TROISIÈME PARTIE
LE PRÉSIDENT
Quels sont ceux qui vous ont présenté ces projets î
LE ROI
C'était si vague que je ne me le rappelle pas dans ce moment.
LE PRÉSIDENT
Vous avez fait, le 10 août, la revue des Suisses à cinq lieures du matin, et les Suisses ont tiré les premiers sur les citoyens. — Qu'avez-vous à répondre?
LE ROI
J'ai été voir toutes les troupes qui étaient rassemiDlées chez moi ce jour-là. J'avais fait prier même une députation de l'assemblée nationale d'y venir pour m'aider de ses conseils, et je me suis ensuite rendu dans son sein avec ma famille.
LE PRÉSIDENT
Pourquoi, ce jour-là, avez-vous doublé la garde du ohâteau des Tuileries ?
Toutes leg autorités constituées l'ont vu : le Château ^tait menacée et^ comme j'étais une autorité constituée, 3 e devais me défendre.
LE PRÉSIDENT
Pourquoi avez-vous mandé au Château le maire de "Paris dans la nuit du 9 au 10 août ?
le' ROI.
Sur les bruits qui se répandaient.
LE PRÉSIDENT
Vous avez fait couler le sang des Français?
LE ROI
Non, Monsieur, ce n'est pas moi.
L& PBfiSIDENT.
Avez-vous autorisé Septeuil à faire un commarce considérable de grains, sucre et café à Hambourg ? Ce fait est prouvé par une lettre de Septeuil.
LE ROI
Je n'ai aucune connaissance de ce que vous dites là.
LE PRÉSIDENT
Pourquoi avez-vous mis le veto sur le décret qui ordonnait la formation d'un camp de vingt mille hommes ?
La éonstîttition me donnait la libre sanction des décre,ts, et dès ce temps-là même j'ai demandé laréunicm ^i'un camp à Soissons.
LE PRÉSIDENT
Les questions sont épuisées. — Louis Gapet, avezvous quelque chose à ajouter?
LE ROI
Je demande communication des accusations que je viens d'entendre, et des pièces qui y sont jointes, et la faculté de choisir un conseil pour me défendre.
LE PRÉSIDENT
La convention veut-elle communiquer à Louis lespièces originales pour qu'il en vérifie les signatures^
PLUSIEURS VOIX
Oui I oui I . . .
LE ROI
Je demande à pouvoir les examiner avec soin.
MANUEL
Louis devrait se retirer un instant, et l'assemblée délibérerait sur ses demandes.
TRpi§|]|M£ PARITE. 335
Il n'en est pas besoin : on peut, Ip, comnamîàqiier' à l'instant les pièces.
Toutes les pièces sont posées sur une table placée devant la barre. Valazé les prend Tune après Tautre, et les présente, par-dessus l'épaule, à Louis, qui les examine successivement.
VALAZÉ
Voilà le mémoire de Talon. adressé à Louis Capet. Ce m^Bfioiret e$t> apo^illé* d§ sa naate- — ? R^Gon^aissez- "vous cette apostille?
LE.ROL
Non.
VALAZÉ
Voici un mém^pire de Lapprte qui établit entre Louis ^t Mirabeau un projet de contre-révolution. — Le connaissez-vous?
LE ROI
J'ai répondu que je ne le connaissais pas.
VALAZÉ
Pièces énonciatives des dépenses à faire pour gagner 1^1 faveur populaire. Cette pièce a été trouvée dans la l>aie pratiquée dans un mur du château des Tuileries.
LE PRÉSIDENT
Avant de communiquer la pièce à Louis, j'ai une question à lui faire. — Avez-vous fait construire une ^.rmoire à porte de fer dans un mur du château des 1?uileries ?
LE ROI
Je n'en ai aucune connaissance
VALAZÉ
Connaissez-vous, cette pièce ?
LE ROI
Je ne la connais pas.
VALAZÉ
Registre ou journal de la main de Louis-Capet intitulé : Pensions accordées sur la cassette^ depuis 1776 Jusqu'en 1792. On y remarque des pensions accordées à des gardes-du-corps, et 3,000 livres à Alacoque pour son faubourg. — Reconnaissez-vous cette pièce?
LE ROI
Je la reconnais, Monsieur; ce sont des charités que j'ai faites.
VALAZÉ
Où aviez-vous déposé ces pièces par vous reconnues?
LE ROI
Elles devaient être chez mon trésorier.
VALAZE.
État des pensions accordées aux anciens gardes-du corps, cent-suisses, gardes françaises ?
LE ROI
Je ne reconnais pas celui-là.
KERSAINT
Je demande à faire une motion d'ordre. — Les citoyens de Paris sont depuis ce matin sous les armes ; il est bientôt nuit, et il faut qu'avant la fin du jour le ci-devant roi rentre au Temple. Je demande que cette communication de pièces soit interrompue et continuée à demain.
PLUSIEURS VOIX
On peut finir aujourd'hui I — Oui I — Non.
Valazé continue son offîce, et, se tedant toujours le dos tourné au Roi, lui présente les pièces du procès.