avoir la consolation de voir le Roy et dans l'espérance de luy parler encore une fois mais l'ayant trouvé dans cet état funeste, sans parolle, sans connoissance, sans mouvement elle s'en retourna aussitôt très affligée.
Le Roy demeura en cet état jusqua midy qu'il tomba dans une espèce d'assoupissement l'ethargique qu'on prit d'abord pour un acheminement a l'Agonie, alors M. le cardinal de Rohan, M. le curé de Verle Tellierei autres ecclésiastiques appro-
cherentdu lit du Roy pour Faire la prière des agoni aura.
Comme on dit aussy quelques parolles de consolation et d'exhortation, on reconnut que le Roy apportoit attention, il donna même de temps en temps des signes qui firent connokre qu'il entendoit mais qui/ ne pouvoit pas s'exprimer autrement.
On luy fit aussy prendre de temps en temps quelques gouttes de gelée et autres choses qu'on luy 4 noit avec une tasse à bec pour rafraîchir et humecter sa bouche et sa langue, comme aussy quelques cordiaux pour le fortifier. Ainsy se passa le triste jour que l'on croyoit être le dernier de la vie de Louis 14.
Il passa cependant encore toute la nuit du 1" f" 2j" et d" jour de sa maladie, de sa vie et de son règne il la passa cette nuit fatalle en poussant de longs et profonds soupirs, qui faisoient connoitre quil souffroit beaucoup. Sur les 5 heures du matin, il perdit absolument toute apparence de vie, excepté h respiration, son visage pâle et tourné 3 la mort, SK yeux se fermèrent et il ne donna plus aucune marque de sentiment.
En cet état le S. Maréchal débanda la jambe du Prince mourant en présence de toute la Médecine « de plusieurs autres personnes distinguées entre lesquels etoit M. le Maréchal deVUleroy qui avoit toujours resté le plus attaché a la personne du Roy et des plus assidus pendant le cours de sa maladie. Lj
latûbe et la cuisse de sa M' e furent trouvés entièrement cangrenées et on jugeoit bien que ce mal ftïoit gagné les parties intérieures et quil alloit bientôt achever d'enlever le sujet auquel il etoit attaché ; en effet deux heures après, la nature faisant un dernier effort, le Roy tomba dans l'agonie qui dura encore deux autres heures et finit a 8 heures et demy quart du matin par quelques petits soupirs et deux hoquets sans aucune agitation ny convulsion.
Ainsi mourut Louis XIV le i" jour de Septembre 1715 âgé de 77 ans moins quatre jours après avoir régné 7a ans 3 mois et 18 jours. Aînsy passa la gloire du monde sic transit gloria mundi.
Depuis le 26 Août jusqu'au jour de îa mort du Roy on fit des prières publiques pour luy dans tout le diocèse de Paris, et le S 1 Sacrement fut exposé a la chapelle du château et a la paroisse de Versailles et a celle de S' Germain, lieu de la naissance de ce prince,
Aussitôt qu'il fut expiré, Monsieur Maréchal aidé des garçons de la Chambre tira le corps du lit pour le changer de linge et le mettre sur son séant dans le même lit afin qu'il put être vu à découvert de tout le monde tout ce jour, et comme il etoii demeuré la bouche et les yeux ouverts, Tartilliere et îa Garnie le fils, garçons de la chambre, rendirent a leur maître les derniers services en les luy fermant. Son visage était jeaunatre et décharné mais peu changé et les
i fiaet e
aussy
beaux
JOURNAL DE LA MALA Le corps ainsy posé sur son lit, on ouvrit coûtes les portes des appartenons et aussitôt les Princes et Seigneurs de la cour, les officiers grands et petits qui sy trouvèrent vinrent rendre les derniers devoirs au corps du deffunt Roy et furent suivis d'un grand nombre de peuple qui pouvoit a peine croire a leurs yeux lorsquils consideroient sans senttmenr et sins vie un prince quils avoient vu un peu auparavant plein de gloire et de majesté.
M. le Duc d'Orléans étant arrivé après avoir rendu les derniers devoirs au corps du Roy défunt, entra dans l'appartement ou l'on annonça a haute vnisil mort du Roy Louis 14, Et en même temps on proclama Louis 15 Dauphin fils de Louis Dauphin de France et de Marie-Adélaïde de Savoye et arrière petit fils du Roy âgé de 5 ans 6 mois et 16 jours, étant né le 15 fev. 1710.
Sur le midy on vit arriver a Versailles M. le ordinal de Noailles qui n'ayant pas eu la liberté de rendre ses devoirs au Roy vivant, vint s'en acquiter aussitôt qu'il eut appris la nouvelle de sa mort, el rendit ensuite ses hommages au nouveau Roy auquel il fut présente? par M. le Duc d'Orléans.
Le lendemain second 7bre le corps du feu Roy fut porté par les officiers de la chambre et de '> garde robbe a qui cet honneur appartient, dans l'Antichambre et posé sur une table pour en faire l'ouverture en présence de M. le Duc d'EUebœuf etk
*£** de Montesquiou nommé à cet effet par M. le *^ ne d'Orléans, M r le duc deTresme premier Gentilhomme de la chambre et de Maillebois l'un des M** 4e la garde robbe. Toute la faculté s'y trouva 9. la suite de M. Jagon 1" médecin qui fît un discours sur le sujet de rassemblée et en même temps Al. Maréchal comme premier chirugien fît l'ouverture du corps qui fut trouvé en l'état quil est marqué dans le procés-verbal que nous avons mis icy pour la facilité des lecteurs.
Proccs-Verbal de l'ouverture du Corps de Louis XIV.
