‹ La mort de Louis XIV: journal des AnthoineChapitre 7 sur 7 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

.1ALADIE

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«ouvert du Parla comres du égene-

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Même premier président avec tous les autres presidens et conseillers se levèrent et mirent un genouil en terre pour marquer leur hommage et leur soumission aux volontés du Roy et M. le Chancellier les fit relever par ordre de sa Majesté contente de leur soumission.

M. le Premier Président s'etant ensuite decoi ce que firent aussitôt tous les autres membres du î lement, il harangua le Roy au nom de toute la compagnie ec fit au nom de tous les membres du Royaume une protestation inviolable de fidélité g ralle.

t Le Parlement dit-il, suplie très humblement ' M" d'être bien persuadée de son attachement aux intérêts de sa couronne d'une façon plus étroite et plus immediatte, il considérera toujours comme le plus indispensable de ses devoirs, celuy d'en soutenir et d'en deifendreles droits et les privilèges. Ayant ensuite rappelle la mémoire de plusieurs minorités, celle de Clotaire 2, de Philippes Auguste, de S 1 Louis, de Lo.iîs î) et de Louis 14 pendant lesquelles on voit que Dieu s'est plu a répandre ses bénédictions particulières sur le Royaume, Sire, dit-il, tout nous augure un pareil bonheur. La nature, nos lois et nos suffrages ont déféré la régence et le gouvernement de votre Royaume avec un applaudissement universel a M. le Duc d'Orléans que nous regardons comme l'ange tutelaire de l'Etat. La sagesse, la prevoyan

de ce grand Prince et son zèle pour le bien public suplera a l'âge et l'expérience qui manquent a votre M" et nous font espérer qu'il n'aura rien plus a cœur que le soulagement de vos peuples, les deffences des S"* libertés de l'Eglize Gallicane et la splendeur de la justice qui sont les plus fermes appuys de votre Trône, Il finit son discours en demandant la protection de sa M 16 pour son Parlement afin quil rende la Justice a ses peuples et les décharge en son nom et par son authorité ensuivant toujours fidellement les loix et les ordonnances du Royaume. »

Le discours de M. le P. Président finy, M" les gens du Roy, se mirent a genoux pour marque du serment quils prétoient au nouveau Roy, et M. le Chancelier les ayant fait lever par ordre de sa M w , M. Joly de Fleury l'un des avocats généraux adressa la parolle au Roy en ces termes :

« Sire, la possession publique que votre M" vient de prendre du Trône de ses Ancêtres, cette cérémonie Auguste qui nous imprime le respect ou plutôt celuy qui est gravé dans tous les cœurs et le concours de vos plus fidèles sujets qui applaudissent aux droits que votre naissance vous donnent semblent être des sujets de consolation que le Roy nous envoyé après le funeste coup dont il vient de nous frapper. Nous avons perdu un Roy glorieux par la plus éclatante prospérité, glorieux même par le revers de la fortune, grand par toutes les vertus héroïques jtisques

tre dou-

dans les derniers moments de sa vie, plus grand ei alors par toutes les vertus chrétiennes.

« Mais pourquoy renouveUer en ce jour votre douleur et la notre ? Nous vous possédons Sire, dans le sanctuaire de la justice, vous commencez votre règne et presque votre vie par venir vous asseoir au millieu de nous et honorer de votre présence ceux de vos sujets qui dépositaires et interprettes des lois sont plus en état d'apprendre aux peuples combien est indispensable la loyqui engage a vous obéir; vous ne devez trouver ky que des transports de joye qui sont comme nos premiers hommages d'autant plus dignes de vous plaire quils partent du fond de nos cœurs.

i Tout en effet conspire a nous donner les plus douces espérances, c'est au millieu d'une paix profonde qui a été presque le dernier ouvrage de la sagesse du Roy votre btsayeul qui laisse entre vos mains la destination de ce grand Royaume; l'union qui règne au dedans repond de la rranquilité du dehors; une parfaite unanimité a réunis tous les cœurs de cette compagnie pour déférer la Régence a un prince que la naissance y avoit appelle et nous regardons comme un gage certain de la félicité publique le choix du régent si capable de l'être, né avec un génie composé de chaque sorte d'esprit que demande les différentes parties du gouvernement, honoré partout pour l'étendue de ses on no iss a ne es, chery de tous par les qualités de son cœur, aussy grand par ses talens militaires que par ses

ET DE Lfl MOUT DE LOUIS XIV

Ï:us pacifiques ; il fera Sire respecter votre authoau dehors, la fera aimer au dedans et prévenant ces inclinations si pleines de bonté qui éclatent dans toutes les actions de V. M w il ne se servira de son pouvoir que pour goûter les plaisirs de faire des heureux.

f Nous avons déjà, Sire, un gage assuré de son affection pour ses peuples, dans les sages conseils dont il nous a tracé l'idée qui ayant pour objet chaque partie de lordre public se rapportent tous par l'union au conseil suprême de la régence comme a leur centre et formeront par cène heureuse harmonie, le model d'un gouvernement accompli. Les Princes du Sang destinés a être dans ce conseil suprême entreront dans les mêmes sentimens animés par l'exemple de eeluy qui en a ete établi le chef et une noble émulation les fera concourir avec une egalle ardeur a votre gloire, Sire, et au bien de votre Royaume,

« L'heureuse éducation de V. M l ° nous assurera la durée de ces avantages, nous nous la prometcons, Sire, de celuy a qui la Surintendance en a né confiée, c'est à cet ouvrage important qu'il employera tant de grandes qualités qui ont formé en luy cette union si rire mais si précieuse et de la science et de la vertu; il vous apprendra que la véritable grandeur ne consiste point dans cet éclat extérieur qui vous environne mais dans les vertus bienfaisantes qui vous attireront l'amour des peuples et leur res-

peet intérieur, il cultivera dans le cœur de V. M w ces sentiments de tendresse et d'humanité qui déjà y ont pris naissance , ccst par luy enfin que vous serez instruit que la justice est le fondement des Empires et que c'est par elle que tes Roys remplissent la première et la principalle de leurs obligations, nous espérons, Sîre, quelle sera la règle de toutes vos actions, et que vous honorerez, Sire, de voire protection et de votre confiance ceux qui ont été établis pour la rendre a votre décharge vous sçaurez un jour, Sire, par les histoires que ce premier tribunal de votre Royaume mérite egallement cette protection et cette confiance, que c'est a luy a qui est du en partie le soutien d'une monarchie qui dure depuis tant de siècles et qi fidélité pour nos Roys n'a jamais été ébranlée cette compagnie.

« L'Auguste Père dont vous persuadé de ces vérités, et de être gravées dans le cœur d' trop prompte a fait perdre u bien qua vous, vous occupez un thrîme qu'il occuperoit maintenant luy-méi de votre ayeul digne a jamais d'être regretté pi humanité et par sa douceur,

il On vous dira, Sire, combien vous avez de nous remplacer. Et nous espérons que cette obligation quelque grande quelle soit ne sera pas un trop grand poids pour votre Majesté, dej;

tes né, Sire, étoit bien

utes celles qui doivent

i grand Roy, la mort

1 père au peuple aussy

lapkce

par

cherche en vous des présages de l'avenir et elle est pleinement satisfaitte de tout ce quelle y trouve, lair de Majesté qui s'allie en vous à la douceur, l'esprit qui brille jusques dans la naïveté de vos discours, des traits de bontés qui ne peuvent partir que de la nature, tout nous promet ce que nous desirons.

h Fasse le ciel que nous voyons eroitre tous les jours avec vous des dispositions si heureuses, que parmy tant de règnes fameux dont notre histoire est remplie le votre ait un éclat singulier, et pour renfermer tous nos souhpirs en un seul puissiés vous Sire, egaller les vertus de votre bisayeul et surpasser le nombre de ses années. »

Après ce discours et les conclusions des gens du Roy qui furent pareilles a celles sur lesquelles etoit intervenu l'arrêt du 2 7 br % M. le Chancellier étant monté au Trône du Roy prit ses ordres un geprendre les opinions

nouil en terre il fu en commençant par M aux Princes du Sang, i clesiastiques que laïcs, au Présidents, Conseillers e

le duc d'Orléans, après Jt ducs et pairs tant ecmaréchaux de france, aux personnes qui i

voix deliberative selon leur rang" les opinions prises M' le Chancellier en fut rendre compte au Roy, et s'etant remis a sa place et couvert, il prononça au nom du Roy l'arrêt solennel qui confirma la ;ence du Royaume a S. A. R. M. le Duc d'Orléans.

il* JOURNAL DE LA MALADIE

Après la prononciation de l'arrêt, le Roy fut reconduit avec les mêmes cérémonies quil avoit été reçu et ayant passé par diverses riies de Paris aux acclamations du peuple, il fit jetier plusieurs pièces d'or et d'argent, Il fut ramené au Château de Vmcennes et pour signaler son joyeux avènement a la Couronne par un acte authentique de clémence et de bonté il fit ouvrir les prisons a quantité de personnes de toutes conditions qui y etoient détenues, il fit rappeller aussy plusieurs autres exilés dans les provinces par des lettres de cachet.

