‹ La mort du pecheur comedievaudeville en un acteChapitre 2 sur 24 · DEUXIÈME COUPLET · texte numérisé non relu

DEUXIÈME COUPLET

Oui, la pêche est en honneur.

Elle est pleine d’innocence •'

Et jamais la Providence Ne veut la mort du pêcheur.

Je connais le vieil adage Que je m'applique à mon tour,

Et qui nous dit que le sage Doit pêcher sept fois par jour.

Or,., moi, je pêche, etc.

(Après ce couplet il arrive près du tertre droit; il semble hésiter, s’arrête, puis

s’assied à gaucho.)

Ne perdons pas un insttinl! en dépose son panier.) Allutuons ma pipe d’abord... car pour un pécheur, la pêche sans

pipe, c’esl comme la pêche au vin, sans le vin!... Oh! une ligne, une pipe Gambier, de bons souliers ferrés, des guêtres et une veste de velours... voilà la vie!... Je sais bien que si vous parlez pêche devant un bourgeois.... son œil s’écarquiliera et il vous dira : Ah ! la pèche à la ligne... ça commence par un morceau de bois et ça finit par... Eh bien, non, ça n’est pas vrai... M. de Talleyrand, le grand Talleyrand, était plus fier lorsqu’il prenait un goujon... que lorsqu’il attrapait les diplomates les plus rusés de l'Europe... Mais voyons... outillons-nous! (U met des hameçons à la ligne.) Pauvre mère ! Robert, me dit-elle hier au soir... je ne me fais plus jeune et je serais heureuse de te voir marié. — Vous croyez, maman? — Oui, mon fils, et j’ai trouvé un excellent parti pour toi. — Bah! — Oui! une jolie fille qui demeure chez son père, à Atligny, trois lieues d’ici. — Vous pensez donc, maman, que votre bonheur et le mien ne sont qu’à trois lieues d’ici? — Oui, Robert... j’ai vu hier le père, nous avons parlé de cette union qui lui convient... seulement il désire te voir. Ainsi donc, rends-toi demain matin chez lui, sois aimable, lâche de lui plaire. — Et la fille, fiut-il lui plaire aussi, maman? — Plais d’abord au père, c’est l’essentiel. — Bien, maman. Et je me suis levé de bonne heure... je me suis équipé pour la pêche, acheminé vers Atligny, et me voilà! Mais comme il est cinq heures du malin et que ce n’est pas une heure convenable pour aller demander une jeune fille en mariage, je commence d’abord par pêcher une friture... Pourvu que ça morde!... (11 jette de l’amorce de l’autre côté de la rivière.) Pauvre mère !... si elle savait le plan que je combine à l’occasion de mon mariage ! Mais, bah ! Elle n’en saura rien, comme toujours... Me voici complètement prêt. Ah! enfin!... je n’ai plus qu’à tendre ma ligne. (H jette sa ligne.) Pristi ! ça mord avant que le bouchon soit dans l’eau... Allons, allons, la place est bonne. Profilons de celle solitude et de ce moment de calme...

(Il jette sa ligne. On entend les aboiements d’un chien dans la coulisse.)

Mille tonnerres!... H ne manquait plus que cela pour compléter la fêle... (Au chien.) VeUX-lU bien l’en aller 1... (Le chien aboie plus fort.) Gredin de chien! allez coucher!... (ii aboie toujours.) Ah! tu ne veux pas le taire ! (I 1 lui jette des pierres. Le chien devient furieux.) Il est joli le calme! Elle cslcharmante la solitude !...

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