‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 22 sur 212 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Charenton, et les quaraute mille hommes que j'ai promis?...

ROBESPIERRE

Tu ne me comprends donc pas ?

SANTERRE

Non

ROBESPIERRE

Eh bien I tu iras au-devant d'eux, car je ne veux te brouiller avec personne ; mais seulement, au lieu de tes quarantes mille hommes, tu n'en auras que trois cents ; tu diras que le temps t'a manqué, que les clubs et les sections n'ont pas eu le loisir d'en délibérer; et, pour rajuster le tout, tu inviteras les descendants des Phocéens à un banquet fraternel que tu trouveras prêt à la Chaumière des Champs-Elysées ; et comme d'un autre côté, si j'en suis bien informé, les gardes nationaux des Filles-Saint-Thomas doivent dîner dans le Toisinage^ en fraternisant le soir, à distance de pique, avec ces chevaliers, tu verras que nos fédérés perdront "toute rancune.

SANTERRE

C'est arrêté. — Mais j'entends monter : je parie que c'est Barbaroux. Qu'allons-nous lui dire ?

ROBESPIERRE

Laisse-le-moi ; toi, Panis, tu le prendras après en particulier. {On frappe,) Entrez.

Entrent Barbaroux et Rebecqui.

BARBAROUX, d'uti air investigateur.

Ehl bonj our , citoyens ; j e ne m'attendais pas à si bonne compagnie. J'ai reçu votre petit billet. Monsieur Robespierre, au moment où j'allais retourner à Charen-

ton pour disposer mes Marseillais ; je suis bien de votre avis sur ce que vous me marquez, et je pense, avec vous, que le poste des Cordeliers sera plus avantageux que celui de la Chaussée-d'Antin : nous serons de là beaucoup plus à portée de nous concerter avec le club où vous avez une si grande influence, ce sera aussi le moyen d'obtenir de la précision dans nos mouvements. Notre journée, je l'espère, donnera quelque résultat. A propos, Santerre, et les sections, commencent-elles à se mouvoir î

SANTERRE

Nous en parlions. Seulement le temps est un peu court.

BARBAROUX

Et vous, Monsieur Robespierre, quelle est votre opinion sur notre entreprise?

ROBESPIERRE

Je le disais, à l'instant, il faut n'avoir jamais calculé le rapport immédiat des choses pour dire que nous aurions la guerre civile si l'on destituait le chef des conspirateurs ; comme si ce n'était pas précisément parce que Louis-le-Parjure est resté roi, que les conspirateurs du dehors et du dedans s'agitent.

BARBAROUX

Vous avez parfaitement raison : mais pour que la chose publique se fixe, il faudrait que nous fussions tous du même parti.

ROBESPIERRE

Que dis-tu là des partis, mon cher Marseillais, quandla raison et les droits de l'homme sont notre acte de foi, notre symbole politique ? N'avons-nous pas d'ail-

PBEMIÈBE PARTIS. 47

Leurs un homme dont le génie peut nous servir de flambeau, Pétion, le vertueux Pétion. Je voudrais placer son buste entre ceux de Phocion et d'Aristide.

BARBAROUX

Mais il faudrait pour cela briser celui de Lafayette.

ROBESPIERRE

Vous calomniez mes intentions, jeune homme, ces Messieurs peuvent vous l'attester, je ne leur ai pas caché ma manière de penser sur Lafayette. J'ai pu un instant regarder la guerre comme devant être funeste à xiotre patrie ; je vois aujourd'hui que la régénération doit être complète, et que, quand le peuple est sur le "bord de l'abîme, il ne peut se sauver que par l'insurx*ection générale.

MARAT

Du sang ! et du sang !...

BARBAROUX

Épargnons-le , s'il se peut : j'aimerais beaucoup mieux une alliance fraternelle et pacifique entre tous les hommes qui se dévouent à la patrie. Quel plus beau sentiment pourrait nous unir que de faire triompher la sainte cause du peuple par l'union et la concorde.

MARAT

n faut saisir les aristocrates au passage des rues et les expédier : c'est le seul moyen.

BARBAROUX

Mais vous pourriez ainsi vous méprendre, et sacrifier beaucoup de patriotes.

MARAT

Faible objection I Si, sur cent hommes tués, il y a

dix patriotes, qu'importe ? C'est quatre-vingt-dix hommes pour dix. Et puis, on ne peut pas se tromper : tombez sur ceux qui ont des voitures, des valets, des habits de soie, ou qui sortent des spectacles, vous êtes sûrs que ce sont des aristocrates.

BARBAROUX

Mais, encore une fois, votre calcul et votre résultat pourraient vous être plus funestes qu'avantageux. MARAT, le regardant fixement.

Simplicité I... Mais je crois que je t'ai vu à mon cours de physique avant 89. J'ai de tes anciens- camarades qui vont bien. Crois-moi, mon cher Marseillais, il faut absolument que le peuple écrase le parti de l'aristocratie, et c'est une folie de prétendre dompter la ty — rannie avec les seules armes de la raison.

BARBAROUX

Vous pouvez être dans le vrai, mais je ne vous com^ — prends pas ; j'aimais mieux vos leçons sur la théorie de la lumière.

MARAT

On me comprendra... Seulement il est cruel d'avoir^ raison six mois d'avance.

Marat et Robespierre causent ensemble. Pendant ce temps, Paniss'approche de Barbaroux.

PANIS

Tenez, Barbaroux, je ne partage pas toutes ses vues ; et je n'ai jamais été, par exemple, de son avis pour qu'on ne fît pas la guerre. Mais Robespierre est un des hommes qui ont le plus avancé la révolution ; et si quelque patriote extrêmement populaire ne s'en déclare le chef, elle s'arrêtera, croyez-moi.

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