TROISIÈME PARTIE
UN CITOYEN, en tablier de cuir.
Amis, la révolution est comme la voûte d'un pont : pour l'élever, faut des outils de toute sorte. Mais quand la clef est posée, il n'y a plus qu'une cheville à tirer et l'échafaudage dégringole : il ne reste que l'architecture brillante de majesté et de force. Vous m'entendez; je me nomme Caracalla, je ferai sauter la cheville
l'assemblée.
Bravo! bravo!... Vive le citoyen Caracalla.
UN AUTRE CITOYEN, s'uvauçant au bureau.
Moi, je ne demande qu'une chose, c'est que les gueusards qui nagent entre deux eaux ne soient pas ménagés, et qu'on les raccourcisse au plus tôt. — Mon patron eut Mucius-Scœvolaj qui n'avait pas peur: je suis de même.
UN AUTRE, tirant un poignard de son sein.
Mon patron, à moi, le voilà : du reste, je suis connu, et surtout des aristocrates. J*ai l'honneur de proposer à l'assemblée que le poignard soit décrété à l'ordre du jour si la guillotine ne fait pas son devoir. — J'ai entendu parler d'appel au peuple: je ne connais pas d'autre manière d'entendre la chose, que de remettre l'affaire aux bons patriotes.
De nombreux applaudissements s'élèvent.
UN AUTRE
(Sa mise dénonce un perruquier).
Je suis entièrement de l'avis du préopinant , et je vous prophétise que si Tappel au peuple a
lieu, vous êtes dans Tanarchie pour vingt ans; que la tour du Temple deviendra le Jardin des Espérides ; que Louis sera la toison d'or, et tous les aristocrates intérieurs et extérieurs les Argonautes préoccupés d'une conquête pour laquelle ils ne se donneront pas de relâche. Je me nomme Publicola.
UN AUTRE, ayant Veœtérieur d'un doiccher.
N'écoutant que l'impression de ma probités je dénonce l'appel au peuple : c'est regorgement général des citoyens ! — Titics Cassiics.
UN AUTRE
Moi, je dénonce l'hôtel Massiac et la caserne de la rue de Babylone : on y enrôle pour la cause royalisic. Un certain Malouet est à Paris incognito, et des femmes se sont réunies dans les caves de Saint-Sulpice. Caion dénonça Utique : je suis l'exemple de mon parrain; je dénonce les comploteurs.
UN AUTRE
Moi, je dénonce les membres gangrenés de la faction des hommes d'état. Il m'a été rapporté qu'un conciliabule s'était tenu sur le terrain même de la section du Luxembourg.... {Une voix : Je demande la parole après le citoyen.) Des ci-devant prêtres et des valets de Capet y étaient Pétion, ce grand lâche, y était aussi. Il a demandé si le ci-devant leur pardonnerait. — Je dis, moi, que le seul moyen qu'il ne leur pardonne pas, c'est de le tuer, et tout sera dit. Je me nomme La Pique.
UN AUTRE
Le citoyen La Pique a raison, et les comploteurs se réunissent dans une maison du ci-devant Saint-Germain. On-s-y a parlé des fédérés, en disant que les départe-
mentais (1) ne demandaient qu'à tomber sur le peuple. Mais c'est une calomnie: j'ai tous les jours deux fédérés sous le bras, et ils vont aux Jacobins. — Je me nomme Liberticide.
PLUSIEURS VOIX
A bas ! à bas ! - Qu'est-ce que c'est que ce serin-là avec son liberticide ! — A bas le liberticide !