Le 22 7 bre 1715 4 , le corps du Roy Louis 14 surnommé le Grand pour ses rares vertus a été ouvert par M. Maréchal I er chirurgien du Roy en présence des Médecins et Chtrugiens du Roy et autres personnes nommées par M. le Duc d'Orléans pour y être présents; on a trouvé l'extérieur du coté gauche gangrené depuis l'extrémité du pied jusquau haut de la tête, l'epiderme se levant de tous cotés, moins le droit que le gauche, le ventre extrêmement tendu, très bouffy, les intestins bien altérés
x. Cette date du 22 pour le 2 est évidemment une erreur du copiste.
avec inflammation surtout ceux du côté gauche; le gros intestin d'une dilatation extraordinaire. Les reins étant assez ordinaires et naturels, mais dans le gauche s'etoit trouvé une petite pierre comme le Roy en avoit jette plusieurs fois sans douleur étant en santé. Le foye, la rate, et l'estomac etoient dans l'état naturel, tant dans les extrémités que l'intérieur, les poumons, ainsy que la poitrine dans l'état naturel, le cceur très beau, d'une grosseur ordinaire; l'extrémité des vaisseaux devenue oiseuse; tous les muscles de la gorge tous gangrenés a l'ouverture de la tite; la duremère s'est trouvée adhérente au crasne et la pimere était tachée de 3 taches noires, le long de la faux, le cerveau très bien dans son ctat naturel tant au dedans qu'au dehors, on s'est apperçu que l'intérieur de la cuisse gauche ou le mal du Roy a commencé etoit tout cangrené dans toutes les parties, tout le sang, dans tous les vaisseaux a parut d'une dissolution totalle et en très petitte quantité.
Fait a Versailles, ce 2 j br * 1715 et tous ont
Après l'ouverture, le corps fut embaumé et mis dans un cercueil de plomb par M. le Duc dcTresrae, qui porta le suaire du cote de la tête, et M. le M" de Maille bois du coté des pieds, ces M" furent aidés par les officiers de la chambre en cette lugubre fi
Le cercueil fut aussitôt soudé tout autour et renfermé dans un autre de bois de chêne très épais fermé de tous cotés de bandes de fer sur lequel fut attaché une lame de enivre sur laquelle etoient gravés ces mots :
Ces: le corps de tres haut et très puissant prince Louis 14 surnommé du nom de grand, de la famille et maison de Bourbon, Roy de France et de Navarre decedé a Versailles le premier 7 1 "* 1715 âgé de 77 ans moins 5 jours étant né à S' Germain en Laye le 5 y b " 1638. 11 a régné 73 ans 3 mois et 18 jours.
Requieicat in puce.
Afin quil ne manque rien a ce journal, nous avons jugé a propos d'ajouter icy la relation de ce qui s'est passé de plus considérable jusqu'aux obsèques de ce grand prince; nous suivrons les mémoires les plus fidèles dont quelques particuliers nous ont aidé sur les faits dont ils ont été témoins oculaires, quand nous rapporterons quelque chose qui ne sest pas passé devant nos yeux.
Le cercueil fermé comme nous avons dit Fut porté par les officiers de la chambre et de la garde robbe dans le grand appartement ou le Roy donnoit les grandes audiences, il etoit magnifiquement paré des plus beaux meubles de la couronne, on le posa sur un grand lit de parade tiré du garde meuble et on
8o JOURNAL DE LA MALADIE
le couvrit d'un poêle de drap d'or très riche ; des deux cotés on avoit dressé deux autels sur lesquels un gfand nombre de Prêtres et plus de 100 Religieux de tous les ordres celebroient tour à tour la S le Messe pendant la matinée et psalmodioîent le reste du temps jour et nuit sans interruprion jusquau p. y b " que le corps fut porté à S'-Denis et pendant tout ce temps il fut gardé par les R. R. P. P. Feuillants qui sont en possession de garder corps des Roys jusquau jour de leurs obsèques par préférence aux autres.
Le même jour 2 j h,c son Altesse Royalle M. le due d'Orléans accompagné de M. le Duc de Bourbon, le comte de Charollois son frère, le Prince de Conty, le duc du Maine, le Prince de Dombes son fils, le comte de Toulouze et de grand nombre de Seigneurs Ducs et Pairs et Maréchaux de France alla au Parlement,
Il descendit a la chapelle du Palais pour y entendre la Messe, il fut reçu et complimente a la porte par M. l'abbé de Champigny, Trésorier revêtu de ses habits pontificaux a la tête de son chapitre et en même temps par deux présidents à mortier et 2 conseillers depuis du Parlement pour le recevoir.
Après la Messe ces M" conduisirent S. A, R. a la grande chambre ou le Parlement etoit assemblé avec plusieurs princes, ducs, et pairs de France; chacun ayant pris place selon son rang et sa
ire
api
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. Bi
gnitê, S. A. R. salua la Compagnie avec un air de Majesté et prononça avec beaucoup d'éloquence le discours suivant.
t Messieurs, après tous les malheurs qui ontaccablê la France et la perte que nous avons faitte d'un si grand Roy, notre unique espérance est en celuy que Dieu nous a donné. C'est a luy que nous devons a présent nos hommages et nos fidelles obéissances; c'est moy comme le premierde ses sujets qui doit l'exemple de cette fidélité inviolable pour sa Royalle personne et d'un attachement encore plus particulier que les auterets de son Etat. Ces senti mens connus u feu Roy m'ont attiré s.ins doit t te le discours plein bonté qu'il m'a tenu dans les derniers tnstans de vie et dont je crois vous devoir rendre compte, irès avoir reçu le S' Viatique il m'appella et me dit : Won cher neveu, jay fait un testament ou je vous ay conservé tous les droicts que vous donne votre naissance, je vous recommande le Dauphin, servez te aussy fidellement que vous m'avez servi, ec travaillez a luy conserver son Royaume, s'il vient a manquer vous serez le maître. A ces parolles si obligeantes il en ajouta d'autres qui me sont trop avantageuses pour pouvoir les repeter, il finit en disant ; jay fait toutes les dispositions que jay cru les plus sages, mais comme on ne peut pas tout prévoir, s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien on le chanmt, M" les propres termes dont il s'est
expliqué, je suis donc bien persuadé que suivant les Règles du Royaume et les Exemples de ce qui s'est fait en pareilles occasions et conjonctures et la destination même du feu Roy, la Régence du Royaume m'appartient de droit : mais ce ne sera pas sans vos sages remontrances, je vous le demande par avance, en protestant devant cette Auguste assemblée que je nay d'autre dessein que de soulager les peuples, de rétablir le bon ordre dans les finances, de retrancher les dépenses inutilles et superflues, d'entretenir h paix au dedans et au dehors du Royaume, de rétablir surtout la tranquilité et l'union dans l'Eglize et de travailler de mon mieux et avec toute l'applicacion qu'il me sera possible a tout ce qui sera nécessaire pour rendre un Etat heureux. C'est ce que je demande donc a présent M" et que les gens du Roy donnent leurs conclusions sur les propositions que je viens de faire, et qu'on délibère avant que le testament du Roy soit ouvert sur les titres que jay pour parvenir a la Régence, c'est à dire sur ceux que je tiens de ma naissance et des loix du Royaume. »
S. A. R. ayant cessé de parler, M. Joly de Fleury avocat gênerai dît que l' au thon té et le titre de Régent du Royaume appartenoit de plein droit 1 M. le duc d'Orléans pour sa naissance, mais cependant que la cour du Parlement étant dépositaire du du feu Roy, U requérait que ce testament fut |
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. oj
Vduii ci lu avilit que de faire droit sur la demande fde S. A. R.