Nous avons dit cy devant que les officiers de la maison du Roy etoient demeurés a Saint-Denis jusquau jour de ses obsèques : pendant ces jours, le R. P. Robert Marchand grand Prieur de ce Royal monastère ayant eu conversation avec le S. Anthoine l'aîné, Ecuyer, porte arquebuze de sa Majesté ayant, marqué que ces Religieux auroient souhaité ardemment avoir dans le Trésor de leur Eglize quelque monument de Louis 14 comme ils en ont de plusieurs autres Roys, le S. Anthoine étant bien aise de contribuer a la mémoire du Roy, dont il avoit eu l'honneur d'être fort considéré, offrit de cœur de faire présent d'une paire de Pistolets qui avoient servi a ce grand Prince ; ce que le P. Prieur ayant accepté, la délivrance que le S r Anthoine en fit le lendemain fut enregistrée sur le grand livre du Trésor de la ditte Abbaye et signée du sieur Anthoine. En voicy l'acte.

RT DE LOUIS XIV. n(

17 7 1 "* 1715 ont etc" donnés pour garder e Thresor Royal de l'Abbaye deux pistolets montés d'yvoire d'amasquinés en or, a deux canons chacun et deux platines, lesquels avoient été donnés au Roy Louis 14 par la ville d'Ex la Chapelle étant a la létc de son armée dans sa campagne d'Hollande, et que peu après Sa M*" fie l'honneur a M. Anthoine son porte Arquebuze de les lay donner ', lequel a la prière d'un Religieux de la communauté de S' Denis les a donnés au die trésor pour honorer dans cette maison la mémoire de son bon maître, etluy marquer par la son respect profond et son entier dévouement. Et ont signé par ordre grand du Prieur de S' Denis f« Pierre Michon trésorier a S' Denis, fro Faverolles, trésorier de l'abbaye de S 1 Denis et f™ Eloy Le Doux P lrur de Théologie.

Il n'arriva rien de particulier a la Cour depuis ce temps que les compliments de condoléances sur la mort de Louis 14 et de conjouissance sur l'avènement de Louis 15 et la Régence de M, le Duc d'Orléans qui furent faits par les Ambassadeurs et Residens des Princes Etrangers ou des Princes du Royaume.

Cependant on travailloic avec empressement a la construction du Catafalque que le S. Berrin acheva le 20 S*"" . Nous rapporterons les Tableaux et les Em-

1. Nom avons tu dans l'État de France que le» armei dont Je roi ne se servait plus revenaient ans porte-arquebuse; mai»

n6 JOURNAL DE LA MALADIE

blêmes qui etoient entre les Pilastres de cette superbe et lugubre décoration qui a surpassé jusqua ce jour tout ce quon avoit vu dans ce genre.

Le Catafalque etoit élevé jusqua la voûte de l'Eglize orné de statues d'or et d'argent qui representoient les vertus du Roy deffunt; on y montoit par plusieurs degrés couverts de velours noirs et frangés d'argent comme le Poêle qui couvroit le cercueil, tout le tour du cœur etoit orné d'architectures entre les pilastres duquel il y avoit des tableaux ou des emblèmes.

Le premier tableau du coté de l'Evangille représentant la Justice tenant d'une main une epée niie et de l'autre une balance ayant a ses pieds plusieurs hommes péris de coups avec cette inscription :

Singularia certamina proscripta .

Les duels .proscrits.

Dans le 2 me Tableau le Roy etoit représenté foullant aux pieds une hydre et des Temples renversés avec ces mots :

Heresis et Imputas profligata La destruction de l'Hérésie et de l'Impiété.

Le 3 me Tableau representoit la Religion tenant une croix et un calice sur un autel devant lequel plusieurs

Orientaux se prosternoient avec des missionnaires francois a coté d'eux avec ces mots :

Apui infidèles ministri Les Missions Etrangères.

Dans le 4 e le Roy etoit représenté au millieu de ses ministres avec ces parolles

Assidua in Consiliis presentia L'assiduité a se trouver aux Conseils.

On voyoit dans le 5 me Tableau le Roy assis dans un fauteuil ayant a ses pieds les différents génies et des Sciences avec des palais et un port rempli de vaisseaux avec ces mots

Bonœ artes amplificatœ Les Arts et les Sciences favorisées

Le ô"* Tableau representoit le Roy dans son trône recevant des Ambassadeurs des pays éloignés, de Perse d'Alger, de Maroc, tous a genoux a ses pieds et d'autres qui debarquoient des vaisseaux dans un port de mer avec ces mots

Extremo ab orbe or at or es Des ambassadeurs des pays les plus éloignés.

Dans le j mt Tableau, le Roy etoit a cheval voyant ses troupes passer le Rhin a la nage a la vue des en-

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nemis postés sur l'autre rive du fleuve avec ces parolles

Inatata flumina, hoste inspectante Les fleuves passés a la vue de l'Ennemy.

Le Tableau qui comme ncoit le rang du coté de

l'Epitre etoit un passage rempli de villes et forteresses

avec cette légende :

Trecente aries expugnatœ Trois cens villes ou forteresses prises.

Le... é toit l'Elévation d'une place fortifiée régulièrement avec ces parolles

Galliœ fines propugnacuîis munita Les frontières du Royaume défendues par de nouvelles

fortifications.

Dans... Tableau on voyoit la paix tenant d'une main une branche d'olivier, et de l'autre un flambeau dont elle bruloit des armes et des boucliers, et au fond du tableau on decouvroit le magnifique temple de la paix avec ces mots,

Pax Bellicœ laudi prœlata La paix préférée à la guerre.

Le... Tableau representoit une femme debout couronnée d'epis de bleds et tenant a sa main une poignée d'épis et un port de mer ou . abordoient des vaisseaux chargés avec ces mots

Inopia sublevata Le secours donné aux peuples dans le temps de la disette.

Le... Tableau faisoit voir le Roy debout recevant plusieurs Roys et princes qui viennent se mettre sous sa protection avec cette légende

Ptrfugium Regibus L'Azile donné aux Roys étrangers.

Dans lé... Tableau on voyoit le Roy debout sous un dais ayant a sa droite le Duc d'Anjou aujourdhuy Philippe cinq Roy d'Espagne, et recevant les complimens des Ambassadeurs de cette nation avec ces parolles :

Rex Hispanis datus Un Roy donné aux Espagnols.

Le... Tableau qui repondoit au mosolé, etoit le ftoy assis sur un vaze ayant a ses cotés une femme appuyée sur une colonne représentant la Force et la Constance avec des batailles perdues et des tombeaux et des sepulchres représentant la mort des Princes de France avec ces mots

Advefsa fottitèr accepta La fermeté du Roy dans les adversités*

Le.», et dernier Tableau au bas du cœur a gauche representoit le Roy au lit de la mort environné des Princes et des Princesses du Sang a qui il dit un dernier adieu avec cete légende

Ad Extremum pif tas inconcussa La Piété du Roy inébranlable jusqu'à la fin.

lao JOURNAL DE LA MALADIE

Ces tableaux etoient entremêlés d'emblèmes dans des médaillons. Dans le i* r etoit une Epée et des... avec une hache d'armes en sautoir et ces mots

Severitas Salutifera La Sévérité Salutaire.

