SCÈNE PREMIÈRE
Premiers jours de décembre 1793.
*-^ô Temple. — Un couloir près la loge du guichetier. Rocher, Tun des portiers de la tour, y est assis ; vêtu en sapeur, il porte un lourd bonnet de poil noir, des sabots, un large sabre ; un trousseau de clés pend à sa ceinture. Sa distraction habituelle est de laire tourbillonner la fumée du tabac qu^il brûle dans une énorme pipe.
SIMON, entrant.
On dit que ça marche : as-tu les journaux?
ROCHER
Ils ne lôs ont pas encore envoyés.
SIMON
Donne donc la goutte ; j'ai besoin de tuer le ver,
v'ià trois nuits que je ne ferme pas l'œil : si cela dure je suis frit.
ROCHER
Si les citoyens législateurs écoutaient un peu plus le
peuple leur souverain, ça marcherait autrement
Mais, parle-moi donc de Capet : il y a du temps qu'ils n'ont descendu au jardin, les oiseaux... Te rappelles-tu. bien quelles bouffées de tabac je leur poussais quand ils passaient au guichet : c'était au moins une distraction... Et puis ceux du corps-de-garde, comme ils eu chantaient, et de bonnes, quand la Médicis se montrai*" jt avec ses louveteaux.
SIMON
J'y suis, et que les canonniers chantaient :
« Madame à sa tour monte.
Eh bien! pour mon compte, j'ensuis fâché, que vous -«as ne le laissiez p]us prendre l'air. {On frappe au guichet — C'est Turlot ou Meunier : deux bons.
Il ouvre le guichet.
TURLOT
Quand je vous le disais, il y a désorganisation... er^^^ si l'on ne se dépêche, la machine ira en déroute. C'esB' <^^st à qui se jouera de la commune et des commissaires* .^^• On n'a plus de recpect pour les autorités, et tous le^ ^^ jours ce sont de nouvelles exigences et de nouveaux:^^^ ^ ordres.
ROCHER
Laisse-nous donc : est-ce que je ne les ai pas vus-a^ ^^ pendant tout le mois de septembre descendre au jardin -^^*^ avec San terre et les municipaux?... Nous nous en-^'^^^