SCÈNE VI
LANNOI, SALV1NL
SALVINI
Vous avez vu quels regards dédaigneux Laissait tomber sur nous ce prince audacieux. Qu'en peut-on espérer? Que prétendez-vous faire ?
LANNOI.
C'est un esprit hautain , farouche , téméraire, A nos justes raisons qui, s'i! ne se rend pas, Peut tomber dans l'abîme entr'ouvert sous ses pas. Pour lui communiquer le traité qui nous lie ,
Depuis trois jours entiers je le suis , je l'épie,
Et toujours il m'échappe. En ces lieux ce matin
Pour la première fois je le rencontre enfin ;
Mais loin de regretter les soins que j'ai dû prendre.
Seigneur, pendant ce temps j'ai pu beaucoup apprendre;
J'ai vu de tous côtés dans le camp de Bourbon
S'élever la discorde et la rébellion ;
Avec peine il retient ses bandes mercenaires,
Rebut des nations, l'une à l'autre étrangères,
Que l'appât du butin pouvait seul entraîner.
Elles veulent de l'or qu'il ne peut leur donner.
C'est à vous d'en répandre, et bientôt achetées
Vous verrez s'éloigner ces hordes redoutées.
Oui, Seigneur, de Bourbon le pouvoir incertain,
Si vous m'en voulez croire , expire avant demain.