SCÈNE m
3 septembre, dix heures du mitio.
La Maison-de-Ville, même salle du comité de surveillance.
DANTON
Eh? bien ! tout est-il prêt ?
TALLIEN
Oui : nous avons Télargissement de Montmorin ; les détails sur la conspiration des prisons et la fabrication des faux assignats continuent d'entretenir le peuple. Les nouvelles de Verdun feront le reste.
L'attaque de cette place arrive en effet comme pour nous.
MANUEL
Surtout qu'on ne laisse pas la chose se refroidir : le toscin, le tocsin
DANTON
Ton monde, à toi, Billaud ?
(L'habit puce et la longue perruque noire qu'il porte font ressortir sa maigreur et son teint blafard.)
Ils doivent être ici dans un instant.
DANTON
C'est bien. (S' adressant à Robespierre.) Et le Temple, qu'en ferons-nous?
ROBESPIERRE
Je te l'ai dit : mieux vaut une exécution par le peuple
DEUXIÂME PARTIE. 148
<]^u'uû jagement. Nous pourrions tout perdre par les délais ; les formalités sont toujours d'une issue dou^ -fceuse.
DANTON
Mais notre responsabilité ? la commune, qui s'est <:î3iargée de sa personne ?
BILLAUD-VARENNES
Allons donc, Monsieur le garde des sceaux, est-ce q.x:ie nous n'avons pas le cas de force majeure?
Je le sais : mais Rolland n'aura pas plus tôt avis de Ci ^ qui se passe, qu'il dépêchera lettre sur lettre à San- "t^xre, sur la tête duquel nous ne pouvons pas faire i^^tomber le poids de cette journée.
ROBESPIERRE
Je ne le veux pas plus que toi ; mais le peuple n'a-^-il I>s%.s le droit de se faire justice ?
DANTON
Tu ne doutes pas de mon patriotisme, n'est-ce pas ?
ROBESPIERRE
DANTON
^Eh bien ! crois-moi, la mort de Capet, dans les cir- ^^^xistances actuelles, nous serait plus funeste qu'utile.
ROBESPIERRE
Comment donc ? Elle engagerait le peuple.
DANTON
Quelques hommes seulement qui seraient sacri-
^*s s'il venait un revers. L'étranger est à trois journées ^e Paris ; une marche décisive, si Verdun ne tient pas, i^tte tous les pouvoirs dans la confusion, et riçn ne peut
arrêter l'ennemi. Si au contraire Capet nous reste po otage, sa tête même nous sauvera. Brunswick et s complices n'oseront jamais pousser les Français . désespoir.
ROBESPIERRE
Et toi aussi, Danton, tu crois encore à la générosi des têtes couronnées, tu crois au dévouement d princes coalisés pour Louis 1 Détrompe-toi : du jour • ils seraient à Paris, ils le sacrifieraient eux-mêm( s'ils avaient l'espoir de conserver ses dépouilles apr le partage. Je demande sa tête comme un moyen salut public.
DANTON
Tu sais que je ne te la refuserai pas ; mais avant toi il faut repousser l'ennemi, purger nos prisons pousser le peuple aux armes.
ROBESPIERRE
Qu'on arrête Rolland.
DANTON
Mais il a du crédit dans l'assemblée, et sa populari nous perdrait.
ROBESPIERRE
En ce cas, fais agir Pétion : présente-lui le mand d'arrêt à signer; qu'il le fasse lui-même exécuter. S y consent, la commune se trouve à couvert, et no pourrons forcer le Temple.
DANTON
Nous verrons.... Voilà les soldats de Billaud; il fa que nous convenions de nos faits.
BiLLAUD-VARENNES , prenant Maillard par-dessc^ le bras.
Eh bien ! qu'as-tu vu?