LA PRINCESSE DE LAMBALLE
Oui, chère Campan, vous voyez combien nous avons d'ennemis. Eh bien, vous en avez aussi.
M™® CAMPAN
Qui, moi, Madame ? Mais mon obscurité fait ma sûreté...
LA PRINCESSE
Détrompez-vous, et Ton a été au moment de vous perdre près de la Reine. Savez-vous que moi-même, en raison de ma charge, et vous connaissant moins particulièrement que la Reine (1), je vous ai donné
(1) La princesse de Lamballe avait la direction de la maison de la Reine.
un M. de P. pour espion de société, et un agent de police à votre porte.
M"* CAMPAN
Que m'apprenez-vous là, Madame?
LA PRINCESSE
Rien qui doive vous étonner; nous sommes obligés à ces précautions. On m'avait assuré que vous receviez cinq ou six des plus fameux députés du tiers.
M"® CAMPAN
Quoi!
LA PRINCESSE
Oui, VOUS. Mais ne craignez rien, le fait n'a pas tardé À s'éclaircir. Une femme de garde-robe qui logeait audessus de vous a fait naître la méprise. Vous possédez aujourd'hui la confiance de tout le monde, et voici l'opinion du Roi sur vous. — Sachez donc qu'hier au soir, dans le cercle de famille, il a été décidé que, dans un moment où les Tuileries pouvaient être attaquées, il fallait avoir les détails les plus positifs sur les opinions et la conduite des individus qui composent le service de la Reine, et que le Roi a demandé, pour la maison de la Reine, qu'on s'en rapportât à vous.
M"® CAMPAN
Je suis confuse de tant de confiance : mais c'est une charge bien grande ; et, avec la meilleure volonté, on pourrait s'égarer.
LA PRINCESSE
Allons, dans un semblable moment, il n'y a pas un mot à dire, et voici une suite de noms en regard desquels vous mettrez vos observations dans le sens que je vous ai indiqué.