PREMIERE PARTIE
LA REINE
Et le Roi ?
Le Municipal s'incline et ne répond rien. — Entre Rœderer, à la tête du département, en écharpe tricoloref.
RŒDERER
Personne ne doit intervenir ici entre le Roi et le département, Monsieur TOflacier municipal. (Au Roi.) Sire, je ne vois plus qu'un parti : c'est de vous rendre à l'assemblée.
LA REINE
Non, non... Je me ferai plutôt clouer aux murs du Château que d'en sortir. (Elle saisit un pistolet à la ceinture de M. Bachman , commandant des Suisses^
et le présente au Roi,) Allons, Sire
DE MAiLLY, saluaut le Roi de son épée.
Oui, Sire, nous relèverons le trône, ou nous mourrons à vos côtés.
RŒDERER, aux offlciers de la cour.
Pardon, Messieurs, mais je m'adresse au Roi seul ; il est urgent que je l'entretienne en particulier.
Les officiers se retirent en criant: Vïv^ le Roi! RŒDERER.
Sire, je remplis une mission pénible, mais que les circonstances exigent. Le danger , je ne dois pas vous le cacher, est au-dessus de toute expression. Les gardes nationaux fidèles sont en petit nombre. Votre Majesté et votre famille seront inévitablement égorgées, si à l'instant, et sans délai, vous ne prenez le parti
de vous rendre à l'assemblée nationale. Encore un quart d'heure, et la retraite ne dépendra plus de nous.
LA REINE
Quoi, nous sommes donc seuls !
RŒDERER
Oui, seuls, Madame ; et la résistance est impossible.
GERDRET, membre du département et fournisseur
des dentelles de la Reine.
Madame, si l'espoir de conserver Votre Auguste Majesté nous est encore laissé, la constitution.... LA REINE, avec feu.
Taisez-vous, Monsieur, taisez-vous : vous êtes le seul ici qui ne deviez point parler. Quand on a fait le mal, on ne doit pas avoir l'air de chercher à le réparer.
RŒDERER
Mais, Madame, quand le danger est imminent !
LA REINE
Monsieur Rœderer, nous n'en avons pas moins des devoirs : le nôtre aujourd'hui est de rester aux lieux où le ciel nous a appelés.
RŒDERER
Vous voulez donc. Madame, vous rendre responsable de la mort du Roi, de la vôtre, de celle de vos enfants et de tous ceux qui sont ici.
LE ROI
Ah I puissions-nous être les seules victimes I
RŒDERER
Marchons donc, et ne délibérons pas : l'honneur et le bien de l'État l'exigent. Allons à rassemblée nationale. Cette démarche devrait déjà être faite.
PREMIÈBE PARTIE. 105
LE ROI, levant la main.
Puisqu'il le faut, donnons cette dernière marque de €3évouement.
LA REINE
Messieurs, vous répondez de la personne du Roi et cie celle de mon fils.
RŒDERER
Nous répondons de mourir à vos côtés, Madame : "v^oilà tout ce que nous pouvons garantir.
LE ROI, à ses ministres.
Messieurs, il n'y a plus rien à faire ici....
LA PRINCESSE DE LAMBALLE, à la Reine.
Au nom du ciel. Madame, que je ne vous quitte pas !
LA REINE
Chère cousine, votre place est trop près de mon c^ceur pour que vous m'abandonniez.
IklESDAMES DE TARENTE, DE LA ROCHE-AYMON, DE TOURZEL ET CAMPAN.
Nous VOUS suivrons toutes.
LA REINE
Non, restez; attendez-moi dans mon appartement ; je "v^iendrai vous rejoindre, ou je vous enverrai chercher I>our aller je ne sais où....'
Hts Famille royale, le département, les ministres, et divers officiers de service sortent et descendent le grand escalier.
106 LA MORT DE LOtHS XVI.