Second Médaillon un autel couronné de lauriers avec ces paroles

Rtligio victrix La Religion triomphante.

3 e Médaillon une croix entourée de lumière et audessus un Turban a la Turque, a la Persienne, à la Chinoise et autres dont les infidelles se servent et ces mots

Fidei propagatio La Propagation de la foy.

4 me Médaillon, un sceptre et une main de justice liés ensemble avec une couronne royalle et audessus ces mots

Cura Imperii indt fessa L'assiduité dans le Gouvernement.

5 rae Médaillon plusieurs instruments de Mathématiques et de Mécaniques mêles ensemble avec cette

légende

Liber alitas et Magnificentia La libéralité et la grandeur.

ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. iai

6°* Médaillon deux caducées liées ensemble avec ces parolles

Par Imper iis maj estas Majesté Egalle aux Empires.

7 me Médaillon une cotte d'armes surmontée d'une couronne de lauriers et d'une couronne Roy aile avec ces mots

Virtuti fortuna obsequens La fortune secondant la vertu.

8°" Médaillon, plusieurs couronnes se soutenant les unes les autres avec ces parolles

Vis Consilio firmata La force affermie par le conseil.

9 me Médaillon des instrumens de Mathématiques et des fortifications avec ces mots :

Prudentiœ Custos La Prudence source de sûreté.

I0 m« Médaillon deux cornes d'abondance passées dans une couronne d'oliviers avec ces mots.

Pauma in populos charitas Charité paternelle envers les peuples.

ii^Med 00 , deux Couronnes liées ensemble, une de branches de Chênes et l'autre d'Epis de bled avec ces mots :

Providentia opifera La Providence secourable.

12"" Médaillon les armes de France et d'Es] attachés aux oliviers avec ces mots

SpUndar lmperii Gdlticî L'Éclat de l'Empire de France.

13™ et d" Med"" Eroit un phénix sur un bûcher prêt a se consumer avec ces parolles

Au dessous de la porte qui sépare nef de l'Eglize il y avoic un ecritau 1ère d'or portant ces parolles

Immortali mimoriœ Ludovic! magni A U mémoire immortelle de Louis le Gr;

Le 21 8 br «, sur le soir, le corps du Roy I porté du chevet de l'Eglize de S 1 Denis dans le c et apporté dans le catafalque par 12 gardes du corps suivis des Religieux de l'Abbaye, le cierge en main, les anciens portoienc les honneurs qu'on avoit portés, sur le cercueil et chantoient des pseaumes. Tous les Princes, Prélats, Seigneurs et officiers se trouvèrent a cette cérémonie avec plusieurs Ambassadeurs ec sur les 5 heures l'on chanta les vespres des morts.

Et !e lendemain 22 8 1 " les Religieux chantèrent les Matines des morts de très grand matin ; on entra au chœur sur les 11 heures pour les obsèques, ou

ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. isj

M. le Cardinal de Rohan officia, it y eut pour diacre et soudiacre d'honneur MM»" lesEvequesdcBeauvaîs et de Séez, des Eveques et d'autres pour assistans, ec les autres officiers etoient en partie de la chapelle du Roy ec en partie de l'abbaye d'Eux, lesquels chantèrent l'Epitre et l'Evangile et communièrent sous les deux Espèces avec le Célébrant, ce qui est un ancien usage ou privilège de cette royalle Abbaye diint le chantre porta son gallon couvert d'un grand crêpe Noir.

La Messe fut chantée par la musique du. Roy ou M. le Régent, M. le Duc, M. le comte de Charolois plus proches Princes du Sang firent les offrandes et M r de Beausen Eveque de Castres prononça l'oraison funèbre.

Après la Messe furent faites cinq absolutions au raosolé par les cinq prélats officians ; la V e par Monsieur..., la a™ 8 par M. D'Angers, la }"• par M. de Seez. la 4™" par M. de Beauvais, et la 5°" par M. le Cardinal de Rohan.

Après ces prières, le Roy et les Heraults d'armes approchèrent et firent les appellations des honneurs des grands officiers quils apportèrent et jetterent les uns après les autres dans le caveau ou l'on alloit mettre le corps du Roy, tjue les gardes du corps apportèrent ensuite, et le descendirent dans même caveau ou émit celuy du feu Roy Louis 13 et des autres Roys de la maison de Bourbon, et où ils atrent la Résurrection générale.

Portrait de Louis XIV.

Le Roy Louis 14 etoit très bien pris et ( tionné dans sa taille, d'une hauteur assez grande, ses cheveux croient châtains bruns fort longs (et naturellement enflés,) il les garda assez longtemps, il avoii le teint vif et fort blanc les traits réguliers et parfaitement beaux, les yeux grands et doux levant sur le bleu, le nez un peu long aquîlin; le front large uny et toujours serein, la bouche très belle vermeille et bien proportionnée qui eharmoit par ses sourires et par les parolles qui en sortoient. Le ton de sa voix etoit doux et agréable qui eharmoit ceux a qui il parloit, ses dents n'ont jamais été très belles mais bien rangées, il les a même perdues de bonne heure. Sa démarche etoit grave sans fierté, noble sans orgueil et mezurée sans affectation.

Il etoit de ces beautés mâles qui ne craignent ny le froid, ny le chaud, ny les fatigues de la chasse, ny les travaux de la guerre, en un mot la nature avoit répandu sur sa personne un tel air de grandeur et de Majesté que sans l'avoir jamais vu, on le connoissoït sans sy méprendre parroy tous les plus grands Seigneurs de sa cour, et en le voyant on etoit oblige: d'avouer que s'il n'eut pas été roi il eut paru digne de • l'être et que s'il n'eut pas commandé aux François

par droit de naissance, il eut mérité de ie faire par cet air de héros, et de Majesté Royalle.

Les plus assurés et hardis trembloient en sa présence l'orateur le plus assuré de son esprit et de son éloquence etoit intimidé a son seul abord. Son air si majestueux imprimoit la crainte, tandis que ses manières honnêtes, gracieuses et obligeantes inspiroient de l'amour et du respect, on ne pouvoit l'approcher, le voir, ny lui parler sans le craindre et l'aimer tout ensemble. Il etoit celuy de toute si cour qui avoit le plus d'aptitude et d'adresse pour tous les exercices d'Académie, il a dancé avec une grâce et une justesse admirable, et jamais d'homme ne s'est mieux servi d'un cheval que lui.

Si Louis 14, avoit toutes les qualités requises pour faire un corps parfait et accompli, il avoit au dedans de luy-même toutes celles qui etoîent nécessaires pour rendre un esprit grand, juste, solide, aisé, naturel et pénétrant. Il etoit même plein d'un noble feu, quelque fois il le faisoit briller avec admiration mais en même temps il avoit une flegme qui le rendoit maître de ses saillies, et on a même remarqué quil ne luy a jamais rien échappé dans la chaleur du discours qu'on eût pu mieux exprimer après y avoir longtemps pensé; son bon naturel a toujours paru envers tout le monde, principallcroent envers la Reine sa mère; il conserva toujours pour elle les mêmes sentimens de respect, d'attachement, de tendresse, et

de soumission qu'il eut dès son enfance, et on peut bien dire que, tint que vécut cette grande et vertueuse princesse, Louis 14 sur cet article, ne sortit de sa minorité.

Il naquit pour ainsy dire an millieu de la guerre et fut élevé par la Reyne sa mère dans les troubles intestins qui ravagèrent le Royaume pendant sa minorité, toujours exposé à des périls continuels dans les premières années de son reigne, animé par les beaux faits de ses illustres ancêtres, et surtout du Roy- Henry le grand, que ses précepteurs et gouverneurs luy proposoient toujours pour modèle, plein d'une noble ardeur de devenir héros luy-même, son inclination dominante fut pour la guerre, il obeii pour l'apprendre et se perfectionner dans le grand art de vaincre, ses grands exploits ont faii l'univers combien il a reussy.

