ISNARD
Il est impossible de ne pas voir dans la réponse du ministre un subterfuge qui décèle le coupable {Applavrdissements) ; et il faut;avoir bien de l'impudeur pour
répondre d'une manière aussi évasive à une question à laquelle il faut oui ou non. Recèlerons-nous donc plus longtemps dans notre sein les serpents qui nous dévorent ! Lorsqu'on trouve un homme assez courageux pour dénoncer un ministre, sans cesse on lui demande des preuves légales. Eli bien I en voilà : c'est le silence. On demande où sont les traîtres : eh bien ! en voilà un, et je le dénonce.
Applaudissements. — La demande de Tordre du jour est adoptée.
VERGNUUX.
Un représentant du peuple doit être impassible devant les baïonnettes comme devant la calomnie. D'abord j'appelerai votre attention sur les troubles intérieurs. Ils ont deux causes : manœuvres nobilières, manœuvres sacerdotales. Toutes deux tendent au même but, la contre-révolution. — Le Roi a refusé la sanction à votre décret sur les troubles religieux. Je ne sais si le sombre génie des Médicis et du cardinal de Lorraine erre encore sous les voûtes des Tuileries, si l'hypocrisie sanginaire des jésuites Lachaise et Le Tellier revit dans l'âme de quelques scélérats, brûlants de voir se renouveler la Saint-Barthélemi et les dragonnades ; je ne sais si le cœur du roi est troublé par des idées fantastiques qu'on lui suggère, et sa confiance égarée par les terreurs dont on l'environne... — Votre sollicitude pour la sûreté extérieure de l'empire et le succès de la guerre vous fit adopter l'idée d'un camp ou d'une armée placée entre Paris et les frontières. Vous associâtes cette idée à celle d'une fête civique, qui aurait été célébrée à Paris le 14 juillet. Vous saviez quelles
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profondes impressions le souvenir de ce jour immortel éveille dans les cœurs; vous saviez avec quel transport les citoyens seraient accourus de tous les départements, pour enlever dans leurs bras les vainqueurs de la Bastille. Le souffle empoisonné de la calomnie a flétri ce projet patriotique. On a repoussé avec une séclieresse barbare les embrassements et les fêtes. lues plans de fédération et d'allégresse se sont changés en mesures de discorde. Le roi a refusé sa sanction à votre décret. — C'est au nom du Roi que les princes français ont tenté de soulever, contre la nation, toutes les cours de FBhirope ; c'est pour venger la dignité du roi que s'est conclu le traité de Pilnitz et formée l'alliance monstrueuse des cours de Vienne et de Berlin ; c'est pour le roi qu'on a vu accourir en Allemagne, sous les drapeaux de la rébellion, les anciennes compagnies des gardes du corps ; c'est pour venir au secours du roi que les émigrés sollicitent et obtiennent de l'emploi dans des armées autrichiennes; c'est pour joindre ces preux chevaliers de la prérogative royale que d'autres preux, pleins d'honneur et de délicatesse, abandonnent leur poste en présence de l'ennemi, trahissent leurs serments, volent les caisses, travaillent à corrompre leurs soldats, et placent ainsi leur gloire dans la lâcheté, le paijure, la subornation, le vol et les assassinats...
Des murmures s'élèvent contre la cour : qui osera dire qu'ils sont injustes ? On la soupçonne de projets perfides : quels traits citera-t-on d'elle qui puissent dissiper ces soupçons ? On essaie de familiariser l'imagination avec le sang du peuple ; le palais du roi des Français s'est tout à coup changé en château-fort. Où
sont cependant ses ennemis ? Contre qui se pointent ces canons et ces baïonnettes ? Les défenseurs de la constitution ont été repoussés du ministère. Les rênes de Tempire ont demeuré flottantes au hasard, au moment où pour les soutenir il fallait autant de vigueur que de patriotisme...
TORNÉ, évêque de Bourges.
Le temps n'est plus où nous puissions, sans lâcheté ou sans perfidie, taire, dans cette tribune, quelque grande vérité. Le moment est venu où le roi doit tout entendre, le peuple tout savoir, le corps législatif tout exécuter.
Je ne sais si je m'exagère la crise où nous sommes, mais elle me paraît bien critique. Qui pourrait se dissimuler que la constitution est menacée, que des puissances, ennemies de la France, marchent pour l'asservir, qu'une multitude innombrable de citoyens pervers conspirent dans son sein pour favoriser, par une guerre intestine, le succès de la guerre étrangère. Nulle nécessité pour ces conspirateurs de se choisir un chef. Tant que le monarque ne se prononce pas contre eux avec énergie, tant qu'il ne déploie pas contre eux la toute-puissance du pouvoir exécutif avec une rigueur soutenue, de cela seul il se montre leur chef. Le propre de cette révolution est que le roi, sans se montrer ouvertement son ennemi, et de cela seul qu'il ne se passionne pas pour elle, est nécessairement le point de ralliement de ceux qui la détestent. De cela seul qu'il est des factions contre la liberté, il s'en déclare l'appui ; il n'en impose pas aux séditieux aristocrates, de cela seul il les encourage ; s'il ne tonne pas contre la ligue des princes, faite en sa faveur, de cela seul 11