Après plusieurs altercations la séance fut remise i après midy dans laquelle !a Régence fut décernée a ' S. A. R. nonobstant les remontrances des gens du Roy avant que de faire lecture de son testament 1 .
i, Saint-Simon raconte d'une façon toute différente colle pree partie de la séance du Parlement. 11 ne voit d'abord que lani cette journée où allaient se décider Ici plttt grave» affaires de l'État, il se met en «cène avant tous el se raconte comment soulevant Icv ridicule question du bonnet de manière
. Il ii
politique, si souple dans lequel le duc d'Orléans arguait avec une incontestable adresse des dernières paroles que lui avait adressées Louis XIV. Enfin il prétend formellement que le testament du roi
« Un silence fort court, écrit-il, suivit ma proie ttali on, aprJs quoi [e vis le premier président dire quelques mots assez bai, à M. le duc d'Orléans, puis faire lont haut lu dèputation du Parlement pour aller chercher le tesiarntnt du roi et son codicille qui avait «le mis au même lien. Le silence continua pendant celte grande et courle attente; chacun se regardait sans remuer... La députalion ne fui pas longue a revenir. Elle remit le testament el le codicille entre les mains du premier président qui le présenta, saut s'en dessaisir, aM. le duc d'Orléans, puis le lit passer de main en main par les présidents a mortier, a Dreux, conseiller du Parlement, père du grand-maître des cérémonies, disant qu'il lisait bien et d'une ïoÎi forle, qui serait bien entendue de tous, de où il était sur les siégea hauts, derrière les présidents, pris de la lanterne de In buvette. On peut iuger avec quel silence il fui «coûté et combien les yeux et les oreilles le Jiessèrcut vert
En réalité Saint-Simon, quelque iimaiiieiiiblatile que soit la
B t JOURNAL DE LA MALADIE
Cène importante affaire étant réglée M. De Mesmes premier président, M. d'Aguesseau Procureur Gênerai, et M. d'Auguoîs greffier en chef du parlement, dépositaire des clefs de l'armoire ou etoit enfermé le testament furent ensemble le quérir, ils
parall avoir rien compris 1 des événement* auiquels le de li pré». Le duc d'Orléans au contraire semble ne l'habileté d'un de nos strategiste» parleiphsnt parfois, quand tout est perdu, cl dépli-
la question. De monarque gloric
ter vit ti que soie
ander au Parlement t qui venait à peine
r le testament d
:« susceptibilités, la ■ avant toute discussion p e régence que lu
é, quelque
d'Orléane préalable, d'é
du royaume.
Ce point acquis, tout allait de soi ; une foi* régent, c'est-à-dite investi de l'autorité, suprême, il était tout simple qu'il fit rejeller, une à une, les dispositions qui lui semblaient de nature à le gêner pour exercer celte autorite d'une manière utile i l'État.
En tout ceci Saint-Simon n'aperçut que du feu. Le seul intelligent en celte circonstance fut le duc d'Orléans. Il eut cette lucidité tranquille particulière aux paresseux; il eut aussi cette force des corrompus qui ne croyant à rien osent proposer à tou« de k vendre et sont presque toujours pris nu mot. Villeroy qui ne bougea pas de Versailles lui était acquis; le duc de Guic.be, colonel général des gardes françaises, était acheté six cent mille livra et, n'étant pas encore payé, était tùr. Le duc d'Orléans, quelque dsclaré athée qu'il fut, dut, ce matin-là, adresser à Dieu la prière bien connue el lui dire : Mon Dieu, prêter vei-moi de met amis, quant à mes ennemi» je m'en charge. On voit par la malencone algarade de Saint-Simon que ce pariisan du régent fut le
journée le rûle. de u
i: Muant li
rapportèrent et il fut lu a haute voix, ensuite M. le Duc régent présenta les deux codicilles dont S. A. R. etoit dépositaire, le tout fut lu comme il sensuit.
Testament du feu Roy.
Louis etc. Cecy est notre dernière disposition et ordonnance de dernière volonté pour la tutelle du «iauphin notre arrière petit fils et pour le conseil de Régence que nous vouions établir après notre deceds pendant la minorité du Roy.
Comme par la miséricorde infinie de Dieu, la Guerre qui a pendant plusieurs années agité notre Royaume avec des evenemens différents qui ont causé de justes inquiétudes est heureusement terminée nous n'avons présentement rien de plus a cœur que de procurer a nos peuples le soulagement que tant de guerres ne nous ont pas permis de leur donner, et de les mettre en état de jouir longtemps des fruits de la paix et d'éloigner ce qui pouroit troubler leur tranquilité, nous croyons dans cette viie devoir étendre nos soins paternels a prévoir et prévenir autant quil dépend de nous les maux dont notre Royaume pouroit être troublé, si par les ordres Àe la divine providence notre deceds arrivoit avant que le dauphin notre arrière petit fils eût atteint la i4 rae année de son âge, qui est celuy de sa majorité. C'est ce qui nous engage
a pourvoir a sa tuielle ei a l'éducation de sa personne et a former pendant sa minorité un conseil de Régence capable par la prudence, la probité et h grande expérience de ceux que nous choisissons pour le composer, de conserver le bon ordre dans le gouvernement de l'Etat, et maintenir nos sujets dans l'obéissance quils doivent au Roy mineur.
