ACTE I, SCENE I. m
S'agitant et lançant des regards courroucés, Ont étendu la main vers nos murs menacés. La mère du Sauveur, sensible à nos alarmes , Du marbre et de la toile a répandu des larmes. Son fils, quittant la croix, debout sur les autels, Bientôt va foudroyer ces horribles mortels.
LA PRINCESSE
Loin de vouloir lui tendre une main secourable, Dieu peut-être menace une ville coupable. Cependant à son sort s'il la laisse aujourd'hui , En cette extrémité quel sera son appui ? Ses timides bourgeois et ses faibles murailles? Aux soldats étrangers vieillis dans les batailles, Qu'un combat imprudent rendrait plus furieux ? Peuvent-ils résister? Crois-moi , reste en ces lieux; Près de moi , chère Anna, tu n'auras rien à craindre. De ma tranquillité , va , cesse de te plaindre : Cette Rome, c'est moi qui la sauverai; moi.
Comment! Que dites-vous?
LA PRINCESSE
Dissipe ton effroi.
Le héros qui commande à ces hordes terribles, Et dont le bras toujours les rendit invincibles; Oui, le plus redouté de tous nos ennemis, Bourbon , le fier Bourbon à mes lois est soumis.
Voudrait-il outrager une amante adorée?
Aux yeux de mon amant ma patrie est sacrée.
ANNA
Quoi ! ce monsire farouche...
LA PRINCESSE
Ah! quelle est ton erreur !
Il n'est point tel, Anna, que le peint la frayeur ; Si , contre l'ennemi qui brave sa colère , Son bras dans les combats a l'effet du tonnerre, 11 ne résiste pas aux pleurs des malheureux, Et je l'ai toujours vu sensible et généreux. Tu connais ses exploits , tu sais que sa naissance Lui donne pour aïeux tous les rois de la France : Il est simple pourtant, affable, sans orgueil.
ANNA
Et n'a-t-il pas couvert et de sang et de deuil La France son pays?
LA PRINCESSE
D'une affreuse injustice Il a dû se venger : quoi ! souffrir qu'un caprice Le prive impunément de ses biens, de son rang ! Non, non, un tel affront se lave dans le sang.
Mais ce prince comment l'avez-vous pu connaître? Où l'avez-vous donc vu?