Jamais héros n'a fait en sa personne u semblage que luy de lumière dans ses consei sagesse dans ses desseins, de secret dans ses résolutions, de prudence dans ses entreprises, de célérité dans ses exécutions, d'intrépidité dans les périls, de courage dans ses actions, de fermeté dans la résistance, de prévoyance dans les événements, d'expédient contre les obstacles et de ressources dans les revers. Maître des coeurs en louant et gracieusement a propos l'officier, en recompensant libéralement !e soldat, il étoit parfaitement s

ses conseil*, oV

nec< qui

entreprises ec dans une grande action sa pre-

ice valloic plusieurs regimens.

Il aima la guerre H ne refusa jamais la paix quand on la luy offrait a des conditions justes et raisonnables ; on le vit interrompre le torrent de ses victoires et s'arrêter tout court au millieu d'un pays ennemy dont la conquête entière luy etoît assurée, pour écouter favorablement des propositions de pais qu'on luy faisoit, mais il étoit fier, redoutable, et audacieux a un ennemy opiniâtre, doux et condescendant envers celuy qui se rangeoii a son devoir, et son cceur vraiment pacifique conduisoit ses pas jusqu'où il dtoïc nécessaire et utile de vaincre.

Le grand cœur, le courage héroïque de Louis ne

irut jamais avec plus d'éclat que dans les revers arrivés sur la fia de sa vie, mais il est bien difficille de se voir vaincu avec patience et tranquilité quand on est accoutumé de vaincre avec gloire et éclat, Plus le séjour de la fortune nous est long, plus sa retraite nous est amerc, et plus ses caresses ec ses faveurs ont été grandes ec excessives, plus ses disgrâces paraissent accablantes et insupor tables- Jamais souverain n'a reçu de la fortune des faveurs si considérables, n'y si glorieuses que Louis 14., il en est peu qui sur la fin de leur vie en ayent ressenci plus de disgrâces plus cuisantes et plus araeres, maïs vericablement grand dans les unes et dans les autres, il ne fut n'y

iloui par les premières ny terrassé par les dernières.

u8 JOUKNAL DE LA MALADIE

Modéré dans les evenemens les plus glorieu) constance héroïque l'eleva au dessus des mortels; montrant par sa modération que riea ne pouvoit l'abattre, on doutera éternellement laquelle des deux on luy vit mieux supporter de la bonne ou de la mauvaise fortune. La perte des Batailles, la prise de ses Villes, l'approche des Ennemis de sa Capitalle, ce qu'il avoit de plus cher et de plus précieux dans sa famille des plus nombreuses et des mieux établies, ravis si précipitamment que les larmes repandiies pour la perte d'un Prince etoient nécessairement raeslées et confondues avec celles qu'on doonoit à l'autre prince qui suivoit le même sort, trois Dauphins morts dans le cours d'une même année, une princesse digne epouze du second jointe a luy sous le même catafalque, une Reyne les delices d'Espagne, qui faisoit la joye de Louis quatorze, tous enlevés les uns peu après les autres, furent les épreuves les plus sensibles et les plus accablantes qui pouvoient arriver au courage intrépide du Roy,

Son cœur sous des coups aussy vifs et si précipitamment redoublés fut toujours entier, ferme et inébranlable, non par indolence et insensibilité mais par piété et par Religion ; il reçut les disgrâces de la part de Dieu qui les luy envoyoit, il adora la main qui le frappoit, il reconnut sous ces coups un père qui le chatîoit, mais toutes ces pertes furent autant de sacrifices de sa tendresse et de sa soumission quil of-

froit au tout puissant pour ses offences passées. On peut dire que dans cous ses malheurs l'indolence, et l'insensibilité n'eurent jamais de parc, étant même des plus tendre 1 ! et des plus sensibles. Il fut un temps, on se le peut dissimuler, ou dans le feu de la jeunesse et !e bouillon des passions il en suivit trop le penchant ; renfermant dans sa personne toutes les grâces et les attraits inimaginables pour se faire aimer, pour peu qu'il s'ouvrit a un cceur, il etoit bientôt rendu, il aima et il fut aimé. La Reyne, son Epouse, cachait les peines quelle pouvoit en avoir, et soupiroit plus pour le salut du Roy que pour les marques de sa tendresse. Au milieu de ce foible qui a été ceîuy des plus grands hommes, le Roy néanmoins conserva toujours pour la Reyne son Epouze un attachement sincère, et une estime très particulière pour son mérite sa vertu, sa douceur et sa dévotion, ayant eu toute la complaisance immaginable pour elle. Dans la triste nouvelle qu'on lui apporta de son deceds, le Roy s'ecrîa tout haut : hélas ! le seul chagrin que la Reyne m'ait donné esc celuy de sa mort!

Une des inclinations dominantes dit Roy fut la somptuosité et la magnificence en gênerai. Jamais souverain ne la porta plus loin, tant dans ses meubles que ses habillemens ses équipages d'écuries, de vénerie, de fauconnerie, dans les officiers de sa maison, des bâtiments et jardin des maisons Roy ailes, qui n'avoient avant luy aucun air de grandeur ny de pro-

prêté et qui ont maintenant la magnificence des Roys ei la propreté" des particuliers, qui se voyent dans les Châteaux de S' Germain en laye, Versailles, Fontainebleau, Marly, Meudon, Chambors et les autres bâtiments du Louvre de Paris et des places publiques, comme aussy dans un nombre iruuiy de fortifications, de places et de citadelles, et dans un monument éternel bâty pour la retraitte des officiers et soldats qui ne sont plus en état de servir qui est le grand et somptueux bâtiment nommé Hôtel de Mars ou les Invalides; de plusieurs Eglîzes bâties ou reparées par les soins de ce grand Prince qui ont été de nos jours et qui seront dans la postérité la plus reculée, le plus digne objet d'admiration tant des François que des étrangers.

L'uniformité régna toujours dans la conduite de Louis 14; ce qu'il fit un jour on le luy vit faire presque tous les jours de sa vie ; tout y etoit fixé, ses prières son repos, ses repas, ses voyages, ses délassements, ses parties de plaisir, les jours de chasse différais selon le temps, les saisons. Sujet plus que pas un autre a toutes les loi* qu'il s'etoit prescrîtteS luy-raérae et très fidel a les observer, assidu aux heures marquées pour ses conseils, et très exact pour les assemblées, et pour recevoir les ambassadeurs qui luy etoîenc envoyés de toutes parts, il quittoit tout pour se rendre aux heures, il animoit par son exemple les autres au travail, voulant soumettre ses diil'erens désirs a;

ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. rji

j*aoh prescrittes luy-mëme et qu'il s'eioit imposées.

Cette constante uniformité provenoit de la fermeté de son esprit, il regloit tout avec tant de mesure, et de circonspection, quil se trouvoii très rarement obligé d'abandonner ses premières resolutions. Il reflechissoit mûrement avant de rien entreprendre, mais une fois résolu, i! ne changeoit pas facilement, cest ce qui l'avoir rendu si absolu dans l'exécution de ses volontés. S'il eut l'esprit ferme, son cceur ne fut pas moins constant. Combien a t on vu de courtisans éprouver les effets de cette constante bonté du Roy? Une fois prévenu favorablement pour quelque grand ou petit les faveurs, les grâces et les bienfaits leur etoient départis en abondance, ce qui faisoit quiletoit aussy tôt accablé de jaloux que favorisé.

La manière gratieuse dont ce grand Prince aeeompagnoit ses bienfaits etoic encore plus estimable, plus agréable et plus glorieuse a ceux qui les reçoivent que le don qu'il leur avoit fait quelque grand qu'il put être.

