‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 197 sur 212 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

le perdons pas de vue. Faut aussi de rhumanité : c'est uhe vertu républicaine, que les tyrans ne connaissent pas. — Ma foi, pour mon compte, je commence à en avoir assez.

MERCERAUT.

Allons donc, est-ce que tu t'es attendri aussi toi ?

MINIER

Je ne dis rien, parce que ça ne serait pas patriote ; mais j'ai-s-éprouvé une révolution, comme à dire que ça me brouillait... Enfin, il avait Tair si tranquille... Et puis, quand on lui a lu son arrêt de mort, pas le mot. C'est tout de même étonnant ; et il y a là-dedans quelque chose... oui, quelque chose qui n'est pas naturel, enfin. . .

MERCERAUT.

Tais-toi, pour ton honneur ; te v'ià comme Hébert, qui a été obligé de se retirer les yeux gros de larmes. — Eh bien ! moi, personne ne voulait venir, j'ai demandé à en être^ et je ne donnerai pas ma journée pour beaucoup.

BOSTON

Voilà ladiflférence, et je ne m'en cache pas, moi, voistu : ça m'a fendu le cœur. Quand je suis venu, je voulais voir aussi quelle grimace il aurait faite ; au moment qu'il est, je voudrais être à cent pieds sous terre.

MERCERAUT.

Vous allez voir qu'il faudra le rejuger... Tonnerre de Dieu ! ça me fait monter la moutarde au nez ! Quoi ! un scélérat comme lui, un gredin de son espèce, une tête couronnée... Triple millions de tonneaux, où sont donc les patriotes !

BOSTON

Calme-toi. Je n'ai qu'une chose à te dire : tu n'as jamais douté du père Duchêne, n'est-ce pas ?

MERCERAUT.

Jusqu'à ce moment, non , mais il vient de faire dans mon pannier aussi lui. C'est encore un pleurnicheur,

BOSTON

Ce que tu voudras, puisque tu suspectes jusqu'au vertueux Duchêne ; mais, tiens, v'ià ce qu'il vient de me dire, y a pas deux minutes : « Mon ami, ce sont les « prêtres qui ont formé la majorité qui nous délivre « du tyran. Eh bien ! puisque ce sont eux, et qu'ils « ont été assez féroces pour le condamner à la mort, « quoique la sainteté de leur caractère le leur défendît, « qu'ils le conduisent à l'échafaud : il n'y a que des « prêtres constitutionnels qui aient .assez de férocité « pour remplir un tel emploi. »

MERCERAUT, le regardant quelque temps.

Je n'en suis plus étonné ; un peu plus tu aurais demandé à c't autre galopin qui vient de venir pour le confesser, de baiser sa robe, et de vouloir bien te donner la bamboche ; car, le diable m'étrangle, tu lui as fait plus d'excuses pour le fouiller qu'on n'en fait à une fille pour lui prendre le bout des doigts.

BOSTON

Tu plaisantes ; mais, je ne ris pas : et, pour ce crayon d'acier que tu prenais pour un poignard, et que tu as tant examiné, j'étais sur les charbons, car c'était compromettre la commune.

MERCERAUT.

As-tu fini?... Ne te gêne pas : avec toi, les patriotes seraient bientôt des imbéciles, à ce que je vois.

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