PREMIÈRE PARTIE
LEGENDRE
Oui, OU nous sommes ââmbés.
DANTON
Il a toujours peur, notre compagnon du devoir. — Xegendre, tu parles comme un ange, mais tu raisonnes comme une cruche : vois-tu, ton poste, ce n'est pas le conseil, mais le carrefour ; il faut attendre, et nous laisser faire.
LEGENDRE
Toujours laisser faire.
CARRA
Ce n'est pas l'embarras, avec toutes nos lenteurs et oes demi-mesures, nous ne marchons guère.
Et la pétition d'aujourd'hui, vous la comptez donc I>our rien?
CARRA
Sans doute, mais...
DANTON
Mais quoi ? tu voudrais la déchéance avant qu'on en «<it parlé.
CAMILLE DESMOULINS
Nous la voudrions sans délibération ; c'est-à-dire cer- "t^-ine, et aujourd'hui plutôt que demain.
DANTON
Et le moyen ?
CAMILLE DESMOUUNS.
Envahir le Château avant qu'il se défende ; condam- ^*^er le tyran avant qu'il nous égorge ; le réduire avant ^vi'il se concerte.
DAKT0I9.
Mais rassemblée, à qui Ton vient d'en appeler; rassemblée, qui seule a le droit d*en décider ?
CAMILLE DESMOULINS
L'assemblée ? Elle doit se taire quand le peuple parle, et que le souverain prononce.
DANTON
Et Pétion, qui vient de nous rendre un si grand service en faisant poser la question de la déchéance ?
CAMILLE DESM0ULIN6.
Excellent pour aller jusque-là ; nul pour aller plus loin.
DANTON
Sa réputation et sa popularité, cependant ?
CAMILLE DESMOULINS
Il faut même nous en servir, mais comme d'uae baanière à porter devant le peuple. Ton génie seul^ Danton, peut nous sauver.
DANTON
Le feu du ciel t'écbauflfe, jeune homme, etil mQ tardait de savoir que les Français sont enfin dignes de la . liberté. — Mais de la prudence jusqu'au dernier moment. Que les conciliabules se continuent; que le comité central des fédérés se montre digne de sa mission ; que le directoire d'insurrection poursuive son œuvre patriotique, et réveille le peuple de son assoupissement : voilà ce que nous ne devons pas perdre de vue. Voici ce qui nous reste à faire : que la nuit du 9 au 10 soit toujours, comme il est convenu, l'heure de cette grande œuvre ; que les sections en armes se mo» bilisent ; que Fournier et Héron soient au fiiubourg
PRBHliRB PARTIE. d8
Saint-Marceau ; Westerman, et Santerre au faubourg Saint- Antoine ; Barbaroux, Garin, et Carra, àlaeafierne des Marseillais. Qu'au premier son du tocsin, tous les bons citoyens se réunissent. Le canon d'alarme tonnera ensuite; Le Carrousel, le Pont-Tournant, les quais, les avenues du palais seront le rendez-vous.
CAMILLE DESMOULINS
Mais la garde nationale et la commune ?
DANTON
On les cassera.
LEGENDES
Vive la République I . . .
DANTON
Legendre, tais-toi !
CARRA
Mais Louis ! Il faudra un jugement.
DANTON
On le fera disparaître.
LBGENDRE.
Oui I Vive la République ? d'Orléans cependant?
DANTON
Tu lui donneras encore à dîner. Mais ne nous oul>lions pas. Le tocsin sonnera à minuit: après le cianon d'alarme, les citoyens armés se mettront en xjoarclie, et le peuple lui-même décidera de son avenir X>ar les armes.
CARRA
Tu es le père de la patrie. Mais les Girondins accè-* deront-'ils à ce projet?
DANTON
Pourquoi cette question ?
C'est qu'ils ne veulent que la déchéance.
DANTON
Eh bien 1
CABJECA.
Et sans effusion de sang.
DANTON
Qu'importe, dès que la mine sera chargée, une étincelle fera le reste. S'ils font les entêtés, ils sauteront avec lui.
CARRA
Je comprends... Mais ne faudrait-il pas que la nomination de la nouvelle commune eût eu lieu avant qu'on sonnât le tocsin, puisque les sections doivent aussitôt se mettre en mouvement et que les assemblées seront désertes.
DANTON
Mon pauvre Carra, si ce n'était ton journal et tes annales, le diable m'emporte si on dirait que tu as de l'esprit. Demande à Desmoulins ce qu'on fera : il va te le dire, lui.
CAMILLE DESMOULINS
Il est toujours comme ça, ce diable de Carra... Mais ce qu'il en dit, c'est pour plaisanter. Ne vois-tu donc pas (mais ne va pas nous vendre dans ton journal) que le moyen de Danton avise à tout, et que l'éloignement des habitués des sections est justement ce qui assure notre succès ; enfin, que nous serons d'autant plus certains de l'esprit de la nouvelle commune, que les délégués seront de notre choix et de celui de nos amis ?
CARRA
Vous êtes des retors...
DANTON
Tu n'y es pas encore ; et je vais.