La malheureuse situation des souverains qui se trouvent sur le Trône dans l'enfance et quasi dans le berceau fut celle de Louis 14. Ce temps ou un Etat est comme en proye et en combustion pendant une minorité soit dans les finances, soit dans la guerre, qui étott dans ce Royaume et au dehors depuis un grand temps, fut peu propre a l'avancer dans les Etudes; mais si ce grand prince ne fut pas avancé dans les Sciences, par la force de son esprit, il en connut tout

i i3 JOURNAL DE LA MALADIE

le prbt, il leur partage* plus quaucun Prince * gouverne cette monarchie et ce sera dans toute la postérité, un des plus grands prodiges du Règne de Louis 14 quun Roy sans lettres cl sans études, ave plus rassemblé de grands hommes en toute espèce de littérature, d'arts, de mechaniques, et en gênerai de toutes les sciences durant le cours de son règne, que tous les siècles passés n'en ont pu fournir ensemble. Le Roy aimoic naturellement la société, mais il etort quelquefois ohligé par politique d'être réservé par un fond de bonté, i! Craignott qu'en se familiarisant trop, on ne perdit le respect a son égard, et qu'on ne l'obligeât a se fâcher et a faire ressentir a ceux qui en abuseroient son courroux et tout Je poids de son authorité, il avoit néanmoins de ces doux moments dans le secret, il conferoit familièrement avec ses domestiques et ceux qui avoiem l'honneur de sa confiance.

Il se moncroït alors tel qu'il erait dépouillé pour ainsy dire de sa grande majesté, et comme descendu du Trône par sa douceur, son humanité et sa facilité dans le commerce, avec ses moindres officiers de manière quil sembbit quil oublioit quil fut Roy pour se montrer homme comme eux et s'il leur faisoir connoître dans ces heureuses conjonctures quil etoh leur maître, cetoit par les marques de sa bienveillance en les comblant de grâces et de bienfaits.

.Louis 14 n'authorisa jamais aucun crime, s'etantfait une loy de les punir sévèrement; plein d'estime pour

li pieté, il respecta toujours ceux qui lapratiquoient; équitable dans ses jugemens, il n'écouta pas aisément les mauvais bruits, que forment les passions, il prêtera de tomber a l'égard du prochain dans une trop grande facilité a en croire du bien, plutôt que de l'exposer au danger d'en croire remerairement du mal, et voulant que tous ceux qui approchoient de sa personne Royalle l'imitassent en ceia, ennemy mortel de la médisance et de la calomnie, personne ne tomba impunément dans ce vice en sa présence.

Il en donna un exemple à l'égard d'un Seigneur de sa cour qui d'un style satirique reprenoit un jour en sa présence la sotte vanité d'une personne absente qui s'en faisoit fort accroire, et qui finissant sa satire dit ; Sire, on feroit un grand livre de ce qu'il ne scaït pas; aussitôt le Roy hiy répondit d'un ton assez sec et imposant : Monsieur, on en feroit un bien petit de ce que vous scavèz. 11 eut toujours le mensonge et la fausseté en grande horreur car il faisoit de la droiture de son cœur, sa vertu favorite et le principe de toutes

Son zèle pour la Religion etoit sans égal ce qui le portoit a tout entreprendre pour la soutenir, rien n' etoit capable de l'arrêter dans ce quil croyoît de bonne foy utile à concourir a l'avantage de l'Eglize, et a la gloire de Dieu; les ligues les plus formidables, les murmures publics, les révoltes intestines de pluieurs de ses sujets, en un mot toute la Politique hu-

Tj* JOURNAL DE LA MALADIE

maine ne furent jamais des obstacles a ses pieux desseins, il les méprisa et les surmonta.

La Revocation du fameux Edit de Nantes qui purge entièrement le Royaume du venin de l'Erreur qui l'infectoit depuis tant d'années, les loix sévères portées contre cette folle passion, si enracinée dans le cœur de la noblesse, contre ce funeste point d'honneur auquel depuis tant de siècles on sacrifioit, au moindre coup d'eeil, sa vie, sa fortune et son salut ; cette générosité compatissante avec laquelle il a reçu dans ses bras et sous sa protection plusieurs Roys, Reynes, et princesses dépouillés seront des monuments éternels de sa charité et de sa pieté, ainsy que la maladie dont nous avons fait le détail au vray dans ce petit journal historique, dans lequel nous avons fait connoitre que si Louis 14 ce grand Roy a régné en héros, il est mort en roy très Chrétien.

Harangue au Roy Loult 15

\tx\- M. Son, «vocal ginéral nu grand Conseil.

Nous nous présentons au Trône de votre Majesté pour y renouveller le serment de notre fidélité, nous espérons retrouver en vous la sagesse du Dauphin votre Père, la douceur de votre Ayeul et la gloire du Roy votre Bisayeul auquel vous succédez. Les exemples du Prince Régent raniment déjà les Cendres, la sagesse formera votre cœur et la main de Dieu fera le reste.

Lettre du 3 y h,e 1715. Sur ce qui s'est passé au Parlement au sujet de la Régence accordée a M. le Duc d'Orléans.

Je ne puis me dispenser Monsieur de vous marquer les grands événements qui se sont passés depuis 2 jours.

Je suis ravi que cela me procure l'honneur de vous écrire. Dimanche premier j bn le Roy mourut a huit heures et 1/4 du matin, il avoir pendant sa maladie donne la Regencea Monseigneur le duc d'Orléans avec le commandement des troupes, la garde et tutelle de la personne du Prince a M. le Duc du Maine, la charge de gouverneur a M. de Vtlleroy, celle de Précepteur à M. Pabbii Fleury qui a quitté l'Eveché de Frejus.

» Aussitôt après la mort du Roy, il y eut de grands 1. Nou« reproduisons cci pièces, qui se trouvent il la suite du manuscrit, et relatent des faits déjà connu!, eu raison de quel, quel légircs variantes qu'elle! contiennent.

Le discours du duc d'Orléans au Parlement est il peu pris identique s. celui que les Anthoine ont donné précédemment. On remarquer! cependant que, dans la première version, le duc d'Orléans demande que la Régence lui «ail décernée avant la lecture de testament de Louis XIV, lundis que dans la seconde il demande seulement que ses droits soient constatés immédiatement aprèi que le testament aura été ouvert.

débats encre M. le duc d'Orléans, et M. le duc du Maine; vous en voirez le sujet plus bas dans la relation dans ce quijs'est passé au Parlement hier Lundy.

Deux heures après la mort du Roy M. d'Orléans envoya chercher M. le Cardinal de Noailles, le reçut avec tout l'honneur et l'amitié possible, le tînt quelque temps serré en l'embrassant, de là M. le Cardinal passa chez le Roy Louis 15 pour lui faire serment de fidélité comme a voient fait auparavant M™ les Princes, ducs et pairs, il fut ensuite chez M. de Villeroy chez qui etoit M. de Laon et quelques autres Evéques opposés a son Eminence. Le Laquais qui l'annonça dit : M. le Cardinal de Noailles demande s'il ne vous incommodera point.

Le Duc avec de grands hélas, repondit en allant au devant de ce prélat : M. le Cardinal peut il me demander s'il m'incomodera, c'est la personne que j'atme le plus au monde, les autres Evêques parlèrent et se retirèrent. M' d'Orléans envoya aussy un courier a M r de Chalons et de Metz pour leur dire quils pouroient revenir quand ils voudroient a Paris.

Hier M. le duc d'Orléans, les autres Princes et Ducs et pairs furent au Parlement a huit heures et demye du matin.

Primo : le duc d'Orléans, par un discours fort poly et fort éloquent, demanda avant toutes choses la Régence, comme elle luy appartient par droit de naissance, l'on luy accorda.

ET DE LA MORT DE LOUIS XIV. ijr

Secundo : il demanda l'ouverture des Testamcns et Codicilles idu Roy, par lequel la Régence du duc d'Orléans etoit si limitée, quil ne luy auroic resté que le nom, si le testament eut été exécuté. Pendant qu'on le lisoit, il s'éleva un bruit sourd. M. le P r Président qui est du parti du duc du Maine, en faveur de qui ce testament est fait dit : il faut écouter car ce testament est notre loy, après l'arrêt que nous avons rendu par lequel nous promettons de l'exécuter; il s'éleva sur le champ un murmure universel qui démonta le Premier président.

