SCÈNE XIV
21 janvier 1793.
La tour du Temple. — Appartement du Roi. — Couché à minuit, Louis jouit encore d'un profond sommeil. Gléry, qui a passé la veille en prières, s'occupe à allumer du feu. Les municipaux n'ont pas quitté l'appartement.
LE ROI, s'éveillant et tirant son rideau.
Cinq heures sont-elles sonnées!
CLERY
Oui, Sire, à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.
LE ROI
J'ai bien dormi, et j'en avais besoin : la journée d'hier m'avait fatigué. — Où est M. de Firmont?
CLÉRY
Sur mon lit.
LE ROI
Et vous, où avez-vous passé la nuit?
CLÉRY
Sur cette chaise.
LE ROI
Vous devez être bien fatigué ?
CLÉRY
Ah! Sire, puis-je penser à moi^ dans ce moment.
LE ROI, lui prenant les mains avec affection. Je vais me lever ; veuillez me préparer mes vête-
ments. -— Les ornements demandés par M. de Firmont sont-ils arrivés?
CLÉRY
Oui, Sire : on les a apportés vers deux heures.
LE ROI
Je ne les vois point.
CLÉRY
Je les ai déposés dans ma chambre : je m'occuperai tout à l'heure de les préparer.
LE ROI
Bien. — Mais voyons, mon cher Cléry : hier au soir je ne vous ai pas laissé me rouler les cheveux, ce n'était guère la peine ; veuillez cependant me les arranger ce matin.
Cléry se met en devoir de coiffer le Roi, comme il en avait l'habitude tous les matins. Louis, pendant ce temps, retire de sa montre un cachet à facettes où sont les armes de France et un calque du portrait de son fils; il le met dans la poche de sa veste. Retirant de son doigt un anneau, il le considère plusieurs fois, et le met aussi dans sa poche. Il change de hnge, s'habille d'une veste blanche, et pose sur la cheminée sa lorgnette, sa boîte à tabac et quelques autres objets.
LE ROI
Il faudrait prévenir l'abbé de Firmont, et savoir s'il est prêt.
CLÉRY
J'y vais. (Il sort un instant et rentré). Sire, il vient à l'instant.
LE ROI
Veuillez alors tout disposer pour le saint sacrifice de la Messe. L'abbé et moi nous allons nôiis retirer dans mon cabinet.