Le conseil de Régence sera composé du Duc d'Orléans, chef du conseil, du Duc de Bourbon quand il aura 24, ans accomplis, du duc du Maine, du comte de Toulouze, du chancelier de France, du chef du conseil des finances, du Maréchal de Villeroy, des Maréchaux de Villars, d'Uxelle, de Talars et d'Harcourt, des 4 Secrétaires d'Etat et des concrolleurs des finances, Nous les avons choisis pour la connaissance que nous avons de leur capacité, de leurs talents et du fidel attachement quils ont toujour eu pour notre personne et que nous sommes persuadés quils auront de mime pour le Roy.
Voulons que la personne du Roy soit sous la tutelle du conseil de Régence, mais comme il est nécessaire que sous cette authorité , une personne d'un mérite reconnu et distingué par son rang, soit particulièrement chargée de veiller a la sûreté, conservation et éducation du Roy mineur, nous nommons le Duc du Maine pour avoir cette authorité et remplir ceae importante fonction du jour de notre deceds.
Nous nommons aussy pour Gouverneur d
mineur sous l'Authorité du Duc du Maine, le Maréchal de Villeroy, qui par sa bonne conduiite, sa probité et ses talens nous a paru mériter d'être honore" de cette marque de notre estime et de notre confiance. Nous sommes persuades que dans tout ce qui aura rapport a la personne et a l'éducation du Roy mineur, le duc du Maine et le M' 1 de Villeroy gouvernants tous deux par un même esprit agiront de concert et n'obmettront rien pour luy inspirer des sentîmens de vertu, et de grandeur d'âme et de Religion que nous souhaitons qu'il conserve toute sa vie.
Voulons que tous les officiers de la maison du Roy mineur soient tenus de reconnoître le duc du Maine, et de luy obéir en tout ce quïl ordonnera pour le fait de leur charge, et qui aura rapport a la personne du Roy mineur, a sa garde et sa sûreté, en cas que le duc du Maine vint a manquer avant notre deceds ou pendant la minorité du Roy, nous nommons a sa place le Duc d'Harcourt.
Voulons que toutes les affaires qui doivent être décidées parl'authori té du Roy, soit concernant la guerre ou la paix, ou l'administration des finances ou qu'il s'agisse du choix des personnes qui doivent remplir les Archevêchez, Evechez, Abbayes et les autres bénéfices dont la nomination aux charges de la couronne, aux charges de secrétaire d'Etat et Controlleur General des finances, a toutes celles des officiers de guerre, tant des troupes de terre que de Marine, et des Galères, aux
officiers de judicature tant des cours supérieures que des autres, a celles des finances aux charges de Gouverneurs, et Lieutenants généraux dans les provinces, a celles des Etats majors des places fortes tant frontière! que des provinces du dedans du Royaume, aux charges de la maison du Roy et généralement a toutes les charges, commissions et emplois auxquels ie Roy doit nommer,soit proposé et délibérée au Conseil de la Régence et que les résolutions soient prises a la pluralité des suffrages sans que le duc d'Orléans chef du Conseil de Régence puisse seul et par son authorité particulière rien déterminer, statuer ny ordonner, ou faire expédier aucunes ordres du Roy mineur autrement que suivant l'avis du Conseil de la Régence.
S'il arrivoit qu'il y eut sur quelq n'affaire diversité de sentimens dans le Conseil de la Régence, Ceux qui y assisteront seront obligés de se reunir a deux avis, et celuy du plus grand nombre prévaudra toujours, mais s'il se trouvoit qu'il y eut dans les deux avis égal nombre de suffrages, en ce cas seullement, l'avis du duc d'Orléans comme chef prévaudrait.
Lorsquil s'agira de nommer aux bénéfices, le confesseur du Roy entrera au conseil de Régence pour y présenter le mémoire des bénéfices vacans et proposer les personnes qu'il croira les plus capables de les remplir , seront aussi admis au Conseil exrraordinairement lorsquil sagira de la nomination dés bénéfices deux Archevêques ou Evêques
Ro;
(ma
ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. Bq
trouveront a la Cour et qui seront avertis par l'ordre du Conseil de Régence pours'y trouver et donner leurs avis sur le choix des sujets qui seront proposes.
Le Conseil de la Régence s'assemblera 4 ou 5 jours de la semaine, le matin dans la chambre ou le cabinet l'appartement du Roy mineur, et aussitôt que le ■y aura dix ans accomplis il pourra y assister quand il voudra non pas pour ordonner ou décider mais pour entendre, et prendre les premières connoissances des aflaires.
En cas d'absence ou d' éloigne me ni du due d'Orléans celuy qui se trouvera le plus ancien par son rang tiendra le conseil afin que le cours des affaires ne soit point ïnterompu e( s'il y a partage de voix la sienne prévaudra.
Il sera tenu registre par le plus ancien secrétaire d'état qui se trouvera présent au Conseil de tout qui délibéré et résolu, pour être ensuite l'expédition du Roy mineur par ceux qui en seront ■ges.
Si avant qu'il plaise a Dieu de nous appcller quelceux que nous avons nommé pour composer le Conseil de la Régence decede, ou se trouve hors d'état d'y entrer, nous nous reservons d'y pourvoir et nommer une autre personne pour remplir la place et nous le ferons par un écrit qui sera entièrement de notre main, ce qui ne paraîtra qu'après notre deceds, ne nommons personne, le nombre de ceux
9o JOURNAL DE LA MALADIE
qui doivent composer le conseil de ta Régence demeurera réduit a ceux qui se trouveront vivants au jour de notre mort. Il ne sera fait aucun changement au conseil de la régence, tant que durera la minorité du Roy, et si pendant le temps de cette minorité quelquun de ceux que nous y aurons nommes vient a manquer, la place vacante pourra être remplie par le choix et délibération du conseil de la Régence, sans que le nombre de ceux qui doivent le composer puisse être augmenté et le cas arrivant queplusieurs de ceux qui le composent ne puissent y assister par maladie il faudra toujours quils sy trouvent au moins au nombre de7de ceux qui sont nommés pour le composer, afin que les délibérations qui auront été prises ayent force et authorité, a cet effet dans tous les edits et déclarations lettres patentes, provisions et actes, qui doivent être délivrés dans le conseil de la Régence etquiserontexpediés pendant la minorité, il sera fait mention expressc des personnes qui auront assisté au conseil et de ceux sens lesquels les edits, déclarations, lettres patentes, et autres actes, et expéditions auront été résolus.