Tertio ; après la lecture du Testament etCodicilleSj M r le duc d'Orléans dit qu'a l'égard du conseil de la Régence établi par le Roy, entre les conseillers etoit le P. le Tellier, il demanda qu'il fut détruit, que M. le Duc fut chef du Conseil de la Régence, sous son authorité, comme etoit le Prince de Condé, son bisayeul, qui eut la liberté de former son Conseil de.gens choisis et accrédités dans le Public, et agréables a la Compagnie a laquelle il fera part du choix qu'il aura fait sans être abstratnt à suivre la pluralité des voix, cela a passé.

4° : Sur la garde et tutelle, M. le Duc d'Orléans a dit qu'il ne prétendait pas s'en mêler, quelle etoit sagement établie et que si le Roy ne l'avoit fait, il auroit prié le Parlement d'y pourvoir, quil n'y avoit que quelques points a observer. Le i" est que l'autborité sur la maison du Roy que le duc du

Maine pretcndoit avoir, « qui a été un des points le plus vivement contesté a Versailles, etoit une chose monstrueuse, dangereuse pour la tranqutlité publique et contre toutes sortes de règles et de raison. Si l'on scavoit qui a donné ce conseil il meriteroit d'être puny, car c'est vouloir lever l'etendart d'une guerre civille.

M. le duc d'Orléans demanda a cet égard le commandement sur toute la maison du Roy comme sur les autres troupes. Le 2" que M. le duc du Maine n'eut que la qualité de Surintendant de l'éducation et garde du Roy et le commandement du Guet ordinaire, sous l'authorîié du Régent et des Princes du Sang. Le 3" que le commandement ne fut que sur le guet en exercice actuel auprès de la personne du Roy.

M. le Duc du Maine a dît que quand le Roy luy communiqua le dessein quil avoit de le charger de la personne du Dauphin quil luy représenta que cette charge croit au dessus de ses forces, mais que le Roy lui ayant marqué, quil le vouloir, sa volonté luy avoit servi de loy pendant sa vie, quil en seroit de même après sa mort, et que rien ne pouroît l'engager a se départir de ce qui etoit dans le Testament. C'est pourquoy le Duc du Maine M. le comte de Thoulouze et les Princes de Dombes opinèrent toujours conformément au Testament. M. le Duc du Maine insista fort sur l'authorité sur la maison du Roy, et dit quil ne luy resteroit qu'un nom vain de tuteur, s'il n'avoit aucune authorité, quil aimoît mieux en être

ET DE LA MORT DE LOUIS XIY. ij?

déchargé. M r le Duc d'Orléans reprit sur le champ ; hé bien M' on vous en décharge.

II proposa de donner cette charge a M. le Duc comme luy appartenant de droit; comme il se fit un grand murmure de la Compagnie voyant bien que d'accorder la Tutelle a M. le Duc c'etoit la donner a M. d'Orléans, lequel ayant vu le murmure dit quon recueillît les voix; elles furent pour M. le Duc du Maine, et quoique les conclusions eussent été pour prendre du temps pour concilier les choses au sujet de l'authorité sur la maison du Roy, il passa que M. le Duc du Maine n'auroit ordre que sur le Guet a cheval.

MM" les ducs et pairs ont eu, il y a deux ou trois mois, un différent avec les Présidents a mortier, sur le pas, les ducs et pairs voulant être le premier corps du Royaume; le Roy n'ayant point terminé le différent qui fut vivement contesté alors, M" les ducs dirent que sa Majesté n'ayant point vuidé leurs differens avec M" les présidens, n'ayant point eu encore d'occasion de protester contre leurs prétentions,

mandoient acte de leur protestation.

M. de Noyon se joua d'eux et les étourdit en leur t : vous nous reconnoissés donc pour juges. Ils dirent tous non, non, le débat fut grand, M. le duc d'Orléans leur dit quils leur donnassent leurs mémoires, et qu'il dcheroit de les accomoder, M. de Noyon dit quil n'y avoir que le Roy qui les put ju-

demat

i + o JOURNAL DE LA MALADIE

ger. Comme la dispute s'echauffoit et que I gens du Roy, s'étoient retirés pour prendre conseil M. le Duc d'Orléans craignant que l'affaire ne se jugeât et qu'il ne se fit ennemy l'un des deux partis, fit signe en se levant aM. le Duc, et ils sortirent tous vers midy. Les gardes françoises et suisses etoient autour du Palais, il sortît au milieu des acclamations du peuple auquel i! jeta de l'argent. L'apres midy ils revinrent tous a 4 h, M. le duc du Maine fit encore renaître la dispute sur l'authorité sur la maison du Roy, il ny gagna rien. M. le duc d'Orléans eut tout ce quïl avoit demandé scavoir, outre ce que j'ay dit, que le Surintendant a l'Education du Roy ne le poura transporter d'un lieu en un autre que du consentement du Régent et du Parlement.

Le duc d'Orléans s'obligea de suivre la pluralité des voix du conseil, quil choisira dans les affaires de la guerre et des finances, et dit quil etoic ravi que le Parlement le mit dans la nécessité de ne faire aucune faute dangereuse a l'Etat, en même temps il demanda d'être le seul maître des grâces; et dit qu'il choisiroit pour le Conseil de Conscience deux Evêques et un magistrat qui veilleroient au droit du Royaume, et aux libertés de l'Eglize gallicanne qui a donné des marques de son amour pour les libertés ; ce qui fait croire que c'est M. le Procureur gênerai, quil seroit pourvu au choix du Confesseur par l'avis du Regem et du Parlement quand le Roy seroit en âge.

Le Roy avoir marqué dans son testament le Père Le TelUer pour Confesseur.

M . le Duc d'Orléans, pour prévenir les esprits promit de révoquer par un edît, les articles des Ordon ninces de 1 667 et 1 673 qui arrâcoient le cours des remontrances et d'en dire expédier un Edit incessamenc.

Il a permis la continuation du Parlement et des autres cours jusqu'au dernier y hr ' pour l'Enregistrement dudit Edic et des affaires publiques.

M. de Charolois a eu ce même jour scéance au Parlement pour la première fois, c'est le plus aimable Prince de France.

M. de la Rochefoucault y a été aussy reçu pour la première fois, M IM de Maïntenon rend tous ses Equipages ec se recire a Saint-Cyr, avec j domestiques. M. le Prince de Rohan fut avant hier demander ordre a M. d'Orléans qui le fit un peu attendre dans son antichambre, mais après il le reçut fort bien et luy dit quil n'avoït point d'autres ordres a luy donner sinon de luy demander son amitié; la maison de Bouillon passa devant celle de Rohan quand ils furent pour faire serment de fidélité, Je finis, etc.

Relation de ce qui s'est passé au Parlement lors de la Régence,

La scéance a commencé a six heures et demye du

l*a JOURNAL DE LA MALADIE

Première proposition mise en délibération ; de quelle manière on en userait a l'égard des ducs qui ne voudraient pas se conformer a l'ancien usage et se découvrir en opinant.

A été arrêté qu'on ne compterait point leurs voix,

Deux" propositions : de quelle manière on envoyeroit au devant de M. le duc d'Orléans,

A été arrêté que M" le Pelletier et de Bailleull les deux derniers Présidens a mortier, et M" Godard et Cadeau conseillers iraient àla S" Chapelle lorsqu'on aurait avis de son arrivée, entendraient le reste de la messe derrière luy, et qu'ensuite les deux Présidents marcheraient a ses cotés jusque dans la grande chambre nonobstant les princes qui accompagne rotent Monseigneur le due d'Orléans.

Ensuite les gens du Roy ont été mandés pour leur dire qu'aussitôt la sceance finie, ils eussent a partir pour aller scavoir du nouveau Roy le jour qu'il voudrait prendre pour venir recevoir les respects de son Parlement, et y tenir son lie de Justice, et en avertir aussitôt la Compagnie.

A 8 heures 3/4 on est venu avertir que Monseigneur le duc d'Orléans, entendoit la messe a la S" Chapelle. Aussitôt les députés sont sortis pour aller le recevoir.

