PREMIERE PARTIE
changer le tout en assignats, pour en augmenter la valeur. Dès que j'aurai cette somme, je reverrai M"*** Elisabeth. Mais ce ne sont là, je le crains bien, que des moyens illusoires... — Et la Normandie?...
LA REINE
N'en parlons plus : un moment j'ai pu y songer; mais MoUeville n'a pas pensé qu'il nous mettait entre les mains des constitutionnels. D'ailleurs, le duc de JBrunswik lui-même nous fait dire qu'il faut rester à Paris : dès que c'est son avis, il faut le suivre.
LE ROI
Mais, Madame, quels peuvent donc être vos apprélaensions contre un homme aussi probe que M. de Lianoourt, et qui me réitère ses offres pour Gaillon, en me faisant dire qu'il met son immense fortune à notre <3isposition, ne se réservant que cent louis de rente.
LA REINE
Je ne conteste pas la délicatesse de M. deLiancsourt. Sire, pas plus que celle de M. le M^* de Hiafayette ; mais il vaut mieux périr que de devoir son salut aux hommes qui nous ont fait le plus de mal.
LE ROI
J'avais cependant le sentiment que le duc de La Ro- Cihefoucauld eût pu sauver la monarchie.
LA REINE
Je ne puis le croire ; car si les Marseillais et les gens cïes faubourgs venaient nous chercher à Gaillon, nous ^e pourrions repousser leur attaque : il ne resterait <3[u'à s'évader dans un bateau pêcheur, et peut-être à Qnir comme le roi Jacques: autant vaut périr ici. ^ais, Sire, je vois que votre portefeuille est rempli :
j'ai là M"** Campan; voulez-vouB que je Tinviteàle prendre t
LE ROI
Faites-la entrer.
Entre madame Campas.
LE EOI.
Madame, acceptez-vous la charge que je vous confie, et voulez-vous recevoir ce portefeuille.
M°* CAMPAN
Oui, Sire, et j'espère vous le remettre tel que je le reçois.
Elle essaie de le soulever.
LE ROI
C'est bien lourd, n'est-ce pas ?
M"'* CAMPAN
Sire, je ne puis même pas...
LE ROI, se levant.
Attendez, je vais vous le porter.
Us sortent et se rendent dans le cabinet intérieur de M^^ Campa».
LE ROI, déposant son portefeuille.
La Reine vous dira ce que cela contient.
LA REINE
Vos ordres seront exécutés, Sire ; mais, au nom de ce que vous avez de plus cher, brûlez les autres papiers, qu'ils ne puissent jamais passer dans la main de vos ennemis.... Je vous rapelle surtout les pièces relatives ^ votre liste civile...
LB ROI
Soyez tranqmlle.
PBElIlàRE PARTIS. 59
Il se retire. M"^ CAMPAK.
Et que ferai-je de ces papiers?
LA REINE
Vous les garderez, et vous en êtes seule responsable. Ne vous éloignez pas du palais, même dans vos mois de repos; il peut être utile d'avoir ce portefeuille sous la main. Du reste, ce sont des pièces qui seraient funestes pour le Roi si on allait jusqu'à lui faire son procès. Vous comprenez de quel prix elles sont pour nous. Je vous laisse.
Elle sort.
60 LA MORT DE LOmS XVI.