‹ La mort du Connétable de Bourbon; tragédie en cinq actesChapitre 43 sur 51 · ACTE V, SCÈNE II. 5g · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. 5g

LA PRINCESSE

Ah ! quelque sentiment qui vers moi vous conduise, Soit pitié, soit amour, il faut que je vous dise Que, revenue enfin d'une trop douce erreur, Trop peu digne en effet de charmer votre coeur, Je vous rends votre foi , je renonce à vous plaire.

BOURBON

Non, vous ne serez pas à tous deux si contraire, Vous oublîrez bientôt un chagrin passager.

LA PRINCESSE

C'est à l'éternité, Bourbon, qu'il faut songer. Ah! Bourbon, si vraiment un reste de tendresse A mon sort malheureux encor vous intéresse, A partager mes feux si votre amour se* plut, Au nom d'un Dieu vengeur et de votre salut, Epargnez le pontife, épargnez ma patrie !

BOURBON

Eaudra-t-il donc toujours qu'une amante chérie Me juge et me condamne avec tant de rigueur! Votre plainte est injuste ainsi que votre peur. Madame, encore un coup, j'honore, je révère Du pontife romain le sacré caractère ; Mes ordres rigoureux le feront respecter ; Ni lui ni vos Romains n'ont rien à redouter.

LA PRINCESSE

N'ont rien à redouter! Quand vous livrez leur ville

6o LE CONNETABLE DE BOURBON.

A toute la fureur d'une armée indocile, Ardente à renverser les autels et la foi.

boureon .

Laissez là vos frayeurs ; de grâce, croyez-moi. Par la chevalerie et par l'amour je jure Que la mort à l'instant suivra la moindre injure. Tout sera respecté ; mais il faut bien enfin Qu'à travers les remparts je me fraye un chemin, Puisqu'on veut s'obstiner à m'en fermer la porte.

LA PRINCESSE

Ah ! surmonte plutôt le courroux qui t'emporte. Bourbon, retiendras-tu des soldats furieux? Pourras-tu donc les voir et les suivre en tous lieux? Bourbon , du Tout-Puissant crains la juste colère ; Hélas! si tu touchais à ton heure dernière!

BOURBON

Madame , connaît-on les décrets éternels ? Dieu nous juge autrement que les faibles mortels. Ce qui vous paraît crime à ses yeux est futile , Et peut-être je suis un instrument utile De ses secrets desseins.

LA PRINCESSE (se jetant à «es pieds).

Ainsi tu veux ma mort.

BOURBON

Relevez-vous, madame, et calmez ce transport. Vous vivrez partageant ma fortune et ma gloire.

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