Dans le moment que. Monseigneur le duc d'Orléans est entré dans le Parquet de la grande chambre, il a dit à M" les ducs de S 1 Simon et de la Force

DE LA MORT DE LOUIS XIV. i*j

qu'il les prioit de ne point renouveller aujourdhuy leurs prétentions et de les remettre a un autre temps quil sagissok d'affaires plus importantes et dans lesquels le salut de l'Etat etoit intéressé. Sur quoy M. le duc de S 1 Simon luy a dit d'un ton de voix fort élevé, Monseigneur, vous nous rendrez justice au plutôt comme vous nous l'avez promis et s' adressant a M. l'Arche vaque, duc de Rheims, M. le duc de S' Simon luy a dit : M. Lisez tout haut la protestacion que nous avons faïtte, ce que M. de Rheims a fait pendant le temps qu'on etoit allé au Parquet pour faire venir les gens du Roy.

Lorsqu'ils ont été arrivés M. le duc d'Orléans a fait un très beau discours, dans lequel il a répété a la compagnie les dernières parollçs que le feu Roy !uy avoir dites, après avoir reçu le S 1 Viatique, a marqué que la Régence luy appartenoit par le droit de sa naissance et par les loin du Royaume, quil apportoit au Parlement le Codicille du feu Roy qu'il luy avoit remis en main, que la compagnie etoit dépositaire de son testament, quil souhaitoit pouvoir se conformer a ses dernières volontés mais quil avoit pour luy que la qualité de Régent luy appartenoit indépendamment de la volonté du feu Roy et de ses dernières dispositions, et qu'il demandoit quon y déliberast préalablement avant de prendre la communication du Testament.

Sur quoy M. Joly de Fleury portant la parolle a

le jeune

1 et le P.

deux fois

irolle et a

donne les ordres nécessaires pour amener le j Roy au parlement, que l'ouverture du testament se fasse en sa présence, et qu'ensuite on le mené à Vincennes, ou il restera jusqua ce que le conseil de Régence en ait disposé autrement.

Apres la signature du Codicille il y a deux lignes ajoutées par lesquelles il nomme M. Fleury ancien Evéque de Fréjus précepteur du Dauphin et le P. le Tellier confesseur. Signé du 35 Août det assés mal écrit.

Ensuite M. le duc d'Orléans a pris la parollt dit que malgré le respect qu'il devoit avoir t nieres volontés du Roy, il etoit néanmoins obligé de représenter a la Compagnie que ses droits étaient blessés par plusieurs dispositions du Testament, qu'il s'auendoit suivant les dernières parolles du feu Roy a y trouver de plus grandes marques de sa confiance, qu'il le privoît de la Généralité du Régent, qu'il pretendoît, et dont il n'avoir intention de taire usage que pour le bien du Royaume, le repos des peuples et l'avantage de la compagnie et qu'ensuite il proposerait ses difficultés sur l'exécution du Testament.

Surquoî M. l'Avocat g ' 1 a conclu a ce que la Généralité de Régent luy soit donnée, ce qui luy a été déféré tout d'une voix avec de grands éloges.

Ensuite il a proposé crois difficultés sur l'établissement de nouveaux conseils quil propose en suivant les projets de feu Monseigneur îe dauphin mort.

Il demande quil soit établi des conseils séparés subordonnés au Conseil de Régence, scavoir un pour la guerre, un pour les finances, un pour les matières de Religion.

La 2" difficulté que M. le Duc qui a 33 ans accomplis ait entrée au conseil, et soit entré Chef du Conseil de Régence sous l'authorité du Régent,

La 3° que le Régent ait le commandement de toutes les troupes a l'exclusion du duc du Maine qui aura seulement le commandement du guet pour la garde du Roy.

M. le Duc a dit qu'a son égard étant Grand Maître de la maison du Roy, tous ses droits etoient détruits par le Testament et qu'il pretendoit les conserver et entrer dans le Conseil avec la qualité de Chef du Conseil,

M. le Duc du Maine a dit qu'il sacrifieroit toujours ses interests pour le bien de l'Etat et pour le repos du Royaume, que prévoyant le trouble qui pourrait arriver il avoir pris la liberté de le représenter au feu Roy dans les derniers jours de sa maladie, mais qu'il avoît repondu qu'il vouloit être obéi, qu'au surplus il suplioic la compagnie de vouloir faire un règlement sur les différentes prétentions des princes et luy conserver ses droits en ne luy laissant pas seulement une vaine apparence d'une fonction aussy importante que celle de la garde du jeune Roy, si on ne luy donnoit aussy le moyen de s'en acq;iiter

avec tout le zelc que demande l'importance de cet employ.

M- Joly de Fleury a dit, que les propositions H demandes de M rt les Princes leur paroissoient d'une e*treme importance, quil ecoit nécessaire de leur donner quelque temps pour délibérer, et quils prendroient des conclusions après avoir examiné le Testament, le Codicille et les propositions de M" les Princes.

Une heure apriis les gens du Roy sont rentrés et ont pris des conclusions pour l'entrée de M. le Duc dans le conseil de Régence, en qualité de Chef du Conseil et au surplus ont demandé la communication du projet de M. le duc d'Orléans, et que la sceance fut remise après midy.

Surquoy par acclamation tous d'une commune voix ont noramé M. le Duc Chef du Conseil de Régence et M. le duc d'Orléans a dit , qu'il reviendroit a 3 heures etdemye après midy.

ns du

La sceance a commencé a 4 heures. Mj duc d'Orléans étant arrivé a demandé les gens Roy et a dît qu.il ne s'etoit pas suffisament expliqué le matin sur les propositions qu'il avoit a faire a la Compagnie, quil vouloir bien luy déclarer que quoiqu'il fut au dessous de la dignité d'être soumis a la pluralité des voix dans le conseil de Régence, cependant reconnoissanc le besoin qu'il avoit des lumierps

des autres pour le gouvernement du Royaume, il se laisserait toujours conduire avec plaisir a la pluralité des voix sur l'administration des affaires, mais que la nomination aux charges, aux emplois et aux Bénéfices luy appartenoit à luy seul, que content de faire des grâces, il etott trop heureux d'éVe dans l'impossibilité de faire du mal, qu'il pretendoit ajouter ou diminuer au Conseil de Régence selon quil jugeroir a propos et établir plusieurs conseils particuliers pour la guerre, les finances et la marine dont il auroitle choix des sujets, et surtout pour la nomination aux bénéfices qui seroit composé de deux Archevêques, ou Evéques, et d'un magistrat choisy du Parlement, toujours attentif a conserver les droits de l'Eglize de France;

Quil aurott encore une proposition a faire sur ce qui concerne le Commandement des troupes de la maison du Roy qui ne pouvoit être divisée, que cétoit une occasion de trouble et de guerres civilles, qu'il etoit néanmoins bien persuadé que celuy a qui il etoit déféré par le Testament concoureroit toujours avec luy au bien de l'Etat, mais que comme les officiers de la maison du Roy ne pouvoient recevoir d'ordres que du Roy seul, c'etoit a la qualité de Régent qu'il representoit, qu'il pretendoit avoir seul le droit de les commander à l'exclusion de tout autre, ce qu'il demandoit;

Quil falloit encore faire droit sur les prétentions

trc ae « de toute»

que, *-

de M. le Duc qui en qualité" de Grand Maitre de h

Maison du Roy dévoie avoir la n

les charges indépendamment de M. le

Maine.

Surquoy les gens du Roy ont représenté que Ion les anciennes loix du Royaume, le pouvoir de conférer les charges ei emplois etoit accordé au Régent, que M. le duc d'Orléans ne vouloit en faire usage que pour le bien du Royaume, qu'il donnoit même des marques de distinction a la compagnie en admettantun desofficiers du Parlement au conseil pour la nomination aux bénéfices, que le commandement des troupes pou voit être divisé, qu'il auroit ecé a souhaitter quon eut pu trouver quelque tempérament en laissant le commandement particulier de la garde de chaque jour a M. le duc du Maine, mais que, comme le regent avoir allégué que cela etoit contre Tordre militaire ils croyoienr plus a propos de luy laisser le commandement entier des troupes, qu'il falloit avoir égard au choix que le Roy avoit fait du duc du Maine pour la garde et tutelle du jeune Roy, qu'après avoir fait une exacte recherche dans notre histoire ils avoient trouvé plusieurs exemples de ce qui s'est fait par le Testament, et que l'éducation et la garde du Prince avoient été séparées de l'administration des affaires et du gouvernement du Royaume, qu'il etoit juste de conserver les droits de M. le Duc indépendamment de i

i LA MORT DE LOUIS XIV. 151

Surquoy M. le Duc du Maine a dit qu'on ne luy vouloic laisser qu'un vain titre et le charger de la garde du Roy sans luy donner le pouvoir de s'en acquiter qu'il demandoit a en être déchargé, et, puisqu'on ne luy laissoit aucun commandement, il se contentoit de la qualité de Surintendant de l'éducation du Roy.

