SCENE I
LA PRINCESSE, AiNNA.
ANNA
Parmi tant de sujets de trouble et de terreur, Seule d'un calme heureux vous goûtez la douceur, Et même l'on dirait qu'une secrète joie Remplace les soucis dont vous e'tiez la proie. Cependant le temps presse ; il faut quitter ces lieux. Vous ne m'e'coutez pas : croyez-en donc vos yeux. Nos coteaux, nos vallons, si paisibles naguère, Théâtre maintenant d'horreur et de misère ,
io LE CONNETABLE DE BOURBON.
Des plus prochains hameaux les habitans surpris Dans Rome se sauvant dépouillés et meurtris, Yous avertissent trop qu'aux remparts de la ville Nous-mêmes sans tarder il faut chercher l'asile Que vous offre, madame, en ce triste moment, Le palais de votre oncle et la cour de Clément. Mais je vous parle en vain; peut-être avant deux heures De farouches soldats rempliront ces demeures ! Pouvez-vous conserver cette tranquillité Si près d'un ennemi dont la férocité Promène en nos climats la mort et l'incendie !
LA PRINCESSE
Quel fut toujours ton sort , ô trop belle Italie!
ANNA
Le sort, qui dès long-temps la livre aux étrangers, Ne l'exposa jamais à de si grands dangers ; Jamais pareils brigands n'ont ravagé la terre. Au ciel ainsi qu'à l'homme ils ont juré la guerre, Et l'on a vu, dit-on, au milieu de leurs rangs De l'enfer déchaîné les hideux habitans Exciter contre Dieu leur rage sacrilège. Mais enfin de la foi Rome l'auguste siège N'a rien à redouter, quand Dieu combat pour nous. Nos cruels ennemis vont tomber sous ses coups. Des signes éclatans annoncent sa colère : Les images des saints au fond du sanctuaire,