TROISIÈME PARTIE
Gléry avance une commode au'nilieu de la chambre, et la dispose en fonne d'autel. Un simple cruciûx d'os sur bois noir, deux candélabres d'un bois mal doré, un ornement blané et noir, tel qu'il est usité pour les cérémonies funèbres^ forment l'appareil de cette œuvre de piété. Après ces dispositions, Cléry va prévemr le Roi que tout est prêt.
LE ROI, tenant un livre à la main.
Dites-moi, Cléry, pourrez- vous servir la messe ?
CLÉRY
Oui, Sire ; mais je n'en sais pas les réponses par cœur.
LE ROI, feuilletant son livre.
Eh bien! prenez ce livre, et donnez-m'en un autre.... Je vous remercie de la manière dont vous avez tout disposé ; mais retirez ce grand fauteuil, et donnez-moi celui dont je me sers habituellement pour dire mes prières.... Vous savez, mon fauteuil en crin; puis vous enlèverez aussi ce coussin que vous avez mis à terre.
L'abbé de Firmont monte à l'autel. Les municipaux se retirent dans l'antichambre. Le plus absolu silence s'établit, le prêtre officie, et le Roi se présente à la communion. La cérémonie finie, Louis so retire dans son cabinet.
LE ROI, prenant les mains de son valet de chambre.
Cléry, je suis content de vos soins.
CLÉRY
Ah! Sire, que ne puis-je par ma mort désarmer vos bourreaux et conserver une vie si précieuse aux bons Français ! Espérez, Sire, qu'ils n'oseront vous frapper.
LE ROI
Je suis désormais en mesure. — Mais vous, ne vous exposez pas. Je vais demander que vous restiez près de mon fils : donnez-lui tous vos soins ; un jour, peut-être, il pourra récompenser votre zh]e,
CLÉRY
Ah! mon maître, si mon zèle a pu vous être agréable, donnez-moi votre bénédiction.
LE ROI, serrant Cléry contre son sein.
Rentrez et ne donnez pas de soupçon contre vous... Voici une lettre que Pétion m'a écrite à votre entrée au Temple : elle pourra vous être utile pour rester ici.
Cléry fond en larmes et inonde les mains du Roi. Le Roi quitte son cabinet, et revient dans sa chambres. Les municipaux y ont repris leur poste.
LE ROI, tirant Cléry dans une ernbrassure de fenêtre. Cléry, voici un cachet que vous remettrez à mon fils... cet anneau à la Reine. Dites-lui bien que je le quitte avec peine... Ce petit paquet renferme des cheveux de ma famille ; vous le lui remettrez également... (Il essuie ses larmes,) Dites aussi à la Reine, à mes chers enfants^ à ma sœur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j'ai voulu leur épargner la douleur d'une séparation si cruelle.
Il se retire encore une fois dans son cabinet.
UN MUNICIPAL, avec humeur à Cléry.
Quels sont ces objets que Capet vient de te remettre?
CLÉRY
C'est un dépôt.