M. le duc d'Orléans a dit, qu'il demandoit acte de la déclaration de M. le duc du Maine, quil se chargeoit avec plaisir de la garde du Roy, que son intention etoit de ne le point quitter et que c'eroit a ce sujet qu'on le faisoit venir a Vincennes pour être plus a ponde de Paris et pour ne pas l'exposer au mauvais air de Paris qui etoii dangereux en cette saison en cette ville.

M. Jo!y deFleury a dit quil demandoit du temps a la Cour pour délibérer sur la déclaration que M. le duc du Maine venoit de faire et qu'au surplus il prioit la Cour de délibérer sur les autres propositions ce quPa été accepté tout d'une vois.

M, le duc du Maine a dît, qu'il etoit fort innutil d<2 prendre du temps pour délibérer puisquil reiteroit sa déclaration, et quand on est venu aux opinions a luy demander sou avis sur les autres propositions, a dit qu'il ne pouvoit acquiescer aux conclusions dés gens du Roy, puisquelles etoient directement contraires aux volontés du feu Roy dont on changeoit toutes les dispositions,

ip JOURNAL DE LA MALADIE

Ensuite toutes îes dispositions ont passé car elles avoient été coûtes fort claires.

Apres quoy le différent pour la prétention des ducs vec beaucoup de chaleur, et de viva-

M. le duc de S' Simon a dit qu'il demandait acte de la protestation faitte le matin par M. le duc de Reims.

M. le duc d'Orléans a dit, qu'il leur avoir promis qu'il seroit neutre dans cette affaire et quil conserveroit les droits de M" les ducs sans donner atteinte au Parlement.

M. le Duc de Villars a demandé a M, le Duc d'Orléans la permission de parler et a dit qu'ayant répété au feu Roy qui! etoit indécent a M" les Ducs et Pairs d'attendre que M. le P'. Président leur demandant leur avis, et d'être obligés de se découvrir aussitôt quil leur addressoit la parolle dans le temps que luy restoit toujours couvert, d'autant plus que cette cour etoit anciennement appellée la cour des pairs et qu'ainsy il leur falloic rendre les honneurs qui leur etoient dus, que le feu Roy avoir eu la bonté de luy témoigner quil etoit surpris de cet usage si peu convenable a leur dignité.

M. le Premier Président a repondu qu'il avoir eu l'honneur d'en parler plusieurs fois au Roy, qui avoir toujours paru surpris de la nouveauté de l'entreprise de M", les ducs. M. le Doyen a dit ensuite que puisqu'il y avoit 200 ans qu'on vivoit de

même, il ne falloït rien changer aux a

M. le due de S 1 Simon a persisté i acre de la protestation ec quelle fut insérée dans les Registres du Parlement.

M. le Président de Novîon luy addressant la parolle a dit : a qui demandez vous acte de votre protestation? Il a repondu que c'écoit a la Cour. M. de Novion a dît: Vous nous reconnaissez donc pour vos juges. M. le duc de S' Simon a dit que c duc d'Orléans. M. le Président de Novion, i Monsieur le duc d'Orléans, luy a dit : nous ■ rendrons toujours le respect que nous vous devons, mais vous voulez bien me permettre de vous dire que vous ne pouvez pas être juge de ce différent et qu'il n'y a que le Roy seul qui puisse de son aucho rite changer cet ancien usage.

M. le duc de S 1 Simon a dit que M. le Régent pouvoit faire tout ce qui etoit au pouvoir du Roy puîsquil le representoit.

M. de Novion a repondu que cela etoit vray a l'exception de certaines choses qui etoient au dessus de son pouvoir comme celle-là, de quoy il rapporteroït la preuve lorsquil seroit nécessaire.

M. le duc d'Orléans a dit, que le temps n'etoit pas propice pour agitter toutes ces questions, qu'il tacherait de les consillier et qu'il ne ferait rien qu'en prenant l'avis de M. de Novion, en qui il avoitvuunasséz grand fond de justice pour la rendre a luy même et a

t;t JOURNAL DE LA MALADIE

ses confrères, comme il faiso'tt aux autres avec tant d'exactitude et de probité.

Monseigneur le duc d'Orléans s'est levé et oa a crié ; Vive le Régent, vive le Roy.

Discours de Monseigneur le Due d'OrUi fail an Parlement le lundy a ? brc 17IJ.

ifalé h

M. Après tous les malheurs qui ont accablé France et la perte que nous venons de faire d'un grand Roy, notre unique espérance est en celuy que Dieu nous a donné; c'est a luy M" que nous devons présentement nos hommages, et une fidclle obéissance ; c'est moy comme le premier de ses sujets qui doit donner l'exemple de cette fidélité inviolable pour sa personne, d'un attachement encore plus particulier que les autres, aux intérêts de son Etat. Les sentimens du feu Roy ont attiré sans douite ces discours pleins de bonté qttil ma tenus dans les derniers moments de sa vie et dont je crois vous devoir rendre compte. Après avoir reçu le S 1 Viatique, il m'appella et me dit : mon neveu jay fait un testament ou je vous ay conservé tous les droits que vous donnent votre naissance. Je vous recommande le Dauphin, servez-le aussy fidellement que vous m'avez servi et travaillez a luy conserver son Royaume. S' vient a manquer, vous serez le maitre et la

ronne vous appartient. A ces parolles il en ajouta d'ancres qui me sont trop avantageuses pour les pouvoir repeter, il finit en me disant : J'ay fait les dispositions que jay cru les plus sages, mais on ne sçauroit tout prévoir ; s'il y a quelque chose qui ne soie pas bien on le changera, ce sont la ses propres

Je suis persuadé que suivant les ioix du Royaume et suivant les exemples de ce qui s'est fait en pareilles conjonctures et la destination même du feu Roy, la régence m'appartient, mais je ne seray pas satisfait, si a tous ces titres qui se réunissent en ma faveur vous ne joignez vos suffrages, votre approbation, dont je ne seray pas moins flatté que de la Régence même. Je vous demande donc que, lorsque vous aurez lu le testament que le feu Roy a déposé entre vos mains, et le Codicille que je vous apporte, de ne point confondre mes différents titres, et de délibérer egallement sur l'un et sur l'autre, c'est a dire sur le droit que ma naissance me donne, et sur celuy que le testament poura ajouter. Je suis persuadé même que vous jugerez a propos de commencer a délibérer sur le premier, mais, a quelque titre que jaye droit d'espérer la Régence, j'ose vous assurer M., que je la ineriteray par mon zèle pour le service du Roy et par mon amour pour le bien public, surtout étant aidé par vos conseils t et vos sages remontrances ; je vous les demande par avance en protestant dans celte auguste assemblée

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que je n'auray d'autre dessein que de soulager les peuples et de rétablir le bon ordre dans les finances, de retrancher les dépenses superflues, d'entretenir la paix au dedans, et au dehors du Royaume, de rétablir surtout l'union et là tranquilité de l'Eglize et travailler en fin avec toute l'application qui me sera possible a tout ce qui peut rendre un Etat heureux. Ce que je demande a présent M rt est que les gens du Roy donnent leurs conclusions, sur la proposition que je viens de faire de délibérer aussitôt que le testament aura été lu sur les titres que jay pour parvenir à la Régence en commençant par le premier, c'est a dire par celuy que je tire de ma naissance et des loix du Royaume.

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