TROISIÈME PARTIE
a seul était rebelle. Louis ne peut donc être jugé ; il
< est déjà condamné : il est condamnée ou la répu- « blique n'est pas absoute... Le droit de punir le tyran « et celui de le détrôner c'est la même chose : l'un ne « comporte pas d'autre forme que l'autre. Le procès « du tyran, c'est l'insurrection ; son jugement, c'est la « chute de sa puissance; sa peine, celle qu'exige la
< liberté du peuple. Les peuples ne jugent pas comme « les cours judiciaires : ils ne rendent point des sen- « tences, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas « les rois, ils les plongent dans le néant... »>
TOUS, dans un mouvement d* entraînement.
Vive la République et le petit Robespierre I — Vive l'incorruptible I
TURLOT
Comme c'est beau I... Comprenez-vous bien, au moins?
TOUS
Oui, oui, allez.
TURLOT
D'ailleurs, si je vais trop vite, arrêtez-moi.
MEUNIER
C'est un morceau à savoir par cœur ; il passera aux siècles les plus reculés. Quel tact I quelle finesse I TURLOT, reprenant.
m Et nous osons parler de république I Nous invo- € quons des formes, parce que nous n'avons plus de « principes; nous nous piquons de délicatesse, parce € que nous manquons d'énergie; nous étalons une € fausse humanité, parce que le sentiment de la véri- « table humanité nous est étranger ; nous révérons
« l'ombre d'un roi, nous ne savons pas respecter le « peuple; nous sommes tendres pour les oppresseurs, « parce que nous sommes sans entrailles pour les op- « primés... Juste ciel! toutes les hordes féroces du « despotisme s'apprêtent à déchirer de nouveau le « sein de notre patrie au nom de Louis XVI. Louis « combat encore contre nous, du fond de son cachot : « et Ton doute s'il est coupable, s'il est permis de le € traiter en ennemi ! on demande quelles sont les lois « qui le condamnent, on invoque la constitution!... « Allez donc aux pieds de Louis invoquer sa clémence... « La peine de mort est trop cruelle. Non, dit un autre, « la vie est plus cruelle encore : je demande qu'on le « laisse vivre. Avocats du Roi, est-ce par pitié ou par « cruauté que vous voulez le soustraire à la peine de « ses crimes? Pour moi, j'abhorrai la peine de mort « prodiguée par vos lois... mais Louis doit périr plutôt « que cent mille citoyens vertueux. Louis doit mourir, « parce qu'il faut que la patrie vive.
« Je vous propose de statuer dès ce moment sur le « sort de Louis. »
SIMON, après quelques minutes d'intervalle.
C'est tout? — Comment donc qu'on n'aimerait pas un homme aussi juste que ça. Et il y en a qui osent bien vous dire que c'est un machinateur. — Allons donc, vous êtes des imbéciles, et c'est Simon qui vous le dit.
ROCHER
Moi, je leur couperai le cou. Mais donne-nous donc
aussi quelques-uns de l'autre bord seulement pour
rire.
SIMON
Et Marat ?...