ACTE IV, SCÈJNE VI
SALVINI
Il serait un moyen, un seul, de prévenir
Le bras de Dieu déjà levé pour te punir;
De venger Rome et toi. Dis-moi, veux-tu me croire?
Veux-tu te rendre encore et l'amour et la gloire
De tes concitoyens par toi seule sauvés,
Et des honneurs du ciel aux élus réservés
Mériter à jamais la sainte récompense?
• LA PRINCESSE
Dites ce qu'il faut faire, et mon obéissance...
salvini.
En frappant un seul homme on peut nous sauver tous.
LA PRINCESSE
Qui? moi l'assassiner ! Ah! que prétendez-vous? Me baigner dans son sang !
SALVINI
Ta main est inutile.
Tout prêt à te servir, à tes ordres docile, Cet esclave africain qui le suit en tous lieux, Qui fut jadis à toi , pourra , si tu le veux , Lui versant un poison certain , mais invisible, Terminer sa carrière en un sommeil paisible.
LA PRINCESSE
J'ordonnerais sa mort!
SALVINI
Éprise d'un brigand
Qui s'apprête à verser des flots de notre sang , Dont l'orgueil insolent te trompe et te méprise, Laisseras-tu périr ta patrie et l'Eglise? Aux ordres du Très-Haut obéis une fois. Oui, c'est lui qui le veut, qui parle par ma voix! Oui , nouvelle Judith , entends Dieu qui te crie : De cet autre Holopherne, ah! sauve ta patrie.
LA PRINCESSE
Laissez-moi donc au moins par un* dernier effort
Tenter de le soustraire à son funeste sort!
Si je pouvais enfin vaincre sa résistance !
S'il voulait m'écouter ! Dieu bon , Dieu de clémence-'
s AL VI NI.
Nous n'avons qu'un instant, tu le sais.
LA PRINCESSE
Oh! douleur!
SALVINI
S'il te rebute , eh bien !
LA PRINCESSE
Mon Dieu , mon créateur !
Inspirez-moi, daignez sur une infortunée Au pied de vos autels tremblante , prosternée , Faire tomber d'en haut un céleste rayon. Dictez-moi mon devoir ; avec soumission Alors i'obéirai.
( Elle sort.)