TROISIÈME PARTIE
Cléry rentre avec un verre qu'il place près d'une carafe d'eau qui se trouve sur la table.
LE ROI
Cléry, je voudrais d'autre eau. Apportez-en qui ne soit pas glacée, car si la Reine buvait de celle-là, elle pourrait en être incommodée. — Vous direz à M. de Firmont qu'il ne sorte pas de mon cabinet : je craindrais que sa vue ne fît trop de mal à ma famille.
La famille royale ne venant pas, et le commissaire qui est allé la chercher ne paraissant point, le Roi retourne à son cabinet. Il en sort à plusieurs reprises pour regarder si les princesses et ses enfants arrivent. — Après une demi-heure, la porte s'ouvre ; la Reine paraît tenant son fils par la main ; Madame Royale et Madame Elisabeth suivent. Tous se précipitent dans les bras du Roi. Il s'établit un morne silence que les sanglots seuls interrompent.
LE ROI, montrant la salle à manger à la Reine, qui fait un mouvement pour V entraîner vers sa chambre. Non, passons dans cette salle ; je ne puis vous voir que là
Le Roi et sa famille s'asseyent, la Reine à sa gauche, Madame Elisabeth à sa droite, Madame Royale presque en face, et le Dauphin debout entre ses jambes. — Plus d'un quart d'heure se passe sans qu*il puisse articuler une parole.
LE ROI, embrassant alternativement les divers membres de sa famille.
Oui, tout est fini 1 ... je ne vous reverrai plus ! . . .
LA REINE
Les monstres!...
LE ROI
Je leur pardonne — j'espère qu'ils vous épargneront
LA REINE
Je ne veux pas de leur pardon, je n'en veux pas ! . . . Et nos pauvres enfants ! mon Dieu !
LE ROI
Le ciel les protégera.... que vous me faites de
mal : ne pleurez pas Je demanderai qu'on fixe
promptement votre sort ; j'ai lieu de croire qu'ils ne s'y refuseront pas. Je sais qu'ils parlent de déportation; le ministre Garât me l'a dit.