Notre principalle application , pendant notre régence a toujours été de conserver dans notre Royaume la pureté de la Religion catholique apostolique et Romaine, d'en éloigner toutes sortes de nouveautés et nous avons fait tous nos efforts pour reunir à TEglize ceux qui enetoient séparés; notre intention est que le Conseil de la Régence maintienne les loix et règle-
mens que nous avons fait à cet effet, e( nous exhortons le Dauphin notre arrière petit fils, l'orsquil sera en âge de gouverner par luy même de ne jamais souffrir quil soit donné atteinte comme aussy de maintenir avec la même fermeté les édics contre les duels, les lus mils pour attirer la bénédiction de Dieu sur notre
:teriié et sur notre Royaume et pour la conserva-
in de la noblesse qui en fait la principalle force.
Entre les diffcrens ctablisscmens que nous avons faits pendant le cours de notre règne, il n'y en a point qui soit plus à l'Etat, que celuy de l'hôtel des Invalides, il est bien juste que les soldats qui par les blessures qu'ils ont reçues a la guerre ou par leurs long service et âge, sont hors d'état de travailler et gagner leur vie, ayent une subsistance assurée pour le reste de leurs jours, et que plusieurs officiers qui sont dénués des biens de la fortune y trouvent aussy une retraite honorable; ces fortes raisons doivent engager le Dauphin et tous les Roys nos successeurs a soutenir cet établissement, et luy accorder une protection particulière. Nous les y exhortons tant qu'il est en notre pouvoir.
La fondation que nous avons faite a S'-Cyr pour l'éducation des 250 d" 1 " donnera a l'avenir a nos successeurs un moyen de faire des grâces a plusieurs familles de notre Royaume, qui se trouvant chargés d'enians avec peu de biens, auroient regret de pouvoir fournir a la dépense nécessaire pour leur
9 i JOURNAL DE LA MALADIE
donner l'éducation convenable a leur naissance, î< voulons que si de notre vivant les cinquante mille livres de rentes en fond de terre que nous avons donné pour la fondation ne fussent pas entièrement remplies, il soit fait des acquisitions le plus promptement qu'il se poura après notre cieceds pour fournir a ce qu'il sen manquera et que les autres sommes que nous avons assignés a cette fondation sur nos domaines et recette generalle, tant pour augmentation de fondation que pour les dottes des demoiselles qui sortent a l'âge de vingt ans, soit régulièrement payées, de sorte qu'en nul cas n'y sur quelque prétexte que ce soit notre fondation ne puisce être diminuée, et quil ne soit donné aucune atteinte a l'union qui a été faitce de la Mance Abbaûalle de S' Denis, comme aussy qu'il ne soit rien changé aux Règlements que nous avons jugé a propos de faire pour le gouvernement de la maison, et pour la qualité des preuves qui doivent être faites par lesdemoisellcs qui obtiendront les places dans la maison.
Notre intention est que notre edit du mois de juillet dernier en faveur du Due du Maine, et du comte de Toulouze et de leurs descendants ait pour toujours son entière exécution, sans qu'en aucun temps il puisse être donné atteinte, a ce que nous avons déclaré être de notre volonté.
Nous n'avons eu d'autre viie, dans toutes les dispositions de notre testament, que le bien de notre Etat, et de nos sujets; nous prions Dieu qu'il bénisse notre
osterité et qu'il nous fasse la grâce de faire un assez >on usage du reste de notre vie, pour effacer nos péchés ci obtenir sa miséricorde.
Fait àMarly le 2 août 1714 signé Louis.
Premier Codicille du 13 Anil 1715.
Louis etc. par mon testament dépose au Parlement jay nommé le Maréchal de Vîlleroy Gouverneur du Dauphin et )ay marqué quelle devoit être son authomé,et ses fonctions, raonintemionest quedumoment de mon deceds, jusquà ce que l'ouverture de mon testament ait été faitte, il ait toute l'authorité sur la rnaison du jeune Roy, et sur les troupes qui la composent, il ordonnera au* dittes troupes après ma mort de se rendre ou sera le jeune Roy pour le mener a Vincennes l'air y étant bon.
Le jeune Roy allant à Vincennes passera par Paris, et ira au Parlement pour y être fait l'ouverture de mon testament en sa présence et des princes, des ducs et pairs, et autres qui ont droit et qui voudront s'y trouver.
Dans la marche et pour la Séance du jeune Roy au Parlement le Maréchal de Villeroy donnera tous les ordres, pour que les gardes du Corps et les gardes francoîses et Suises prennent les postes dans les Riies, et au Parlement que l'on a coutume de prendre
lorsque les Roys vont au Parlement, en sorte q tout se fasse avec sûreté et la dignité nable.
Le Maréchal de Villeroy aura le titre de C neur suivant ce qui est porté dans mon Testament aura lœû* sur la conduite du jeune Roy quoiquil n'ait pas encore 7 ans accomplis. La Duchesse de Ventadour demeurera ainsy qu'il est accoutumé gouvernante et demeurera chargée des mêmes soins qu'elle a pris jusqu'à présent.
Je nomme pour sous gouverneur du Dauphin Saumery qui l'a déjà été du dauphin mon petit fils, et Geofreville Lieurenans Généraux de mes armées. Je confirme ce qui est dans mon testament que je v être exécuté en tout ce quil contient.
Fait à Versailles le ij avril 1715. Signé Loui
Second Codicille du Z^Aoàt 1715.
Louis etc.... Je nomme précepteur du Dauphi S' de FIcury ancien Evêque de Frejus et pour c fesscur le P. Le Tellier ce 23* Août 1715 ï Louis.
