‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 201 sur 212 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

chers enfants! Dieu ! ayez pitié d'eux... Pardon! pardon! ô pardon !... — Louis, je vous aimai, je vous ai toujours aimé !

LE ROI

Je le sais, ma digne épouse, et j'aurais déjà succombé si je n'avais eu cette confiance ; mais, je vous le dis, ne désespérez point de votre libération. Si Ton vous accorde votre liberté, remettez-vous entre les mains de mes frères, Messieurs de France, je suis sûr qu'ils apprendront ma mort avec peine ; nous avons quelquefois été d'opinion différente, mais nous nous sommes toujours aimés; ils vous aideront de leur conseils. Souvenez-vous cependant d'une chose : c'est que, la guerre dût-elle opérer le rétablissement de mon trône, vous devrez la regarder comme un moyen violent, qui, loin de ramener les cœurs ne fera que les aigrir.

LA REINE

Je le vois, nous serons réduits à fuir de cour en cour... à ne savoir où poser notre tête ; ou ce qui sera pis encore, à mourir ici de besoin et de misère ! . . . Que leur avons-nous donc fait! qu'avons-nous fait surtout à Monsieur d'Orléans !

LE ROI

Je n'y comprends rien, je n'ai cependant donné aucun motif à mon cousin de me poursuivre ainsi.

C'est lui, lui seul qui nous perd...

LE ROI

Ne lui en veuillez pas ; il est plus à plaindre que nous. Ma position est triste sans doute ; mais, le fût-elle encore davantage, je ne voudrais pas changer avec lui. . .

Chère épouse ! pardonnez-lui et me pardonnez aussi à moi qui vous cause tant de maux!

LA REINE, serrant le Roi avec affection.

Oh ! c'est bien plutôt à moi à vous demander pardon... Mais j'étais si jeune ! et la cour où vous m'appelâtes était si brillante !... Que de choses le temps et l'expérience m'ont apprises ! — Que Dieu me laisse au moins le temps de rendre à vos enfants les égards que vous avez eus pour moi !

LE ROI

Il vous le laissera, et votre tendresse maternelle vous dira ce qu'il faut faire ; elle vous dira aussi ce que sont les grandeurs de ce monde ; et si jamais vous ou vos enfants étiez de nouveau condamnés à les éprouver, n'oubliez pas que ce sont des biens dangereux et périssables.

LA REINE

Comment l'oublierais-je, après que vous avez tant souffert !

LE ROI

Non, vous ne l'oublierez pas... Et vous, mes bons enfants, après ce que vous devez à Dieu, qui doit marcher avant tout, restez toujours unis, et n'oubliez pas ce que vous devez à votre mère et à votre tante, qui est comme une seconde mère pour vous.... Et toi, mon fils, si le malheur d'être roi t'est réservé, songe que tu te devras tout entier au bonheur de tes concitoyens, ^ que tu devras surtout oublier toute haine et tout ressentiment pour ce qui a rapport aux chagrins que j'éprouve. N'oublie jamais que si plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées ne se sont pas con-

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