SALVINI, LA PRINCESSE
LA PRINCESSE
Ah! seigneur, vous voilà; j'accours pleine d'effroi Savoir quel bruit horrible est venu jusqu'à moi, Plus fort, plus effrayant que le bruit des tempêtes. Les voûtes du palais ont tremblé sur nos têtes. Parlez, quels cris affreux les ont fait retentir?
SAI/VINI
Les enfans de l'enfer juraient d'anéantir , Rome, ses habitans, le pontife et l'Eglise. Votre amant a conduit cette illustre entreprise • Pour s'attacher à vous est-ce un nouveau lien? A votre amour, madame , il ne refuse rien ; Vous avez sur son cœur un si puissant empire!
Puisse le Dieu vengeur mille fois te maudire ! Malheureuse ! sur toi, sur ton affreux amant Puisse-t-il aujourd'hui lancer le châtiment! Je vois son bras levé; tremble, Romaine infâme l Tu choisis pour objet d'une honteuse flamme L'exécrable ennemi de Rome et de la foi , Et c'est dans ton palais, et c'est auprès de toi Qu'il vient pour assouvir son infernale rage, Exciter ses brigands et presser le Carnage ! Ah! tant que sur la terre on verra révérés Des plus saintes vertus les droits les plus sacrés, Ton nom du monde entier sera l'ignominie! Mais de l'éternité la durée infinie Accumulant sur toi des tortures sans fin , Complétera l'horreur de ton affreux destin.
Ii A PRINCESSE.
Hélas ! je souffre assez sur cette triste terre
Pour désarmer, seigneur, la céleste colère.
Ne me maudissez pas, au nom de votre sœur, -
Sa fille était jadis l'enfant de votre cœur.
Plus à plaindre cent fois qu'elle ne fut coupable,
N'aurez-vous point pitié du tourment qui l'accable ?
Mon crime est-il si grand qu'il n'ait point de pardon?
Mes efforts, il est vrai, n'ont pu fléchir Bourbon :
Insensible à nos maux et sourd à ma prière,
Le perfide se fait un jeu de ma misère.