Lorsque le Roy envoya sou testament au Parlement il y joignit un Edit pour en demander l'exécution, mais plusieurs de ces dispositions furent changées ou interprétées par l'Arrêt qui établir plusiei
conseils pour le gouvernement du Royaume pendant la minorité, S. A. R., se reservant l'authorité suprême.
Edit du Roy pour le dépôt de son Testament.
Louis etc. après les grâces infinies, que nous avons reçues de la bonté de Dieu pendant la durée de notre règne ce nous auroit été une grande consolation sur la fin de nos jours, de sçavoir qu'après nous, notre Couronne auroit passé au Dauphin notre fils, ou au Dauphin notre petit fils qui par leurs grandes vertus et qualités avoient fait concevoir a nos sujets de justes espérances d'un Règne et d'un Gouvernement sage et heureux, mais puisque par Tordre et l'effet d'une providence, dont nous adorons avec une entière soumission les décrets impénétrables, nous avons été affligés presque en même temps de la perte de ces deux princes et que le Dauphin notre arrière petit fils est dans un âge si pôu avancé qu'il est fort incertain que nous le puissions voir par* venir a l'âge de 14 ans commencés; qui est ce* luy de sa majorité, nous croyons être indispensablemtot obligés de prévenir le desordre et la confusion qui pouroient arriver dans le Royaume, si ail jour quil plaira a Dieu de nous appeller a luy, nous na* vions pas pourvu a la garde et tutelle du Roy mineur
et au choix d'un conseil de Régence tel que nous le jugeons nécessaire pour la bonne administration des affaires de l'Etat pendant la minorité du Roy, nous croyons néanmoins par bonnes et justes considéralions ne devoir pas rendre public avant ce temps la, le choix que nous faisons des personnes que nous jugeons capables de remplir de si grands et importants emplois, et devoir prendre pour l'exécution de nos desseins toutes les précautions que la prudence exige de nous, persuadé que toutes nos vues ne tendant qu'a maintenir la tranquiltte dans notre Royaume, tous nos sujets s'y porteront d'eux mêmes avec zélé, comme ils doivent, en ce qui est sur cela de notre volonté.
A ces causes de notre certaine science, pleine puissance et authorité royalle, nous avons par ce présent Edit irrévocable, dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons voulons et nous plaît que l'acte écrit ec signé de notre propre main, renfermé dans un paquet cacheté des Armes de France cy attaché sous le contrescel de notre Chancellier,soit regardé comme notre Testament, et ordonnance de dernière volonté, et soît gardé et conservé en depùt au greffe de notre Cour de Parlement de Paris jusqua la fin de notre vie, voulons que dans le moment qu'il aura plu a Dieu de nous recirer de ce monde, toutes les Chambres de notre Parlement soient assemblées avec les princes de notre maison Royalle et les ducs et pairs
du Royaume qui pouront s'y trouver, pour être fait publiquement ouverture dud. pacquet et après la ture de lacté, en être les dispositions rendues puliques et exécutées sans quil soit permis a personne 'y contrevenir, et en cet état seront immédiatement ipres les duplicata et copies dudit Acte envoyées par es ordres du conseil de la Régence dans tous les Par- .emens et autres cours du Royaume pour y être engistrés dans les formes ordinaires, Si donnons en xnandement a nos amés et féaux, Conseillers, les gens menant notre cour de Parlement de Paris que notre présent Edit, ils ayent a faire publier, registrer, et conserver le dit acte cacheté cy attaché dans le dépôt du greffe du dit Parlement, sans que sous quelque prétexte que ce soit il puisse être ouvert avant notre deceds et que le contenu en notre présent Edit et dans le dit Acte, ils ayent a garder, a observer selon leur forme et teneur sans souffrir qu'il y soit contrevenu en quelque sorte et manière que ce soit, car tel est notre plaisir, et afin que ce soit chose ferme et stable et a toujours nous y avons fait mettre notre scel, donné a Versailles au mois d'Août Tan 1714 et de notre Règne 71. Signé Louis.
Par le Roy Phelippaux et plus bas visa Voisin et scellé du grand sceau de cire verte.
Cet Edit avec le testament avoient été apportés au Parlement le 23 Août 1714 par M. d'Aguesseau P r General, et Joly de Fleury, ad 1 aussy General.
Le Testament etoit enfermé dans une petite cassette fermant a clef, et ces M™ etoient authorisés du Roy a déclarer que c' etoit son testament.
Le même jour 2 j'"' 1715 M. le Cardinal de Noailles donna un mandement pour ordonner des prières pour le repos de lame du Roy, il fut mette avec zèle particulièrement à S 1 Germain en lave, ou les S" Curés et habitans, pour signaller leur reconnoissance des bienfaits quils avoient reçus de Sa M", ont fondé a perpétuité une messe haute au jour de son deceds pour transmettre la mémoire a leur postérité.
Le î m " ■;*" Le Cardinal de Noailles fit faire un service magnifique dans son Eglize Cathédrale de Paris en exécution de son mandement du jour précèdent.
Le 4 y hn Les Entrailles du feu Roy furent portés en la même Eglize par AI, l'abbé du Froulé aumônier de sa Majesté accompagné d'un Exempt et de six gardes du corps portant des flambeaux, ce jour et le suivant se passèrent à la Cour en complïmens et harangues qui furent faites au Roy et a M. le Duc d'Orléans régent par l'assemblée du Clergé qui se teiîok a Paris, par les Cours supérieures et autres Compagnies de la ville.
Le 6 7 bre Le cceur du Roy fut porté en l' Eglize de la maison professe des Jésuites, rite S' Antoine a Paris par M, le Cardinal de Rohan, accompagné des Abbés Ducamboust et Morel, aumôniers du Roy
conduits par M. Desgranges, M" des ( un Exempt, et six gardes du corps portant des flambeaux. M, le Cardinal en le présentant fit la harangue suivante.
« Recevez mes R. R. P. P. le cœur de Louis le Grand, triste mais précieux reste du plus grand et du plus puissant prince du monde, il n'est plus; ainsy mon Dieu toute Majesté disparoit devant vous, et vous êtes le seul permanent.
■ Ne cherchons point notre consolation dans le souvenir des qualités éclatantes dont ce prince fut orné. Former de grands desseins, les conduire avec sagesse, les exécuter avec vigueur, se posséder egallement dans la bonne et la mauvaise fortune, vertus brillantes aux yeux des hommes vous rendîtes autrefois ce cœur ou la terreur ou l'admiration de l'Europe et des pays les plus éloignés.
« Mais de tantde grandeur, la vanité se perd, avec le bruit selon le langage de l'Ecriture, et tout cet amas de gloire seroit inutile pour ce grand Roy, si sa pîeté, sa foy vive animée par la charité, sa fermeté toute chrétiennetée, sa résignation parfaitte aux ordres de Dieu, son zele inébranlable pour la vérité et la religion, son attention a se purifier par la prière, le sacrifice continuel de ses souffrances qu'il offrit a Dieu, vertus solides qui ont paru dans tout le cours de sa maladie, n'avoient opéré en luy le prix éternel d'une souveraine et incomparable gloire.
i II est mort de cette mort précieuse devant Dieu de cette mort des justes, de qui l'Espérance est pleine d'immortalité, ce sont là, mes Pères, les seules consolations qu'un ministre des Autels puisse proposer i des chrétiens et a des Religieux pénètres des plus vifs sentimens du Christianisme, et dont la pieté éclairés sçatt faire le discernement de ce qui est véritablement grand aux yeux de Dieu.
i Assistez ce grand prince de vos prières et de vos sacrifices, vous y êtes obligés plus encore, s'il est possible, par reconn oiss an ce que par devoir. Il vous honora pendant sa vie d'une amitié tendre et constante; il a voulu en mourant la conserver a la postérité, en vous faisant les dépositaires d'un gage qui vous sera cher et très respectable, i
Le 7 et 8 y hrt furent occupés à préparer le départ du Roy pour Vincennes et la pompe funèbre de Louis 14.
Le 9 après midy le jeune Roy fut conduit a Vincennes en carosse,. il etoit assis sur les genoux de M d " de Ventadour accompagné de M. le Régent, de M. le Duc, le Duc du Maine, le comte de Toulouze, escorté des gardes du corps, des gendarmes et chevaux légers dont les Officiers etoient autour du carosse, il passa sur les ramparts de Paris aux acclamations du Peuple, et arriva sur les 6 heures a ; appartemens
violet
t la couleur du deuil du Roy.
M. le Régent revint a Paris, et M. le Duc qui etoit destiné a conduire le deuil au convoy du feu Roy se rendit a Versailles.
Sur les 7 heures du soir les Vespres des Morts furent chantées par la musique dans la chambre du Roy ou M. le Cardinal de Rohan officia, ensuite le cercueil fut porté par seize officiers de la chambre et garde robbe dans la salle des gardes ou ceux-cy le prirent et le portèrent sur le chariot d'Armes couvert d'un grand poêle de velours orné d'armoiries d'argent.
La Marche commença sur les 8 heures du soir conduite par les sieurs de la Chapelle, Capitaine des gardes, les compagnies des Gendarmes, Chevaux légers, gardes du corps, gardes de la porte et de la prévôté de l'hôtel et de ioo Suisses, commandés par leurs Capitaines et Colonels. Le Chariot du corps suivy de celuy du deuil ou étoit le Confesseur du Roy, et M. le curé de Versailles, de ceux des Officiers de la Couronne, de plusieurs Prélats et Seigneurs formoient une marche lugubre mais pompeuse a laquelle se joignirent les officiers des sept Offices et autres de la maison du Roy 1 .
' i. Les obsèques de Louis XIV furent exactement les mêmes que celles de Louis X.II qui, il est vrai, les avait demandées très simples. Rien dans ce cortège funèbre cependant ne justifie l'assertion de M. Henri Martin qui écrit : « On vit bien combien tout était changé en France le jour où l'on conduisit à Saint-Denis,
RNAL DE LA MALADI
Le Convoy pissa sur le pont de Sève et au travers du pire de Madrid, ou l'on renouvelk les flambeaux au nombre de 8 à 900, et arriva sur les 5 heures du matin 10 J b " au grand pavé qui conduit de Paris a Saint-Denis, entre les deux croix donc l'une sappclle la croix panchee et l'autre la Croix des Caves.
En cet endroit dom Robert Marchand, Prieur de S' Denis, à la tête de 100 ou 120 moines tous revêtus de chappes de velours noir et suivis du Clergé Séculier et Régulier et des officiers de la ville joignit le Convoy.
Toute cette troupe s'ouvrit en deux hayes pour donner passage a ccqui precedok le chariot du corps, Et M. le Cardinal de Rohan d'un coté et le grand prieur de S 1 Denis de l'autre donnèrent de l'Encens au Cercueil, après quoy on se mit en marche en chantant des Pseauraes,
On arriva a la porte de l'abbaye sur les 7 heures du matin ou l'on descendit le Corps du chariot et on le posa a l'entrée de l'Eglize, ou M. le Cardinal le présenta au prieur et a sa communauté leur disant.
Harangue de Al. le Cardinal de Rohan.
i Scavants et S" Religieux dignes ministres de temple auguste, que la pieté de nos premiers Roys
consacre au Dieu vivant, et ou le choix de leurs successeurs a fixé depuis plusieurs siècles leur dernière demeure nous venons déposer îcy ce qui nous reste d'un des plus grands Roys qui ayent Gouverné cette puissante Monarchie, nous venons par l'abaissement l'anéantissement des Grandeurs rendre hommage à la majesté de celuy qui Est qui a Eté et qui Sera eter-
tnelleraent.
i Le Prince dont nous pleurons la perte laisse il est ïray des noms fameux après lui, et la postérité la plus reculée conservera la mémoire de Louis le Grand, le Victorieux, le Pacifique, l'Aille et le Protecteur des Roys, mais quelle flateuse idée que nous nous formions de sa Gloire passée rien ne doit erre désormais compté pour luy, que ses bonnes œuvres seules reeevables au Tribunal de la Justice de Dieu, seul gage de l'immortalité bien heureuse.
* Grâces au Dieu de miséricorde, appliqué depuis longtemps aux exercices d'une pieté pure et sincère, occupé tout entier des devoirs de la Religion, ne songeant qu'au moyen de soulager les peuples abbatus sous le poids d'une guerre aussy longue et pénible quelle fui nécessaire, Le Grand Prince a consommé sa course avec une fermeté et une résignation, donc il est peu d'exemples, nous en avons été les tristes témoins. Au lieu de s'écrier en ces derniers moments, O mort que ton souvenir est amer a l'homme qui jouit paisiblement de ses richesses, il ne pleura jamais
lot JOURNAL DE LA MALADIE
sur luy même ou s'il versa quelques larmes il ne tel donna qu'a !a douleur de ceux qui l'environnoient.
« 11 demanda avec empressement les Sac remens de l'Eglîze et il les recul avec consolation et avec joye, ferme sans ostentation, doux et tranquilc, mais sans foiblesse il méroit toute sa confiance en son Dieu, il l'invoquait, il le benissoit sans cesse, soumis a ses ordres souverains et rejettant jnsquaux espérances de la guerison parcequ'il en avoii de mieux fondées dans la miséricorde du Seigneur.
« Telle a été la mort de Louis le Grand, mort plus glorieuse pour luy que ne lut tout le cours de son Règne quelque fécond qu'il ait été en prodiges mais consolante pour nous et édifiante en même temps.
(Allez donc mes R.R. PP. allez aux pieds des Autels offrir au Seigneur vos vœux les plus ardens, pour demander en faveur de ce prince la Couronne qui est promise a ceux qui aiment Dieu, mais tachons aussy par nos prières, par nos larmes, par nos désirs sincères de conversion de fléchir la justice divine afRn quelle arrête ce bras vengeur qui pour la punition de nos nffences, nous arrache en si peu d'années tant de Princes illustres, et faisons pour le jeune Roy que le ciel nous a conservé la prière que Jacob mourant faisoii a Dieu pour les enfans de Joseph, bénissez Seigneur cet enfant précieux, que le nom de son bisayeul soit invoqué sur luy et que la postérité croisse comme une multitude de dessus la Terre.
Le Prieur de S 1 Denis repondit par un bel éloge quil fit du feu Roy. Ensuite M. le Cardinal du coté droit et ce père prieur du côté gauche donnèrent de l'eau bénite et de l'encens au corps, que les gardes portèrent derrière le Chœur dans son lieu nommé le Chevet. Les coins du poêle etoient portés par 4 Religieux et le Prieur célébra la messe parceque M. le Cardinal qui la devoit dire se trouva trop fatigué.
Le Corps du Roy demeura en ce lieu de chevet 40 jours gardé nuit et jour par 2 Relig x de la maison, 2 gardes du corps et 2 Gardes de la manche avec leurs magnifiques coctes d'armes ; on y celebroit tous les jours la messe haute avec autres prières et cela jusquau 21 8 bre pour donner au s. Berrin designateur de la Chambre le temps de faire dresser le catalfaque dans le Chœur dont nous donnerons cy dessous la description.
La maison du Roy et les officiers demeurèrent aussy à S 1 Denis jusqua ce jour 21 8 br *.
Cérémonies du lit de Justice tenu par Louis XV.
Le 12 7 bre sur les 2 heures après midy, Sa Majesté partit de Vincennes pour venir a Paris tenir son lit de Justice et confirmer la Régence a S. A. R. M. le Duc d'Orléans.
Ce Prince etoit dans le carossc du Roy avec M" les Ducs de Bourbon et du Maine, M. le M" 1 de Villeroy et M* la Duchesse de Ventadour gouvernante de sa Majesté. Le Roy etoit escorté par les gardes du corps, les gendarmes, les chevaux légers, les z compagnies, les mousquetaires, les 100 Suisses de la garde, les gardes de la porte et de la prévôté de l'hôtel ayant tous leurs officiers a leur tête.
Le Roy fut complimenté a la porte S* Anthoine par M. Le Duc de Tresmes gouverneur de Paris qui présenta à sa M 1 * M. Bignon prévôt des Marchands, les Echevins et autres officiers de la ville, les Rues etoient bordés des régiments des gardes francoises et Suisses jusquau Palais.
Le Roy y étant arrivé fut conduit a S" Chapelle ou M. l'abbé de Champîgny trésorier revêtu de ses habits pontificaux le reçut et le complimenta a la tête de son Chapitre.
Quatre Présidents et 6 conseillers députés de toutes les chambres du Parlement assemblées vinrent ensuite recevoir sa M lé et la conduisirent a la grande chambre ou elle sassitsous un dais magnifique en son îît de Justice. Les Princes, ducs et Pairs, les Présidents et Conseillers qui y ont droit prirent leur place selon leur rang ; le silence fait,
Le Roy dit d'un ton de voix très agréable : « M rt Je suis venu icy pour vous assurer de mon affection, ï " LcChancellier vous dira mes intentions et ma voloni
Alors M. le Chancellier sortit de sa place, monta au Trône du Roy ou un genoùil en terre il demanda permission de parler et retournant en sa place, et Jetant levé et couvert il parla avec beaucoup d'éloquence.
Il commença par la perte que la France venoit de faire de-Louis le Grand, il parla de son testament dont cette auguste compagnie avoit été dépositaire par une confiance toute particulière quil avoit en elle qu'ayant été lu, les conjonctures présentes avoient fait connoître la nécessité quil y avoit d'y faire plusieurs changemens. • C'est, dit-il, ce qui a été fait M™ par l'arrêt qui a été donné le 2 de ce prés 1 mois. Le Roy vient tenir son lit de justice pour confirmer cet arrêt par sa présence et son authorité, il fie ensuite remarquer les justes espérances que la France devoit avoir du jeune Roy successeur de Loiiis le grand un si beau modèle, étant aisé de connoitre par les mouvemens de sa tendre jeunesse qui ne luy manque que des années pour déveloper et porter jusquau plus haut degré de perfection les vertus qui etoient dans le Roy que la mort vient de nous enlever, exhortant tous les membres de l'Etat rendre la même obéissance, pendant la minorité du Roy a l'authorité royalle déposée entre les mains de M. le duc d'Orléans régent, quon rendoit au Roi que nous venons de perdre. 1
M. le Chancellier ayant finy son discours, M. dé
JOUKNA